LA CHASSE AU CHIEN GOURANT
Elle dérive de la vénerie, dans un style plus modeste. Elle en diffère surtout en ceci : i° qu'elle prend un caractère mixte puisqu'elle comporte toujours l'emploi du fusil ; 2*> qu'au lieu de reconnaître de la bête de chasse avant de l'attaquer, on découple dans une enceinte qu'on traule k la billebande, en appuyant les chiens pendant le rapprocher, jusqu'à ce que les camarades du chenil se rallient de confiance sur la voix du lancer.
Au début, on ne sait pas toujours quelle béte est devant les chiens ; mais bientôt, à ses allures et au parti qu'elle prend, les chasseurs sont renseignés.
Dans cette forme, la chasse au chevreuil, au renard, au lièvre surtout est pleine d'intérêt. Si elle ne mène pas le grand tapage de la vénerie, elle lui emprunte toute sa science, k partir du laisser-courre. Sept ou huit chiens d'ordre, bien gorgés, font une belle musique et, bien conduits, par un temps favorable, ils se donnent aussi le luxe de forcer. Mais, pour cela, il faut ne permettre aucun change, et relever promptement les défauts en plaine et sous bois : ce qui ne s'obtient régulièrement qu'avec l'aide d'une bonne meute tenue sous le fouet d'un piqueur k cheval.
Généralement, on tire le gibier devant les chiens, quand il passe k portée ; celui-lk, ou d^autres qui se dérobent. On cherche surtout k tuer le chevreuil avant qu'il ait pris son parti ; car trop souvent il ne revient pas au lancer et il est dur de le suivre k pied dans ses grandes refuites ou d'attendre, le fusil en bandoulière, le retour des chiens quand ils auront mis bas. Un vieux
chasseur gardera toujours un^bon briquet en laisse pour tuer le temps^ tandis que les jeunes usent leurs jambes.
La forte odeur du renard rend la tâche facile aux chiens. Ils le mènent d'autorité et pour ainsi dire sans défauts. Mais, le plus souvent, après une première randonnée pour reconnaître le danger, le silence se fait autour de l'ouverture où le renard vient de se terrer. Cette solution est la plus heureuse quand on ne le cherchait pas.
Quand on veut s'amuser k donner un renard k la meute, il faut au préalable boucher les terriers, ou, tout au moins, en défendre l'entrée par quelques bûchettes blanchies au couteau et plantées en forme de croix k quelques mètres en avant. Le renard les prend pour des pièges et continue sa course ; mais il ne faut pas prétendre forcer un renard sans relais ; car, il a autant de train et plus de souffle qu'un cerf. Le plus sûr, quand on n'est pas k cheval, est de le tirer quand on peut et le plutôt qu'on peut.
Au contraire, on a le temps de tirer sur un lièvre. C'est même une faute de lèse-chasse que d'arrêter par un coup de conscrit les charmes d'un bien aller. Quand les chiens sont collés k la piste, le lièvre reviendra se faire battre aux environs du lancer. Quelquefois, cependant, serré de trop près par des chiens trop vites qui ne lui laissent pas le temps de ruser, un vieux bouquin pique sa pointe droit devant lui et ne reparaît plus. C'est alors qu'il faut avoir des jambes, si on veut recoupler les chiens pour ne pas qu'ils couchent au bois.
Certes, la chasse au chien courant est des plus belles, quand on la pratique plus pour le sport que pour la ve-
naîson ; mais elle a le grave inconvénient de fatiguer beaucoup le gibier et d'aider k sa dépopulation.
Le jappement des chiens, les cris des chasseurs, le bruit de la poudre effrayent et tourmentent le gibier k côté de la bête de chasse. Celle-ci, quand elle n'est pas tuée, se souviendra longtemps de la course folle qu'elle a dû fournir, et ne reviendra au logis que pour le quitter k la moindre. alerte. Lièvres et chevreuils désertent : le chevreuil pour chercher en forêt des parages plus tranquilles, le lièvre pour se gîter en plaine ou tout le monde le ramasse.
C'est pour cela que cette chasse à bruit se pratique peu en Allemagne où, aux chiens vites et bien gorgés, on préfère le basset chiche de gueule et dont l'allure lente effraye moins le gibier. Le chevreuil, le renard et le lièvre se jouent en gambadant autour de ces gêneurs qu'ils méprisent sans trop se méfier du chasseur qui guette. Il n'y a pas de chasse plus fructueuse pour le garde-manger et plus ménagère pour les réserves.
Faut-il ranger ^lans cette catégorie les deux procédés suivants ?
1° La chasse au sanglier a l'aide de roquets ou mâtins mordants qui' harcèlent la bête et tiennent \q ferme jusqu'k l'arrivée de leur maître qui s'approche, rampant dans les buissons et les épines, jusqu'k ce qu'il puisse glisser sa balle k bonne portée ;
2** La chasse au limier tenu en laisse par un aide qui suit lentement la piste sans faire d'autre bruit que de donner, de temps k autre, un léger coup de sifflet pour indiquer sa présence au chasseur. Celui-ci, posté sur un passage de grande re fuite, attend la bête qui se dérobe
r. fi •
d'une allure tranquille. Il ne doit tirer qu'à coup sûr. Car si une bonne occasion ne se présente pas cette fois, il suivra la piste d'enceinte en enceinte, à travers plaine comme k travers bois jusqu'à ce qu'il puisse de nouveau se porter sur les grands devants dans l'espoir d'un succès.
On ne réussit pas toujours à cette chasse de Mohican ; mais quand, après une longue journée de poursuite solitaire et silencieuse, on arrive à tirer un beau sanglier, on a droit d'être fier de son coup, car il est le fruit d'une œuvre personnelle où la science doit égaler la persévérance.
L'une et l'autre de ces chasses sont passionnantes, mais seulement permises à ceux dont l'âme est ouverte à la poésie du silence et de la solitude dans les grands bois. Elles sont d'ailleurs des plus productives ; car, rien que dans le département de Meurthe-et-Moselle, on pourrait citer, par leur nom, au moins deux chasseurs qui ont déjà inscrit sur leur carnet chacun plus de mille sangliers, sans compter les loups, tués de la sorte.
En tous cas, on doit reléguer dans les bas-fonds de la chasse à courre celle dont la meute se réduit à un seul corneaa, babillard et dansant dans la voie. On le choisit actif et de nez fin pour qu'il soit bon lanceur. Il conduit dix minutes, en recoupant, pour chercher les voies; mais ne s'attarde pas à relever un défaut en plaine ; il préfère rentrer sous bois pour un nouveau lancer.
Aussi rusé que son maître, il compte sur lui pour blesser quelque lièvre qu'il achèvera en cachette. On ne sait pas toujours lequel des deux mangera le lièvre de l'autre.
Vous qui chassez avec la meute, ne prenez pas pour associé un chasseur au corneau 1
Certains propriétçiires de bons équipages ont cependant recours k cette chasse pour faire des éclaircies dans les cantons encore trop bien peuplés pour qu'on puisse y découpler sans risquer des changes perpétuels. Il serait plus correct d'avoir deux bons bassets qui feraient meilleure besogné.
On peut aussi se servir agréablement de ceux-ci pour faire une jolie petite chasse au lapin. En automne, par un temps clair, alors que le lapin est hors du terrier, on en fait boucher les gueules pendant la nuit. Puis, au matin, des tireurs se portent sur les entrées les plus fréquentées et on lâche les chiens, Ceux-ci quêtent, lancent et suivent en donnant assez de voix pour avertir le tireur.
§ 2. — La chasse au vol ou fauconnerie,
La fauconnerie est l'art de dresser et de gouverner les oiseaux de proie destinés k la chasse. Elle a toujours passé pour la plus distinguée et la plus noble de toutes les chasses. Elle est toute de luxe et de plaisir et comporte un grand appareil d'auxiliaires, de valets et d'équipages : chevaux, chiens, oiseaux. Sa terminologie spéciale dépasse en richesse celle de la vénerie.
Le vol est encore en grand honneur en Angleterre, en Belgique, en Allemagne, en Russie, en Hongrie, au Soudan, en Perse, dans le Turkestan, en Chine, etc. On emploie le faucon pèlerin, le gerfaut et le sacre comme
oiseaux de haut vol; et comme oiseaux de bas vol, Tautour et Tépervier.
La chasse au vol n*est plus guère pratiquée en France où elle est d*ailleurs défendue par la loi de i844 puisqu'elle ne figure pas dans lie texte de l'article 9. On y compte cependant encore un certain nombre de vrais amateurs qui possèdent des oiseaux de race dont les mérites ont pu être primés dans des concours k l'étranger ».
§ 3. — La chasse à tir ou au tusîL
SomcAraE. — Son caractère. — Ses modalités multiples. — 1° La chasse an chien d'arrêt: le chien; le gibier; où il faut le chercher en terrain découvert et sous bois. — 20 Ites chasses sans chien : chasse au cuMevé; devant soi, en plaine et sous bois ; les battues ; le fhret ; les affûts ; la passée et la chute à la bécasse ; le coq de bruyère au chant ; le cerf au raire ; Toiseau de proie au nid ; le grand gibier à la surprise. -* Les tirés. — Les soins à donner au gibier tué. — 3o Les chasses au nuirais : les zones ; la sauvagine ; les procédés de chasse ; la chasse aux canards ; le halbran ; les chasses d'automne et d*hiver ; les affûts ; les huttes et gabions ; le hutteau ; les surprises.
La chasse k tir est k la portée de toutes les bourses ; chacun peut la pratiquer k sa guise ; elle présente en un mot les allures bourgeoises qui lui permettent d'enrôler sous sa bannière tous les chasseurs du dimanche. Elle demande néanmoins des aptitudes et des connaissances spéciales et possède une littérature des plus variées.
On a coutume de faire des termes chasse au chien d*arrêt et chasse en plaine les synonymes de chasse k tir; c'est un peu trop prendre la partie pour le tout. Car, d'une part, un grand nombre de procédés de chasse
I. Entre autres Téquipage de Vadamont au Dr Arbel dont le faucon Satan a été primé au concours de Spa, en 1899.
à tir ne nécessitent Temploi d'aucun chien ; d'autre part, elle se pratique partout : aussi bien en pays de coteaux et de montagnes qu'en plaine ; — dans les friches que dans les cultures ; — en terrain découvert qne dans les vignes, les buissons, les bois et forêts ; — dans les marais enfin, comme sur les rivages et sur les eaux.
Pour mettre un peu d'ordre dans ces modalités multiples, elles seront rapportées à trois types : la chasse à tir au chien d'arrêt, la chasse à tir sans chien ; et la chasse à tir au marais.
i^ La chasse à tir au chien d'arrêt. — Le chien d'arrêt ou chien couchant est un instrument merveilleux. Tandis que le chien courant poursuit le gibier k la façon d'un animal sauvage, et, quand il parvient k s'en emparer, ne le relâche que sous le fouet, le chien d'arrêt nous offre une collaboration aussi intelligente que désintéressée.
Quelle que soit la race, les chiens de cette catégorie tombent en arrêt dès qu'ils sentent le gibier tout proche et restent ainsi immobiles jusqu'à ce que le maître leur permette de le faire partir ou de le poursuivre. Il faut qu'il obéisse et manœuvre à la voix, au sifflet, au geste et au regard. Il s'établit dès lors entre le chasseur et le chien une association intime ; mais il faut que l'accord le plus complet règne entre les contractants, autrement surviennent des scènes de ménage dont le gibier profite. Les chiens leà mieux doués ont parfois leurs nerfs ; si, à tort, vous leur avez manqué, ils boudent au talon, font la sourde oreille, ou retournent au logis : peccadilles qu'il faut savoir pardonner à l'occasion.
Un chien d'arrêt doit avoir bon nez ; c'est le point
QO LA CHASSE*
capital dont il faut être assuré avant toute chose, afin de ne pas se donner le mal de dresser une rosse. Avec du tact, de la patience, si le fusil est juste, le reste viendra tout seul, dans les limites du suffisant ; car il faut réellement trop pour faire un chien parfait. On lui demande, en effet :
1° D*étre docile à la voix du maître ;
2° De quêter attentivement, le nez au vent, sans tourner trop longtemps k la même place ;
3° De tenir Tarrét ferme attendant l'arrivée du maître ;
4° De ne bourrer jamais ni le lièvre, ni la plume ;
5° De cesser toute poursuite dès qu'on le rappelle ;
6° De suivre sur terre et sur Teau toute pièce abattue ou blessée, et la rapporter sans la mâcher, la meurtrir ou la déchirer ;
7^ De ne pas courir au coup de fusil d'un autre chasseur que son maître.
La quête plus ou moins brillante est affaire de races et de sujets.
Tout bon chasseur doit dresser ses chiens lui-même et ne jamais les prêter à personne.
Le plus souvent, on apprend au même chien à arrêter et k rapporter ; parfois, surtout en Angleterre, on a deux chiens qui se complètent : l'un qui remplit la fonction d'arrêter le gibier, l'autre le chien d'apporté ou retriver qui lui sert de domestique, va chercher le gibier mort ou blessé et le rapporte. Cette division du travail permet k chacun de mieux faire sa besogne.
Au chien d'arrêt, on chasse surtout le petit gibier de table : le lièvre et le lapin parmi les mammifères et, comme gibier k plumes, les marcheurs et coureurs, les
oiseaux aquatiques, échassiers ou palmipèdes, tous ceux en un mot qui prennent leur nourriture par terre et sur l'eau et ne se branchent qu'accidentellement. Chacun de ces gibiers a ses stations préférées. En plaine, en pays de coteaux et des collines, on trouve le lièvre en primeur dans les campagnes , sur tous les sols ; — le lapin se cantonne dans les terrains perméables et secs ; — la perdrix grise se remise dans les cultures, dans les friches, aux confins des forêts; i la rouge se tient de préférence dans les landes et les
! vignes ; — la caille, dans les céréales ; — le râle de
génets, dans les prairies humides. Comme gibier de raccroc : la cannepetière dans les grandes plaines; — la bécasse, en automne dans les buissons ; — le faisan, sur les frontières d'un opulent voisin ; — le pluvier et le vanneau, dans les plaines basses à l'arrière-saison ; -^ / la bartavelle habite les pentes rocheuses de la basse
montagne dans le Dauphiné et en Savoie ; — le tétras k queue fourchue, dans les broussailles et les clairs-bois des pâturages alpestres ; — plus haut, près des neiges, le lièvre blanc et le tétras lagopède. Encore dans chacune de ces stations est-il des points où chaque espèce, suivant les saisons et les heures du jour, se tient plus volontiers. La connaissance de ces faits locaux, faciles d'ailleurs a observer, constitue la supériorité d'un chasseur sur son terrain.
Dans les bois feuillus ou résineux, on trouve, suivant les contrées: les lièvres et lapins, la bécasse, le faisan, la gelinotte.
Sous bois, la quête k la bécassse est des plus séduir duisantes et pleine d'imprévu. 11 faut la chercher au printemps dans les forêts basses, en automne sur les co-
ga UL CHASSE.
teaux secs. Toute bécasse levée doit ôtre poursuivie à. outrance, de remise en remise, jusqu'à ce qu'on la pelotte dans la main. Le plaisir en vaut la peine ; mais il ne faut pas craindre les épines. D'ailleurs, en la cherchant, l'occasion se présente souvent de faire quelque bon coup : tirer une gelinotte branchée, moucher un lièvre, rouler un lapin, parfois même culbuter un brocard. C'est aussi le danger que cette chasse présente au printemps quand elle est permise après la clôture.
Dans les sapinières de la basse montagne, où on rencontre encore quelques grands coqs de bruyère, on peut chasser au chien d'arrêt les jeunes de l'année dans leurs cantonnements, jusque vers la fin de septembre, époque à laquelle les compagnies se disloquent.
Quoi qu'il en soit, la chasse au chien d'arrêt sous bois est toujours assez amusante pour qu'on doive recommander de la faire seul ; car, c'est là surtout qu'il faut se méfier des compagnons qui ont le doigt chaud.
2? Les chasses à tir sans chien. — A la chasse au chien d'arrêt, le sport fait encore belle figure à côté de la venaison. Dès qu'on chasse sans chien, cela n'est plus que pour tirer et pour tuer.
La plus simple est la chasse au cul-levé. Quand, au moment des passages, certain gibier abonde, les alouettes, par exemple, celui qui aime à brûler des cartouches parcourt les champs en tirant tout ce qui se lève à bonne portée. C'est un excellent apprentissage de tir au vol. On fait de même dans les vignes à la recherche des grives et des tourterelles.
On peut chasser tout le gibier devant 50/ quand il est
assez abondant dans une réserve pour qu'on puisse le lever en grand nombre sans Taîde de chiens. On tire tout, lièvre et lapin, au déboulé, perdrix au départ, sans trop se préoccuper des remises ; car on est certain de rencontrer autre chose à faible distance.
C'est de cette façon que procède le miséreux, qui, n'ayant ni chien, ni chasse, va glaner sur les terres que personne ne défend. C'est le plus dangereux des écumeurs de plaine ; car il a bientôt payé ses permis avec les lièvres qu'il voit au gîte et les perdrix qu'il tire à terre pour ménager sa poudre.
En tout terrain, campagne ou forêt, on peut chasser devant soi, seul ou collectivement. Dans ce dernier cas, les tireurs se disposent en ligne, k la place qui leur est assignée par le sort. Puis ils marchent dans une direction déterminée, en suivant les allures du guide. Chacun tire le gibier qui se lève plus proche de lui que des voisins. La bête morte est ramassée, la colonne se remet en marche, sans jamais rompre la ligne, même pour suivre un gibier blessé. Autrement, ce serait le désordre. C'est généralement le procédé adopté pour . les chasses en actions. Tout y est réglé par des statuts aussi sévères que ceux d'une société financière qui émet des bons à lots ; car les chances ayant été égalisées par le sort en ce qui concerne la rencontre et la levée du gibier, le succès n'est qu'une question d'adresse au tir. Quelques petits bénéfices sont acquis au tireur heureux; mais, au tableau, chacun prend les pièces qu'il veut en les payant au prix du tarif; le reste va à la halle ; on arrête d'ailleurs les hécatombes dès qu'on a soldé le nombre des primes affectées k ce tirage.
Cette chasse se pratique de la même façon au bois et
g 4 LA CHASSE.
en plaine ; mais, en plaine, où elle prend parfois le nom de râteau, tant elle est meurtrière, on n'y a généralement recours qu'en primeur, pour rendre des politesses, ou quand on ne dispose pas d'un nombre suffisant de fusils pour faire des battues.
La battue est une sorte de chasse que Ton fait, soit en plaine, soit au bois, au moyen de rabatteurs qui mettent le gibier en mouvement et le dirigent vers les tireurs postés.
En plaine, on chasse de la sorte le lièvre et la perdrix après la Saint-Hubert, alors que les plus jeunes lièvres sont devenus bons demis et que les perdrix ne tiennent plus l'arrêt. Une enceinte délimitée, plus ou moins grande suivant le personnel dont on dispose, est fermée de toutes parts ; k faux vent par les rabatteurs espacés k i5 ou 20 mètres les uns des autres, k bpn vent par les tireurs dissimulés dans les fossés, derrière les haies, et irrégulièrement espacés, plus nombreux aux bons passages qu'ailleurs. A un signal donné, les rabatteurs se mettent en marche en bien gardant leurs distances et ne faisant que peu de bruit : — sifflets, coups de pied sur le sol, de pierres dans les buissons — sans pousser, comme cela se fait trop souvent, ni cris, ni clameurs qui affolent le gibier dans toutes les directions et le font rebrousser jusque sous leurs bâtons. Les chasseurs qui le voient venir de loin n'ont qu'a l'assassiner tout k leur aise. Pour le lièvre, c'est toujours facile; mais le tir de la perdrix k toute volée demande de la précision, d'autant plus que, bientôt, accoutumées k la manœuvre, les compagnies piquent en l'air pour franchir la ligne des chasseurs hors de portée.
On peut simplifier, en ne prenant qu'un petit nombre de traqueurs réunis entre eux par de longues cordes armées de grelots ou de chiffons de papier, et dont ils tiennent à la main les extrémités ; en les traînant par terre, lorsqu'ils marchent habilement, ils dirigent le gibier sur les chasseurs.
On peut encore donner à la battue la forme mar^ chante ou en chaudron en usage dans les grandes plaines du Rhin et ailleurs. Alors il n'y a plus qu'un seul mouvement d'ensemble auquel prennent part en môme temps les tireurs et les rabatteurs.
Tous, régulièrement répartis sur la circonférence d'un grand cercle de plusieurs kilomètres de diamètre, partent au mot d'ordre, et marchent lentement vers un signal central visible de tous les points. Tout gibier levé fuit dans la même direction. Tant que le cercle est assez grand, on tire aussi bien dans le centre que hors de l'enceinte. Mais dès que le cercle est assez rétréci pour que les accidents soient k craindre, on ne tire plus que le gibier qui force la ligne. A un moment donné, les chasseurs se retournent, les rabatteurs foncent sur le signal central et, frappant k droite et à gauche, dispersent le troupeau qui part en bouquet dans toutes les directions au milieu d'une fusillade générale. Le spectacle est curieux, mais on s'en lasse vite, tant il s'y dégage une odeur de boucherie. Il n'est pas rare que le tableau d'une seule de ces battues en chaudron étale plus de 5oo lièvres.
Les battues au bois sont bien plus compliquées puisqu'on les organise contre toute espèce de gibier : bêtes fauves, noires ou rousses, bétes puantes ou nuisibles, petit gibier k poil et k plumes.
Tout en -empruntant à la battue sa manière, la poursuite de chacun de ces gibiers comporte des dispositions spéciales, d'autant plus qu'on peut avoir affaire aux animaux les plus sauvages et les plus rusés. Tout un plan de campagne doit être arrêté à l'avance entre les personnes chargées de diriger : les uns, les traqueurs, les autres, les tireurs. Souvent à ces traques ou battues, les rabatteurs sont remplacés par des roquets mordants qui foulent l'enceinte sous la conduite d'un piqueur.
Le peu d'art que demande la chasse en battue est l'affaire de ceux qui la dirigent ; ordre et discipline entrent pour beaucoup dans le succès. Le tireur n'est plus que le représentant d'un numéro qui lui assigne sa place dans chaque enceinte ; et, pour lui, le succès dépend moins de la justesse de son tir que de son attitude. Au poste, il faut savoir ni parler, ni bouger, ni fumer. Celui qui, suivant ce précepte, attend immobile,, de sang-froid, que le gibier passe k portée pour lui envoyer le coup mortel, sur le point de sa re fuite assez découvert pour qu'il reçoive tout le plomb, celui-lk tuera toujours plus que les autres. Sûr de son coup, jamais il ne quitte son poste pour vérifier ou s'excuser k haute voix. £n deux temps il recharge et se remet au port d'armes. Ces bons fusils sont aussi les meilleurs voisins.
Car la battue présente ses dangers, en plaine et surtout au bois. Pour éviter les malheurs qui ne manqueraient pas d'atteindre, parfois par ricochet, aussi bien rabatteurs que tireurs, il faut apporter dans l'organisation la réglementation la plus sévère et une discipline de fer. Le directeur de la chasse doit être investi d'une au-
torité suffisante pour éliminer sans pitié, à la moindre infraction, tout imprudent, fût-il k barbe grise.
La chasse du lapin au furet n'est qu'une sorte de battue où le furet remplit le rôle de rabatteur souterrain. Dès que le lapin terré sent un furet à ses trousses, il jaillit de son trou avec une vitesse de projectile ; mais avec cette différence que sa trajectoire tient plus du zigzag que de la parabole. Le chasseur posté à rouve]> ture n*a que le temps de tirer au coup d'ép*aule. On s'y fait vite, et, comme exercice de tir, c'est très amusant.
En terme de chasse, Y affût est un lieu caché où on se poste armé d'un fusil tout prêt k tirer et où on attend la venue du gibier ; on choisit l'affût k bon vent, k faible distance d'une coulée dont les revoirs indiquent une fréquentation récente. Il faut être rendu sur place un bon moment avant l'heure du passage pour s'installer en se dissimulant de son mieux. Puis, l'heure venue, on attend, sans plus bouger, l'œil et l'oreille au guet ; car le gibier a le plus fin sentiment du chasseur, le moindre indice lui signale son voisinage, l'inquiète et le fait rebrousser. La situation n'est pas toujours commode, ni bien réjouissante ; quand, par exemple, on est juché sur une branche d'arbre, ou, k l'affût au chamois, blotti dans un couloir de neige, par 2,5oo mètres d'altitude.
Ainsi compris, l'affût n'est qu'une sorte de guet-apens digne du braconnier. Cependant, malgré son peu de noblesse, un chasseur ne dédaigne pas l'affût, quand il a pour prétexte la destruction des animaux nuisi-
TjA chabbb et la pâchr. 7
bles, bien que, en général, on laisse cette besogne trop matinale à quelque professionnel, sous prétexte qu'il possède les secrets pour se rendre invisible et inodore.
Il est, sans doute, d'autres accommodements ; car dans maintes circonstances les chasseurs les plus scrupuleux font œuvre d'affûteur : ainsi quand au mois de mars, dans les tranchées des grands bois, ils attendent le soir l'heure de la passée ou de la croule ; ou lorsqu'ils se cachent dans une hutte près d'une mare, veillant la chute au matin ou k la nuit. Il est vrai qu'il s'agit de bécasse et la qualité du gibier rachète le manque de distinction du procédé. Ainsi encore de l'affût au canard dans les étangs, à la grive dans les vigùes, au pigeon sur les arbres et k tout ce qui s'affûte, tout jusqu'au pinson qui fait les délices du chasseur k la casquette I
Sous la rubrique, affût, on peut aussi ranger les chasses au chant, au nid, k la surprise, au raire. Le premier, appliqué au grand coq de bruyère, compte au nombre des plaisirs princiers, k l'étranger tout au moins ; car, en France, elle coïncide avec le temps de clôture et reste ainsi l'apanage de Messieurs les braconniers. Voici comment ils opèrent :
Le soir, bien cachés sous bois, ils cherchent k reconnaître l'arbre sur lequel un coq viendra passer sa nuit. Puis, le lendemain matin, avant le jour, ils viennent se placer k bon vent k cent pas de l'arbre marqué. Dès qu'ils entendent le chant d* amour et tant que dure sa phrase, ils avancent par bonds successifs — trois ou quatre — pour rester immobiles pendant la pose. Ils recommen-
cent ce manège jusqu'à ce qu'ils soient abonne portée. Là, au premier chant, on ajuste tout à son aise, sans se presser ; car il arrive que si le coq n'est pas touché du premier coup, on peut le redoubler : tant est grande la frénésie qui absorbe son être.
L'approche des oiseaux de proie, quand ils couvent chaud sur le nid, est encore une chasse du même genre.
La chasse à la surprise peut être pratiquée en toute saison sur le grand gibier : cerf, daim, chevreuil, sanglier, dans les forêts tranquilles, où leurs habitudes et leurs retraites sont bien connues, où rien d'anormal ne vient les déranger.
Une manœuvre habile permet de surprendre les animaux dans leurs bauges ou repaires. Pour cela, le chasseur doit avancer lentement, avec toutes les précautions nécessaires pour ne pas faire de bruit. De temps à autre il s'arrête pour sonder l'horizon à l'aide d'une bonne lorgnette. Dès qu'une bête est en vue, il ne doit plus bouger, ni avancer que quand elle a la tête penchée vers le sol; car, au moindre bruit, au moindre geste, si elle à l'oreille aux écoutes, tout est perdu. A force de ruse, en rampant, on arrive à bonne distance pour toucher sûrement à la place mortelle. Car, à cette chasse, on ne doit jamais blesser.
Celui qui chasse le cerf au raire use de procédés analogues. Si, dans la saison du rût, septembre et octobre, il est posté avant le jour sur les confins d'un canton habité par une harde, il entendra les cerfs bramer. Il remarquera la direction dans laquelle s'est fait entendre
le dernier cri dont la force et la gravité indiquent la plus grosse bête. C'est Ik qu'elle se sera rembuchée; car, dès que le jour paraît, le silence se fait. Bientôt le chasseur marchera sans bruit dans la direction voulue, redoublant de précautions au fur et k mesure qu'il approche du fort où il entre dans l'attitude du chasseur k la surprise.
Mais, pour réussir, il faut aimer la forêt et comprendre son langage, être assez savant, patient et prudent pour bien choisir ses victimes. Les forestiers allemands sont très experts k ces chasses sans bruit qui leur permettent de ne prélever dans leurs cultures de gibier bien aménagées que des récoltes en fruits mûrs.
Les tirés sont des chasses luxueuses et mondaines. La conception en est toute française. L'installation et la conduite en ont été soigneusement réglées par la vénerie du roi Charles X. Nous donnons k leur sujet les renseignements qu'k bien voulu nous communiquer M. Louis Leddet, inspecteur des forêts k Rambouillet.
ce Un tiré est un terrain boisé et embroussaillé dont « rétendue varie entre i5o et 3oo mètres de largeur « sur 8 k 10 kilomètres de longueur; la surface occu- « pée atteint donc de 120 k 3oo hectares. L'emplace- « ment d'un tiré dit ouvert est choisi sur le sol même « de la forêt, en bordure sur la plaine, suivant un ali- « gnement aussi droit que possible ; la laie séparative « entre le tiré et le grand bois est essartée, sur une lar- « geur suffisante pour qu'on puisse y installer facilece ment les banderoles, panneaux et autres pièces mobi- « les servant aux défenses, auxpiégages, k la circulation « des voitures, etc. Le tiré clos est un parc, fermé de
LES MODES DE CHASSE. lOI
« toute part, installé à cet effet au milieu d'une grande « plaine cultivée ; on lui donne la forme circulaire ou « celle d'un fer k cheval.
« Chaque année, le peuplement des tirés est tondu à « la façon des haies, de manière k maintenir le fourré « k une hauteur uniforme qui ne dépassera pas i mètre « k i°*5o. La surface totale est divisée en bandes lon- « gués et étroites par des layons en nombre généralece ment impair et distants entre eux de 20 k 25 mètres. « Dans les tirés de Rambouillet, il y a neuf layons qui « sont entretenus sur un mètre de largeur, k l'exception « de celui du milieu auquel on donne 2 mètres, en rai- « son de son aifectation au chef de l'État. Dans l'inté- « rieur des massifs sont tracés, k l'occasion des chasses « et pour la plus grande commodité des rabatteurs, de « minces filets espacés de 3 mètres environ.
« Les essences k recommander sont : Je chêne, le a charme, les fruitiers, le bouleau, parmi les arbres ; « les cerisiers k grappes, aubépines, pruniers épineux, « cornouillers, lilas, comme arbustes ; enfin des arbris- « seaux, tels que : sureaux, mahonias, groseillers, etc. « Ces essences supportent assez bien le traitetnent « qu'on leur fait subir, et sont choisies parmi celles « dont les fruits ou baies sont recherchés par le gibier, a A ces ressources alimentaires quelque peu éventuelce les, on en ajoute d'autres fournies par des enclaves « disséminées et que l'on cultive en sarrasin, avoine, a topinambour, sorgho, etc.
« Pour rompre la monotonie du tir et surtout le ren- « dre moins dangereux, on relève le vol du gibier k <c plumes par des bandes de vrai taillis qu'on laisse se « développer librement, de loin en loin, et sur une lar-
« geur de 20 mètres environ. On peut aussi ménager « quelques réserves en bordure pour faciliter le brandi, cher des faisans. En outre, on essarte un certain « nombre d'allées ou tranchées transversales de 8 k 10 « mètres de largeur, afin de permettre le tiré du lapin ce et du lièvre qui piètent devant les rabatteurs.
ce Enfin, à cet aménagement d'ensemble sont ajoutées « quelques installations spéciales, telles que : mares « pour abreuver le gibier, sentiers de piégages, huttes « pour affûter les oiseaux de proie, etc.
<( Les tirés de Rambouillet sont installés au milieu « d'un parc de 920 hectares complètement entouré de « murs et interdit au public. Leur contenance est de 120 « hectares en deux séries débandes de i5o k 200 mètres « de largeur, affectant la forme de deux fers k cheval a concentriques. Pour satisfaire aux exigences des huit « k dix grandes chasses qu'on y donne par saison ; ils « doivent renfermer une moyenne de dix mille têtes de ce gibier : dont 100 chevreuils, 5, 000 lapins et lièvres, « 4,5oo faisans et 3oo perdreaux.
« Il faut, pour emmagasiner une pareille masse de « gibier dans un espace restreint : 1° avant tout, pié- « ger et ne jamais cesser de piéger ; 2° en ce qui conte cerne le gibier k poil, laisser pulluler le lapin partout, « ou seulement dans des garennes fermées ; entrete- « nir les chevreuils en quantité voulue pour remplacer « les manquants ; ménager dans les plaines et cantons « forestiers voisins les lièvres que Ton voudra trouver « dans les tirés ouverts ; 3** le contingent en gibier k ce plumes est surtout demandé aux procédés artificiels ; « ce n'est donc qu'une question de faisanderie, en ayant « soin de ne lâcher les élèves qu'aux époques convena-
« bles et de les agraîner tous les jours dans le layon « central.
« Dans ces conditions, la préparation d'une chasse est « toujours chose sérieuse et délicate et il faut s*y prendre ce plusieurs jours à Tavance. Les chevreuils sont pance neautés en nombre voulu et lâchés au tiré la veille ou, « mieux encore, le matin même de la chasse. En même « temps, on a fureté et bouché ensuite tous les terriers, « afin de mettre les lapins sur pied ; s'il y a lieu, on « profite de cette manœuvre pour panneauter dans les « garennes les lapins qui seront lâchés dans les tirés. « Enfin, le matin même, on procède dans les remises et « couverts, sur les confins des tirés, k des battues vo- « lantes conduites de façon k y pousser lièvres, faisans « et perdrix. La concentration du gibier étant ainsi opé- « rée sur le terrain de chasse, on en banderole le pource tour pour s'opposer k toute sortie.
« Tout est prêt. A midi, la chasse commence pour « finir k 4 heures. Neuf fusils y prennent part, le Préce sident de la République dans le layon central et chac< cun des huit invités dans le layon portant le numéro « qui lui est affecté par ordre de protocole et qu'il ne « quittera plus de la journée.
« Cinquante rabatteurs en blouse blanche sont réparée tis k quelques mètres en arrière des tireurs, te long ce de la ligne d'attaque k laquelle on donne une forme « légèrement concave dans le sens de la marche. Chaee que tireur a derrière soi deux ou plusieurs gardes en ce grande tenue ; les uns chargent et présentent les fuce sils, un autre pointe le gibier tombé.
ee Avec l'agrément du chef de l'Etat et sur son ordre ce l'agent forestier, directeur du service, fait donner le
« signal en avant par une sonnerie de clairon. On doit a avancer lentement et, dès les premiers pas, la fasil- «c lade commence. A nn moment donné et suivant un «c plan combiné k l'avance, le clairon sonne et tout le « monde s'arrête : une battue va succéder à la chasse « devant soi.
ce Les rabatteurs restent en place, et chaque tireur, ce flanqué de ses gardes chargeurs, suit l'agent direcc[ teur qui les conduit à plusieurs centaines de mètres a en avant et les poste, dans le même ordre, sur une ce des tranchées transversales et face au point de départ, ce Ces dispositions prises, les rabatteurs se mettent en ce marche et poussent le gibier sur la ligne des tireurs, ce La battue terminée, les chasseurs font demi-tour et ce on recommence la marche devant soi dans l'ordre price mitif.
ce Et ainsi de suite, par marches et par battues succe cessives, on foule tout le terrain. En général, pour ce terminer la chasse d'une façon brillante, la dernière ce bdttue se fait en sens inverse, c'est-k-dire que ce sont a les rabatteurs qui vont au pas de course se déployer ce au fond du tiré et, de Ik, reviennent vers les tireurs a qui n'auront pas bougé. Cette dernière enceinte ren- « ferme la masse du gibier qui a échappé au fusil et « représente le bouquet final.
« Des voitures suivent k distance en arrière et ramas- « sent le gibier mort qui est réuni sur le layon du micc lieu par les rabatteurs et leurs aides. A la fin de la « chasse, sur une pelouse centrale, on dispose le tableau ce qui renferme une moyenne de plus de 5oo pièces de ce gibier ; puis on procède k la confection des bourrice ches qui sont distribuées aux invités, aux fonctionnai-
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LES MODES DE CHASSE. Io5
a res, aux hôpitaux, aux écoles et aux troupes de la <c garnison.
ce Le lendemain d'une grande chasse, il est de règle « de défaire le tiré, en parcourant le terrain dans tous « les sens pour ramasser les éclopés et ceux qui sont « morts de leurs blessures. Il n'est pas rare de re- « trouver 4o ou 5o pièces qui seraient devenues une « proie facile pour les animaux nuisibles.
a Après la dernière grande chasse, on panneaute ce « qui reste de gibier k poil dans les tirés pour éviter <r les dégâts que ces animaux trop nombreux ne man- Qc queraient pas de faire au peuplement. »
C'est sur ce modèle, amplifié ou réduit suivant les circonstances, que sont installés les tirés dans nombre de chasses particulières, dont certaines dépassent en luxe tout ce qu'on peut imaginer.
Malgré tout, ne faut-il pas regretter que ces somptueuses tueries-réclames, qu'elles soient diplomatiques, politiques, financières ou commerciales, aient ouvert l'ère de toutes les décadences dans l'art de la chasse ?
A propos de ces hécatombes, un dernier mot sur les soins k donner au gibier tué ; car, disent les auteurs du Nouveau traité : « La chasse ne nous offre pas seulece ment le plaisir très grand de tuer le gibier et l'avan- « tage même aussi grand de le manger ; pour l'homme « bien élevé, il y a plus que cela, il y a encore la satis- « faction très vive d'offrir de belles bourriches k ses ce amis. Or, le but n'est pas atteint du moment que le a gibier qu'on envoie est gâté et sent mauvais'. »
i^ Tome i«r, page 439.
Pour éviter semblable désagrément, on ne négligera jamais, immédiatement après qu'une pièce de gibier aura été tuée, de vider et de castrer les bétes fauves ou noires ; de faire uriner les lièvres et les lapiiis, et, en leur pressant le ventre, de faire sortir le repaire qu'ils ont encore dans le gros intestin ; de jarreter pTOprement le gibier à poil pour en faciliter le transport ; — k l'époque de l'ouverture, quand il fait chaud, d'enlever avec un petit crochet le gros boyau aux perdreaux et aux cailles qui, sans cette précaution, entrent en décomposition avant la fin de la journée, ce qui fait qu'il est impossible de les conserver vingt-quatre heures.
3° La chasse à tir au marais. — Par chasses au marais, on entend toutes les chasses au gibier d'eau qui se pratiquent dans les étangs, dans les marais, les eaux vives, les noues et mortes qui en dépendent, sur la mer et ses rivages.
Bien que rien dans la loi ne les autorise à le faire, les préfets ont l'habitude de délimiter dans leurs arrêtés la largeur de la zone parallèle au rivage qui jouira du privilège dit de marais. Cette zone n'a rien de fixe, elle varie dans les limites de i o mètres (Morbihan) k 3oo mètres (Lot-et-Garonne) en restant k peu près fixée k 100 mètres pour le rivage de la mer. C'est une vraie zone de gâchis.
Cette chasse est privilégiée entre toutes, puisque l'ouverture en devance et la clôture en dépasse celles des autres. En fait, elle n'a que trois mois de chômage : avril, mai et juin.
Les marécages ou marais proprement dits sont les endroits où l'eau séjourne en toute saison. Le plus sou-
vent, ils sont peuplés de roseaux, de joncs, de laîches au milieu desquels il n'est pas toujours prudent de s'aventurer; car on risque, non seulement de se mouiller plus haut qu'il ne faudrait, mais encore de s'enliser. A ce point de vue, certains marais sont plus particulièrement dangereux et on n'y doit pas aller sans guide.
Gomme intermédiaire entre la plaine et le marais, se placent les prairies humides, mouillées seulement en temps de crue et entourées de fossés d'écoulement. De tels terrains ne sont pas toujours compris dans la zone privilégiée du marais.
Sur les bords de toutes ces eaux et dans les roseaux se trouvent et nichent des oiseaux en grand nombre. Dans leur ensemble, on est convenu de les appeler sauvagine, A ce compte, la sauvagine comprend plus de i5o espèces, dont une vingtaine seulement sont comestibles.
Les procédés de chasse k tir au marais les plus en usage sont : les chasses au chien d'arrêt, devant soi et à l'affût.
Les chiens préférés sont les races k poil dur, griffons ou barbets, bons nageurs, dont les doigts sont souvent palmés. Ils doivent être actifs, fouilleurs, bien collés k la piste pour faire lever les râles qui rusent et piétent jusqu'entre leurs pattes. Leur qualité première est de ne pas craindre l'eau froide, fût-elle couverte d'une mince couche de glace, et d'aller chercher le gibier, où qu'il tombe, pour le rapporter. Tantôt le chasseur suit les rives et bat les roseaux k pied, tantôt il manœuvre en bateau.
Rien d'ailleurs de bien particulier k cette chasse, si ce n*est les dangers qu'elle présente en temps de clôture pour le gibier de plaine qui s'égare aux confins des marais et que les novices ou les délinquants ne reconnaissent jamais que trop tard. A les entendre, le coup est toujours parti tout seul ; k moins qu'ils soient des croyants aux lièvres et aux perdrix. . . d'eau.
Se méfier aussi des ricochets du plomb sur l'eau.
A l'époque des passages, le gibier est assez abondant pour qu'on puisse chasser devant soi bécassines, râles, poules d'eau, sarcelles, canards, pluviers. Aucune chasse n'est plus variée et ne donne plus souvent l'occasion de faire parler la poudre. N'était l'ennui de pei^ dre le gibier qui tombe k l'eau ou de prendre un bain pour l'y chercher, on pourrait très bien se passer de chien.
Mais, de toutes les chasses au marais, la plus fructueuse au point de vue commercial est la chasse aux canards. Les ressources qu'elle présente pour l'alimentation publique sont suffisantes pour justifier les immunités dont elle jouit partout. Il n'y a pas d'ailleurs grand mal k cela, tant cette famille a de nombreux représentants et tant est grande son aire de diffusion qui rendrait illusoire toute la protection qu'on pourrait lui donner chez nous. Il n'est guère de pays en France où on ne rencontre pas de canards ; mais c'est surtout dans les marais de la Picardie, dans les mares du Gotentin, en Bourgogne, en Lorraine, dans les pays d'étangs et sur les rivages de l'Atlantique qu'on en tue le plus. On les chasse d'ailleurs de mille façons.
LES MODES DE CHASSE. lOQ
En juillet, sur les étangs où les cols^verts ont Thabitude de nicher, on chasse aux halbrans (c'est le nom qu'on donne aux jeunes) avec ou sans chiens, en battant les roseaux à pied depuis les bords ou dans un bateau qui suit les tranchées faucardées k cet effet.
Les halbrans sont peu méfiants ; ils volent mal et se laissent tuer jusqu'au dernier. Quand aux parents, qui sortent k peine de la mue, souvent ils ne se lèvent pas ; en tous cas, ils ne font pas de longs vols. A cette époque, on peut aussi rencontrer : poule d'eau, morelle, sarcelle d'été, etc.
A partir de novembre, le marais est bien habité, on y chasse les canards au chien d'arrêt, devant soi, k pied et surtout en bateau. Mais l'époque la plus favorable se présente quand les fortes gelées ont durci les eaux calmes, alors que la sauvagine mouve ; c'est dans les courants, sur les grèves, au pied des berges, en remontant les fleuves, rivières et ruisseaux, dans les sources en plein champ qu'il faut circuler pour surpendre les isolés ou les bandes.
Le moment est aussi venu de leur faire la chasse k tous les affûts. Dans les pays où les passages sont peu nombreux et irréguliers, lorsqu'un chasseur a connaissance de la tenue d'une bande, il ira se poster, avant le jour ou k la tombée de la nuit, dans un buisson k proximité de la mare, de la source ou de la grève où il pense qu'elle viendra chuter. Le plus souvent, il n'y voit goutte et ne perçoit l'approche du voilier que par le sifllement des ailes. Alors il lâchera ses deux coups au juger. C'est le lendemain' matin seulement qu'il ira en vérifier les résultats.
IIO LA CHASSE.
Dans les régions des grands passages, les professionnels qui vivent des produits de cette chasse en font métier et possèdent tout un outillage spécial. Ce sont, outre, les bateaux et les radeaux, des huttes, des gabions permanents, les uns creusés sur les bords des étangs, les autres montés en pleine eau sur des radeaux ou des îles artificielles, tous tapissés et couverts de feuillages provenant de plantes récoltées sur place. D'ailleurs, dès rinstant qu'ils ont la plus faible élévation, il est capital d'en avoir terminé la construction avant l'arrivée des passages ; car les canards se méfient de tous les changements survenus dans les allures du paysage qu'ils connaissent et ils n'approchent plus.
Ces établissements qui doivent durer toute une saison et abriter tant bien que mal un ou deux tireurs contre les intempéries d'une longue nuit d'hiver, n'ont d'autre ouverture que la trappe et les meurtrières par où pasf^era l'extrémité du fusil. Celui-ci est souvent remplacé par une canardière de fort calibre qui lâche toute une bordée de mitraille.
Le plus souvent, pour attirer les bandes, on se sert d'appelants.: bourres ou canes dressés k cet usage et qu'on attache dans l'eau à des piquets parfaitement alignés et entre lesquels il faudra toujours tirer si on ne veut pas les atteindre. Semblable danger n'existe plus quand les appelants sont des oiseaux empaillés ou des formes en bois plus ou moins grossièrement taillées.
Toutes ces chasses se font la nuit, on va même jusqu'à affûter au flambeau, étant posté sur un bateau dont la pointe est munie d'un falot réflecteur.
Sur les rivages de la Manche, huttes et gabions sont
parfois remplacés par le hutteau, trou creusé dans la plage, au jour le jour, vers les laisses de la haute mer et recouvert d'une tente-abri couleur du sable. Le tireur se glisse sous la toile et attend couché Theure de la haute mer, qui sera celle de la venue des canards attirés par les appelants.
Souvent, les chasseurs sont accompagnés d'un chien barbet qui va chercher le gibier tué. Ces chasses k la hutte, au gabion sont, en général, fructueuses ; on peut même ajouter qu'il est rare d'en revenir bredouille ; car, k défaut de canard, on en rapporte toujours au moins un rhumatisme.
De jour, quand on chasse à la surprise, on a recours k toutes les ruses pour tromper la vigilance des sentinelles qui gardent toutes les bandes quelque peu nombreuses. Tantôt on se couvre d'une sorte de bâche dont la couleur rappelle celui du poil de la vache et l'on se mêle au troupeau ; en temps de neige, on s'affuble d'une chemise blanche, la tête coiffée d'un bonnet de coton ; ou bien on se dissimule derrière un cheval qu'on pousse doucement, tout en le laissant paître, jusqu'k bonne portée ; d'autres enfin se cachent dans le ventre du cheval ou de la vache artificielle. Tous les canards : colsverts, souchets, siffleurs, pilets, tadornes, etc., sont victimes de ces. ruses.
L'occasion ne se présente pour ainsi dire jamais d'y tirer une oie sauvage ; par contre, on tue assez souvent la bernache, plus connue en Picardie sous le nom de cravant et dont la chair est estimée k l'égal de celle des canards.
$ ^. ^ La chasse aux pièges et aux filets.
Sommaire — Sou caractère. — Définitions : pièges, appâts, appeaux, appelants, perchants. — Difficultés du piégage. — lo Les pièges : le fusil, les grands pièges, rhameçon, le traquenard, les trébuchets, Tassommoir ; les collets simples, traînants, suspendus ; les collets à ressort, raquettes, rejets, hausse-pied. — 20 Les^ts : le panneau, la bourse, Taraignée; le hallier ou tramail, les nattes, la nasse, la pantière ou drap de mort, le rafle, la tirasse, le traîneau. — 3o Les drogues et poisons : le gluau, la pipée, la strychnine ; Tenfumage des terriers ; Tasphyxie des faisans. — État des animaux que Ton prend aux pièges et indication des modes employés pour la capture de chacun.
Avant le perfectionnement des armes k feu et la vulgarisation de leur emploi, le piège a joué un rôle des plus importants dans les annales de la chasse. Au grand profit du Trésor et de la moralité publique, les sévérités relatives de la loi de i844 ont rallié au fusil bon nombre de piégeurs attardés ; car, à cette époque. Tachât d'un fusil était affaire sérieuse et on a vu bien de vieilles platines à pierre décrochées du manteau de cheminée où elles pendaient inutiles pour être transformées à piston.
Par contre, le piège est et restera Tarme discrète du braconnier ; car le braconnier ne désarmera jamais, ni en face de la loi, ni en face de Topinion publique. Au surplus, entre les mains les plus pures et dans maintes circonstances, pièges et filets sont aussi restés d'un usage courant.
Quoi qu'il en soit, ce mode de chasse est le plus ingénieux, le plus économique et le plus fructueux pour qui sait le pratiquer. La ruse y remplace la force et l'adresse ; et, pour être moins noble, il n'exige pas moins de science que les autres. On s'imagine d'ailleurs facilement ce qu'il faut dépenser de patience et d*art pour masquer
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rintervention de Thomme aux animaux les plus méfiants et les attirer dans un piège.
On entend dire que la loi de i844 a formellement défendu l'usage de tous les pièges et filets à l'exception des bourses k lapin ; mais on oublie les pouvoirs donnés aux préfets pour en tolérer l'emploi dans les circonstances exceptionnelles. Or, les influences qui ont dicté les listes des animaux nuisibles ou de passage ne manqueront jamais de créer ces circonstances exceptionnelles en faveur de quelqu'un. C'est ainsi, par exemple, que le lacet de crin est permis dans les Ardennes; la pantière, l'éreigne, dans la Gironde, et tant d'autres. Si bien que, envers et contre les textes de loi, il n'est pas de pièges dont on ne puisse légalement se servir sur un point ou sur un autre de notre territoire. Nous devons donc citer les plus usités et en parler avec quelques détails.
On appelle piège toute chose : engin, machine, drogue ou poison, dont l'effet est d'empêcher le gibier de fuir en le retenant captif, vivant ou mort. Le plus souvent, pour en augmenter l'efficacité, le piège se complète par des accessoires tels que : appâts , appeaux, appelants ou chanterelles.
Les appâts sont les pâtures, proies ou morceaux friants qu'on attache à un certain point du piège pour en provoquer la détente au préjudice de l'animal qui les saisit.
Uappeau signifie tout ce qui sert k attirer les animaux vers un point déterminé. L'appeau peut être une simple machine : comme le miroir d'alouettes ; mais, le plus souvent, c'est un petit instrument construit de