I. — CHARTE DE HENRI I
L'original de cette charte est perdu. Nous en connaissons la teneur par trois copies anciennes. La plus ancienne se trouve dans le Textus Roffensis , recueil de lois anglo-saxonnes et de chartes relatives à l'église de Rochester, compilé par Ernouf qui fut évêque de cette ville de 1115 à 1124. (Voyez Th.-D. Hardy : Descriptive catalogue of materials relating to the history of Great Britain and Ireland, Rolls séries, II, 150.) Elle commence par les mots : « Institutiones Henrici régis. Anno incarnationis Domini m. c. i., Henricus, filius Willelmi régis, post obitum fratris sui, etc. » Elle a été publiée diaprés Hearne, éditeur du Textus Roffensià^ par Blackstone : Magna Carta, p. iv, note^. (Blackstone se trompe en disant qu'Ernouf est mort en 1114.) — Les deux autres copies se trouvent dans le registre bien connu sous le nom de « Livre rouge de l'Echiquier » ; c'est un recueil de textes juridiques et administratifs compilé vers le milieu du XIII® siècle; il est écrit de plusieurs mains différentes; mais c'est à la même main qu'on doit les fol. 1 — 166, où se trouvent nos deux copies. La première est au fol. 16; elle est intitulée : a De libertate ecclesie et tocius Anglie observanda, » etc., comme dans l'édition de B. Thorpe [Ancient laws and institutes of England, fol. 1840, p. 215) et dans celle de R. Schmid [Gesetze der Angelsachseny p. 342); elle est divisée, comme dans ces deux
G. Bbmont. — Chartes des libertés anglaises.
éditions , en deux chapitres portant chacun un titre particulier : V « Ëpistola ejusdem omnibus fidelibus suis. Henricus...; » 2° « De confirmacione legum Edwardi régis. Murdra eciam... » Le premier de ces chapitres contient huit paragraphes, et le second six. La seconde copie de notre charte est au fol. 163; elle est intitulée : « Garta régis Henrici primi filii régis W., de libertatibus concessis Anglis ; et habuit quilibet comitatus talem : Henricus rex Anglorum, Samsoni episcopo, et Ursoni de Abetot, et omnibus baronibus et fidelibus suis tam francigenis quam angligenis de Wirecestrescira, salutem. Sciatis... » Elle continue ensuite tout d'une traite jusqu'à la fin, du § 1 au § 14. C'est cette dernière forme que nous avons adoptée ; la division en chapitres convenait mieux aux ouvrages de Thorpe et de Schmid; l'autre nous paraît reproduire plus fidèlement l'original.
Quant à la date, il peut y avoir quelque hésitation. Toutes les rédactions portent à la fin cette mention : « Testibus... apud Londoniam quando fui coronatus ; » or Henri I fut couronné à Westminster le 5 août 1100. (Voy. Freeman, The reign of William Rufusy II, 350.) D'autre part, une de nos rédactions (celle qu'a reproduite Blackstone) donne la date de 1101 ; mais cette dernière n'inspire pas grande confiance parce qu'elle est placée à la tête de l'acte d'une façon insolite. On pourrait sans doute tirer ce point tout à fait au clair, si l'on était mieux au courant des pratiques de la chancellerie anglaise à cette époque.
Nous avons reproduit la plus ancienne rédaction, celle du Textus Roffensis, publiée par Blackstone, qui peut-être l'avait revue sur le manuscrit. C'est elle aussi qu'on trouve dans les Statutes of the realm [Charters of liberties^ P* ^)» ^"^ s'en tiennent au texte publié par Hearne, mais qui paraissent moins fidèles. Les éditeurs des Statutes ont donné les variantes fournies par les deux copies du « Livre rouge » ; nous reproduisons seulement celles de la première , que nous avons vérifiées sur le manuscrit. Nous avons naturellement ajouté la ponctuation et la division en paragraphes des éditions modernes. M. Stubbs a publié notre charte dans ses Select charters (p. 100 j ; c'est sans doute par erreur qu'il renvoie à l'édition de Thorpe, car, en fait, il reproduit celle de Blackstone.
M. Edw. A. Freeman a donné une analyse détaillée de la charte de Henri I dans son volume : The reign of William Rufus and the accession of Henry the first (1882), vol. II, p. 352-359.