‹ Chartes des libertés anglaises (1100-1305)Chapitre 30 sur 141 · XL INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XL INTRODUCTION

paix y> [Textes^ n!" XI). C'était une paraphrase émue et habile du discours que lui prête un chroniqueur le jour où il quitta Londres.

D'autre pari, le clergé, qui s'était assemblé à Londres le 10 août, lui députa les deux évêques d'Oxford et de Rochester pour lui exposer l'impossibilité où il se trouvait de lui accorder aucun subside sans l'autorisation pontificale, et lui demander l'autorisation de lancer la sentence d'excommunication contre tous ceux qui porteraient atteinte aux biens de l'Eglise. Le roi refusa de laisser partir aucune ambassade auprès du pape ; il refusa également de laisser lancer cette sentence ; il déclara que les exactions dont se plaignait le clergé avaient été fort modérées ; il dit tout cela d'ailleurs d'un ton calme et modeste, demanda aux évêques leur bénédiction et les congédiai A la veille de prendre la mer, il reçut du lieutenant, du trésorier et des barons de l'Echiquier une lettre^ lui annonçant (jeudi 22 août) que les deux comtes, Robert Fils- Roger, Alain de la Zouche, Jean de Segrave, et plusieurs autres « ban-

1. Voyez toute cette scène dans Cotton, p. 335. Les Flores historiarunit III, p. 102, paraissent y faire allusion. Cotton dit qu'elle eut lieu un mercredi ; d'autre part, il rapporte qu'après avoir donné sa réponse et demandé aux évêques leur bénédiction, le roi « iter suum ad naves direxit. » On peut donc supposer que cette conférence eut lieu le mercredi 21 août. Le roi partit non pas la veille de Saint-Barthélémy (23 août), comme le disent à tort les Flores histor.t III, 103, mais le 24 août au plus tôt ; voy. la note 3 de la page suivante. Il était arrivé en Flandre le 28. Malgré le refus d'autoriser la sentence d'excommunication , l'archevêque la lança le 1^^ septembre; les évêques n'osèrent pas tous suivre son exemple. Cotton, p. 335.

2. Publiée dans les Transactions de la R. histor. society, III (1885), p. 284.

INTRODUCTION xli

nerets et bacheliers » venaient, quelques heures auparavant*, de se présenter à la barre de TEchiquier et qu'en leur nom, comme au nom de toute la communauté du royaume, ce ausi bien clers come lais », le comte de Hereford leur avait remis la liste des doléances déjà envoyée au roi 2, et avait protesté contre l'illégalité commise par TEchiquier en ordonnant « à l'insu du roi » de lever le huitième et de saisir les laines du royaume. 11 avait ajouté que rien ne pouvait mettre plus un homme « en servage » que le « rachat du sang » et d'être « taillé à volonté ». Puis les seigneurs s'étaient retirés sans attendre la réponse. L'Echiquier reçut, dès le lendemain, l'ordre de passer outre à cette protestation et de lever le huitième ; le roi consentait néanmoins à reconnaître, et il voulait qu'on publiât dans les comtés que cet impôt, exigé dans un moment d'urgente nécessité, ne pourrait constituer un précédent. Quant à la saisie des laines, il fallait aussi l'exécuter, car le roi a devait avoir, aussi bien que toute autre personne, le droit d'acheter des laines dans son royaume » ; mais il voulait qu'on en payât le prix^. Puis il partit, laissant derrière lui des promesses vagues que son

1. Les comtes et leurs amis s'étaient présentés à la barre de l'Echiquier à la a houre de tierce », et la lettre fut écrite « a houre de noune ».

2. a Aukunes grevaunces dount il ayeient fait monstrer les articles a vous come a leur lige seignour. »

3. Voir ibid. les deux lettres du 23 août (de Winchelsea) et du 24 (en mer, devant Douvres). Ces textes ne sont pas imprimés très correctement, mais ils sont curieux et ajoutent plusieurs traits utiles à la physionomie de cet épisode qui intéresse si directement l'histoire constitutionnelle.

XLii INTRODUCTION

fils, chargé de la garde du royaume à Tâge de treize ans, allait être obligé de tenir à sa place.

Ordre fut donné en effet (5-9 septembre) d'assembler le Parlement ^ et un bref royal (15 septembre) enjoignit aux shériffs de faire élire deux chevaliers, munis des pleins pouvoirs du comté ce pour recevoir les lettres royales confirmant les chartes de liberté ^ ». En même temps, les conseillers du jeune prince décidèrent qu'on tenterait de négocier avec les deux comtes et leurs partisans^; il y avait urgence, caries Anglais venaient d'être battus à Stirling (H sep.) et Ton pouvait craindre une invasion écossaise.

Les comtes vinrent au Parlement, mais avec 1,500 hommes d'armes et ne consentirent à entrer dans Londres qu'après s'en être fait livrer les portes ^. Dès lors, ils étaient les maîtres, et ce n'est plus seulement la confirmation des Chartes qu'ils exigeaient. Déjà ils avaient empêché les barons de l'Echiquier de lever le huitième accordé à Edouard I, a parce qu'ils ne l'avaient pas consenti ^. » 11 leur fallait donc une garantie formelle sur ce point. Le droit au consentement de l'impôt par les membres du Parlement avait

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