XIV INTRODUCTION
{Textes, n** II) * ; elle est semblable, quant au fond, à celle de Henri I. Elle s'en distingue par la place considérable qu'elle fait aux libertés de l'Eglise, mais elle est conçue dans le même esprit. Le nom de Robert de Gloucester figure parmi les témoins de cet acte avec celui de Hugues Bigot. Un mois ne s'était pas écoulé que ce dernier se soulevait contre Etienne (27 avril). Les engagements pris à Londres et à Oxford ne lui avaient servi de rien ; on le traitait maintenant en usurpateur et, s'il réussit tant bien que mal à garder la couronne, il fut, à la fin, obligé de reconnaître pour successeur le fils de sa rivale Mathilde : Henri Plantagenet.
Ce dernier succéda au trône sans contestation. l\ jugea néanmoins utile de donner des garanties aux grands et au peuple et, comme ses prédécesseurs, il commença par confirmer (c toutes les concessions, donations, libertés et libres coutumes données et concédées par son aïeul Henri I » ; il déclara exprèssèment que « la sainte Eglise, les comtes, les barons
1. Il existe une seconde charte d'Etienne, plus brève et conçue en termes plus vagues. Elle n'est pas plus datée que celle que nous publions plus loin. M. Stubbs pense qu'elle a été promulguée lors du couronnement; elle serait donc de décembre 1135. Elle contient seulement deux articles que voici : 1° Sciatis me concessisse et presenti carta mea confirmasse omnibus baronibus et hominibus meis de Anglia omnes libertates et bonas leges quas Henricus rex Anglorum avunculus meus eis dédit et concessit ; et omnes bonas leges et bonas consuetudines eis concedo quas habucrunt tempore régis Edwardi. — 2^ Quare volo et firmiter precipio quod habeant et teneant omnes illaa bonas leges et libertates de me et heredibus meis ipsi et heredes sui libère, quiète et plenarie ; et prohibeo ne quis eis super hiis molestiam Tel impedimentum, vel diminutionem faciat, super forisfacturam meam. Stubbs, Select Charters, 119.
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et tous ses hommes » auraient et conserveraient ces coutumes et privilèges « aussi librement, paisiblement et complètement que le roi Henri les avait donnés et confirmés par sa charte » {Textes^ n® III). Mais l'intempérant fondateur de Tempire angevin s'en tint à ces déclarations vagues et brèves ^ Pendant son règne si glorieux et si troublé, il travailla surtout à fortifier le pouvoir royal en perfectionnant l'organisme administratif. La justice et les finances, c'est-à-dire les plus grands services publics dans un Etat où le service militaire était réservé à une seule classe d'hommes privilégiés, furent reconstituées sur des bases plus solides. Après avoir été bienfaisantes parce qu'elles restauraient l'ordre intérieur détruit pendant la guerre civile d'Etienne et de Mathilde, ces réformes devinrent des instruments de despotisme, parce qu'elles furent appliquées avec une rigueur tracassière par les agents d'un roi toujours affairé et besoigneux. Ce fut pis encore sous les deux fils de Henri II : les entreprises guerrières où Richard Cœur-de-Lion dissipa les dix années de son règne, la conduite débauchée et la politique avide de Jean-sans-Terre, ne purent être soutenues que par des exactions toujours plus oppressives. En même temps, le pouvoir absolu qui s'était établi de fait sous l'empire de circonstances extraordinaires dans le cours du xii° siècle, commen-
1. Henri II, dans sa charte, où il confirme celle de Henri I, ne fait aucune allusion à celle d'Etienne, sans doute à cause des avantages qu'elle accordait à l'Eglise et qu'il jugeait excessifs.
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çait à s'inspirer du droit impérial; le roi, par principe autant que par tradition, prétendit régner sans contrôle et sans frein. Il ne fallait pas attendre des souverains du XIII® siècle qu'ils consentissent par politique, comme ceux du siècle précédent, à reconnaître et à confirmer les libertés de leurs sujets ; ceux-ci ne pouvaient Tespérer que d'une révolution. Elle éclata sous Jean et ne cessa d'agiter l'Angleterre pendant un siècle.
En 1213, Jean sans Terre qui, depuis six ans, était
1. Par Vhîstoire des années 1213-1216, les principales sources peuvent se diviser en deux groupes : 1° les chartes ; 2® les chroniques.
Les chartes sont réunies dans trois recueils essentiels : 1° les Fœdera de Rymer, dont il y a quatre éditions : la l'« (avec la continuation de Sanderson) en 20 vol. parus de 1704 à 1735 ; la 2®, surveillée par Holmes, qui reproduit seulement les 17 premiers volumes de l'édition primitive, c'est-à-dire ceux qui avaient été publiés ou préparés par Rymer lui-même (1727-1729) ; la 3®, publiée à La Haye en 10 vol., qui comprend tout Rymer avec la continuation de Sanderson et les corrections de Holmes (1739-1745) ; la 4« enfin, dirigée par l'ancienne commission des archives et qui parut de 1816 à 1830 en 3 vol. formant 6 parties, avec un fragment du tome IV. Cette réédition s'arrête à l'année 1386. Un utile abrégé du recueil de Rymer a été donné par sir Thomas D. Hardy (Rolls séries), en 3 vol., sous le titre : Syllabus, in english, of Rymer s Fœdera (1869-1885). — 2» JRotuli litterarum clausarum in Turri Londinensi asseryati, p. p. Th. D. Hardy; le tome I (1204-1224) a paru en 1833 et le tome II (1224-1227) en 1834. — 3° Rotuli litterarum patentium in Turri Londinensi asservati, par le même. 1 vol. (1201-1216), 1835. Ces deux publications sont la reproduction intégrale et littérale des plus anciens rôles où ont été transcrites les lettres closes et patentes émanées de la Royauté ; les textes y sont imprimés avec les abréviations, ratures, etc., qui figurent au manuscrit. Dans la préface au vol. des Lettres patentes, l'éditeur a dressé, d'après ces actes, l'itinéraire du roi Jean pendant tout son règne.
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en lutte déclarée avec son clergé et avec le pape, céda devant l'excommunication lancée contre lui et surtout devant la menace d'une invasion française sollicitée par Innocent III. Il invita luimême le nonce du pape Pandolfo qui, deux ans auparavant, lui avait reproché « d'aimer et d'ordonner les détestables lois de Guillaume le Bâtard au lieu des lois excellentes de saint Edouard » *, à venir en Angleterre; il alla au devant de lui à Douvres et là, le lundi avant l'Ascension, il promit solennellement (( d'obéir aux ordres du pape sur toutes les choses pour lesquelles il avait été excommunié » ; puis, la veille de l'Ascension-, il résigna sa couronne entre les mains du pape représenté par Pandolfo, et prêta serment d'être fidèle à Dieu, à saint Pierre et à l'Eglise romaine. Dans le chapitre de Winchester, où il fut relevé de l'excommunication fulminée contre lui, il jura, « touchant les saints Evangiles, d'aimer la
Quant aux chroniques, outre Gervaîs de Cantorbéry, il suffira d'indiquer celle du chanoine anonyme de Barnwell, insérée par Waltcr de Coventry dans son Memoriale (p. p. Stubbs, 2 vol. Rolls séries, 1871- 1873), et celle de Roger de Wendover, qui forme la base des Chronica majora par Mathieu de Paris (p. p. Luard. Rolls séries. 7 vol. 1876- 1883). L'œuvre personnelle de Wendover, publiée, à partir de 449, par Coxe, pour la R. english histor. society, a été rééditée, mais seulement à partir de 1154, par M. Hewlett (Rolls séries, 3 vol. 1886-89).