‹ Chasse et pêche au CanadaChapitre 109 sur 115 · ROBERT B. ROOSEVELT · texte numérisé non relu

ROBERT B. ROOSEVELT

En 1862, un membre du Barreau de New- York, Robert B. Eoosevelt, fils du Juge Eoosevelt et auteur entre autres écrits de " Game Birds of the North ", publiait à New- York, sous le pseudonyme de Barnwell, un traité de 324 pages, intitulé " Game Fish of the North. "

M. Eoosevelt, tout en décrivant avec charme son amusement favori, a fait de sérieuses recherches sur les diverses espèces de poissons de mer et de rivière, qu'il considère comme Game Fish, sur leurs caractères spécifiques, leurs habitudes, leur classification, le temps du frai et le mode de les capturer, les matériaux pour, et la manière de préparer les mouches artificielles; le tout accompagné d'agréables réminiscences de ses pêches, dans les Etats de la Nouvelle-Angleterre, dans le New-Brunswick et dans la province de Québec. Son livre est un utile Vade Mecum, pour le pêcheur de truites et de saumons. M. Eoosevelt, c'est l'homme civilisé en vacance, soupirant pour les solitudes bocagères de nos lacs et de nos bassins à saumons.

A part quelques excentricités, le livre de M. Eoosevelt possède, pour l'amant de la vie des bois un charme ineffable. Comme je l'ai dit ailleurs. " Qui en peindra la fraîcheur du coloris, l'entrainement des descriptions, l'amour passionné de la nature ? " Tantôt l'auteur vous sert de la prose poétique à pleines mains ; tantôt, c'est de la haute science telle qu'Audubon, Storer, DeKay, Agassiz, Mitchell, Baird, l'ont comprise. Aujourd'hui, c'est Isaac

Walton, le prince, le type des amateurs de pêche à la ligne, qui nous dévoile les secrets lintimes de son art; demain, le chantre des saisons, Thomson, mous entraînera près des torrents, aux pieds des cascades, pour nous mettre face à face avec le sombre et grandiose spectacle des montagnes, des fleuves du Canada et vous faire savourer l'amoureuse, solitude des bois.

Rien n'échappe. à l'enthousiasme du jeune voyageur, pas .même les usages variés auxquelles Técorce de bouleau peut servir: '-On pourrait, dit-il, écrire un traité entier sur les merveilleuses qualités de Fécorce de bouleau, trésor sans prix du forestier. Pour l'habitant des bois, «c'est une nacelle, une tente, une table, une .assiette, un pot pour chauffer l'eau, une corbeille, une coupe, un panier, une casserole pour frire, une feuille de parchemin pour écrire, l'aliment pour son feu et mille autres objets: essentiels à la vie."

Ecoutez-le décrire le sapin et dites-moi après cela, s'il n'y a pas chez lui quelques étincelles du feu sacré: "Arbre parfumé! que n'ai-je le pinceau de Jules César, d'Homère, de Shakespeare ou même de Byron pour retracer dignement ta gloire ! sapin, arbre chéri du pauvre bûcheron, affaissé sous le poids du jour, aussi bien que du langoureux chasseur qui échange pour la forêt, l'oisiveté des villes ! arbre, dont le parfum embaume la couche de tous ceux à qui Morphée verse ses pavots dans la solitude d.e la forêt î »un lit de tes flexibles rameaux est plus doux que l'édredon ; le.monarque qui s'y reposerait y rêverait au paradis. Tu sais nous protéger contre latoux, le rhumatisme et les miasmes malfaisants que la terre laisse exhaler de son sein glacé. Avec ta verte feuJllée, je puis me construire un douillet grabat où seront confondues la fermeté du matelas, la molesae du Ut de plume et* cet élasticité qui

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t'est propre. Accepte mes hommages, pour toi, pour ton associé, la pruche et ton camarade, le bouleau ; reçois, en souvenir d'un ami absent, ce nuage d'encens qui en ce moment s'exhale de mon calumet ! Puisse ton ombrage s'accroitre ! puisse tu grandir et devenir un arbre majestueux dont le feuillage me prêtera en tout temps un lit, sous la voûte ettuvée et dont le tronc me fournira, un véhicule, une nacelle pour franchir le liquide élément."

Tout est ici reproduit, hors le feu de l'original.

L'art de grouper avec agrément les incidents de voyage qui distingue le brillant écrivain, se manifeste, aurtout, dans le récit de son expédition: à la rivière Laval, un peu plus bas que le Saguenay. Peut être le traduirons mous plus tard pour nos lecteurs.

N'oublions pas en terminant de féliciter cet habile défenseur du système de protection que la législature a inauguré pour les pêcheries du Canada, de l'éloquent plaidoyer que son livre fournit. Il est à regretter que l'infatigable pêcheur n'ait pu jeter sa tente sur les rives des lacs Philippe, St-Simon, des Neiges et des mille autres lacs poisonneux qui se rencoutrent dans la chaine des Laurentides. Quels tableaux animés, quelles scènes ravissantes ne nous aurait pas valu son séjour dans ces féeriques endroits !

Puisque nous ne pouvons favoriser nos lecteurs à une description de ces lieux, essayons au moins de reproduire en français, les adieux que M. Eoosevelt adresse, dans la langue de Milton et de Byron, à l'estuaire le plus poissonneux du Nouveau-Brunswick, la rivière Nipisiguit.

" Adieu, beau Nipisiguit, fleuve aux limpides bassin», élysée du pêcheur ! Pourrai-je jamais oublier ton doux murmure, tes rapides sonores, tes rives tantôt escarpés tantôt ensevelies sous l'ombre des géants des forêts ? .Puisse la Naiade qui te verse l'onde limpide à ta source

continuer à assurer au touriste, des rêves de bonheur î Puissent tes fosses profondes long temp3 offrir au noble saumon, des asiles de sûreté, inaccessibles à la seine et au nigogue meurtrier ? Fasse le ciel que tes points de vue pittoresques continuent de charmer l'œil de l'artiste, et tes ondes, d'attirer le pêcheur ! Et moi même, pnisse-je être assez fortuné pour te revoir, beau fleuve, aimable Nipisiquit !

CHARLES LANMAN.

Voilà un nom également cher à la littérature et au sport,, que les é«hos de nos forêts se plaisent à répéter comme aux beaux jours de sa jeunesse, en 1846.

M. Lanman est non seulement un bon écrivain, c'est de plus, un Nemrod renommé, un habile pêcheur.

Les pages qu'il consacre à décrire ses exploits de pêche aux remous poissonneux le la Eivière Eistigouche, aux limpides bassins du Jacqi; .'S Cartier, de Terreneuve etc., (1) ne sont point, à couj» sûr, les moins séduisantes dans cette vaste et brillante modique littéraire, l'œuvre de sa plume versatile.

Evidemment les hôtes argentins du Jacques Cartier sont des saumons privilégiés, d.*s princes du liquide élément, puisqu'ils ont eu pour biographe et chroniqueur, un artiste et un auteur dont les magnifiques volumes, illustrés de sa main, ont pénétré dans les coins les plus reculés de l'Amérique et de l'Angleterre.

M. Lanman est beaucoup plus qu'un pêcheur de saumons et de truites ; c'est un admirateur passionné de cette grande nature forestière, un artiste, un peintre ému des

(1J Saîmon Fithing on the Jacques Cartier — The Boy Hanter qf Chicoutimi. — The Wizard of Anticoa'i; — NewFoundland. : — Fahing in the Risti^ gouche.

paysages canadiens. Tout vif appréciateur qu'il soit des merveilleuses toiles des grands maîtres, il a trouvé moyen de grouper à côté de ces chef d'œuvre de l'art, dos dessins, mille cro juis de chasse et de pêche en Amérique, dans l'intérieur de sa jo!ie villa, à Georgetown, près Washington ; sa ligne, ses mouches, son pinceau ont fait connaissance avec les estuaires, les rivières, les lacs les plus renoniiiiés du continent entier.

Parmi les portes enviés, que M. Lanraan a occupés dans sa patrie, l'on cite colui de secrétaire privé de l'Hon. Daniel Webster, dont il deviut plus tard le sympathique biographe. Ceci lui fournit l'occasion d'accompagner l'éminent homme d'Etat et son camarade de pêche, SirJohn Crampton, alors ambassadeur anglais à Washington, dans maintes expéditions de pêche, à Little Rock, sur le Potomuc, sous la conduite d'un guide fameux, Joe Payne, célébrité locale pour les pécheurs du Potomac, aussi en renom que Siouï et Gros Louis l'étaient, jadis, po:ir les pochoirs de truite du Lac St- Charles. Il se plaît à retracer ses frétillantes pêches, sur le Jacques Cartier, au temps ou Déry et Trépanier en accaparaient le poisson pour le marché do Québec.

" Voyez, dit-il, à un demi-mille du pont de Déry, eu remontant la rivière, à travers d'affreux rapides, le paisible bassin ou réservoir, dénommé l'Hôpital, pareeque le saumon, chaque été y séjourne quelques jours, 'comme pour se remettre de sa fatigue, à franchir les neuf milles d'ondes tumult leuses entre cet endroit et le fleuve St- Laurent; puis, voilà la Chute— le roc Everett — la noire et tranquille nappe d'eau, avoisinante, encadrée de crana — le Black Rock, " — sites pittoresques où sa ligne de pêcheur, sa plume de littérateur et son crayon d'artiste se sont tour-à-tour exercés.

Il clôt son récit par une agréable réminiscence où un

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exploit de natation, dans les rapides écumeux du Jacques Cartier, nous décèle sans qu'il le nomme, un intrépide nageur — notre ami, M. Archibald Campbell, prothonotaireadjoint de la Cour Supérieure de Québec ; — lequel se faisait un jeu, il y a de cela quarante ans, de traverser à la nage, le St-Laurent, devant Québec; digne fils d'un intrépide père, le colonel Charles Campbell, du 99é régiment, qui, pendant sa longue existence, s'énoigueillisait d'avoir sauvé à la nage, la vie de pas moins de douze personnes en danger de se noyer.

Charles Lanman, naquit à Munroe, Etat du Michigan, le 14 juin, 1819; son père, Charles James Lanman, longtemps maire de Norwich, dans le Connecticut, se distingua comme jurisconsulte et fut un des premiers hommes de loi qui se fixa dans l'état de Michigan. (Sa mère, Marie Jeanne Guie (Guy ?) était d'extraction française ; son père à elle, né au Canada, était un des pionniers dans l'établissement du Michigan.

L'écrivain avait pour aïeul, le juge James Lanman, sénateur influent, élu par l'état du Connecticut, de 1817 à 1825.

Par les femmes, M. Lanman remontait au " Pilgrim Fa-

theia" de 1620; et par des alliances subséquentes, à l'historien Motley.

Après un séjour de dix années, à New- York, dans les comptoirs de Suydam, Johnson & Cie, M. Lanman, revint à Munroe, heu de sa naissance, et y rédigea pendant quelque temps la Munroe Gazette ; en 1846, il prenait part à la rédaction du Cincinnati Chronicle; puis, on le retrouve à New- York, collaborant au Daily Express. Enfin, il fut employé comme correspondant à l'étranger, du National IntelUgencer.

En 1849, M. Lanman épousa à Georgetown, mademoi-

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odge. La même année, il fut nommé bibliothécaire ja-rtement militaire, à Washington ; comme tel de l'organisation de cette bibliothèque. Fins tard, it bibliothécaire du bureau des Droits d'auteur, îécaite du département de l'Intérieur, et enfin, biblire de la chambre des Représentants.

vain sérieux, d'une rare industrie, JI. Lanman à la postérité une série d'œuvres marquées au mérite — préconisées comme telles par les hommes res et des critiques les plus autorisés du vieux nouveau monde. Le romancier Charles Dickens, igton Irving, Edward Evorett, on fait chaudeon éloge ; YAtheneum, de Londres et le London •y Gazette, ont consacré des notices spéciales à ses

Revue contemporaine fournit la liste suivante de

Iventures in the Wilds of America, 1834.

saysfor Suinmer Boure, 1842.

'.ters ffom a Landscape Painter, 1845.

Sam-mer in the Wilderness, 1847.

Tour to the River Saguenay, 1848.

ierafrom the Alleghany Mountains, 1849.

w-ko-noo, or Records of a Tourist, 1851.

i/vate Life of Daniel Webster, 1852.

dionary of Oongresa. Published by the Government, 1859. ' •

ison Life of Alfred Ely, 1862.

i Japaneae in America, 1872.

igraphical Annale of the Civil Government of the United States, 1876.

rious Characters and Pleasant Places. Published in Scotland.

14 Red Book of Michigan, 1871.

15 Resources of America. Republished in Japan.

16 Noted men in Japan.

17 Octavius Perinchief His Life of Trial and Sup-

rême Faith, 1879.

18 Life of William Woodbridge, 1867.

19 Farthest Xorth; or the Life and Explorations of

J. B. Loc\wood.

20 Haphazard Personalities, 1886.

Le vieux sportman nous reviendra-t-il à la saison des feuilles ? Nous l'espérons.

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