LA CHA88B ST LA PÂCHB
I l4 LA. CHÂSSE.
façon à imiter le cri de Tanimal que Ton guette, d'une bête dont celui-ci fait sa proie, ou de tout autre contre lequel une haine originelle le passionne. Certains artistes imitent tous ces bruits k Taide des lèvres, de la langue et des doigts.
Il existe des appeaux pour tous les oiseaux. On en fait même pour les mammifères : c'est ainsi qu*on attire le cerf et le brocard en imitant l'appel de la biche, de la chevrette ou des faons ; le renard et le chat sauvage s'approchent quand ils entendent une poule ou un canard en pleine campagne ou les cris de détresse de tout animal pris au piège ; en mars et avril, les lapins accourent k la pipée du sifQet qui imite leurs cris.
En général, on nomme » appelants ou chanterelles, suivant les cas, les oiseaux dont on se sert pour attirer ceux de même espèce, mais de sexe différent. Au moment des passages, les appelants d'un sexe quelconque invitent traîtreusement leurs semblables k venir se poser près des pièges où ils sont attachés. A ces captifs, on donne le nom de perchants ou moquettes quand ils sont retenus sur un perchoir, où k l'aide d'une ficelle qu'il tient en main l'affûteur peut les faire se mouvoir k volonté.
Rien n'est plus délicat que de mettra en œuvre tout cet attirail. Il faut y apporter un esprit d'observation, une série de soins minutieux, un tour de main dont le premier venu n'est pas capable : on naît piégeur. Même les mieux doués sont obligés de recourir k des compositions spéciales, non plus pour attirer le gibier, mais pour dissimuler la présence et l'odeur de l'homme dont, par instinct, toute bête sauvage se méfie et s'é-
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loîgne. Les formules de ces préparations sont bien connues et imprimées dans tous les livres spéciaux. Chacun peut les fabriquer sans qu'il soit nécessaire d*y introduire ni magie, ni sortilège.
Pour donner une idée des difficultés k vaincre, il suffit de citer le passage suivant emprunté à un article de M. de Fiennes sur le piégage de la loutre et qui a paru dans le numéro de V Éleveur du 3o avril 1899 :
« La première des précautions à prendre pour piéger « la loutre, c'est, quand on a trouvé la place où Tanimal a a rhabitude de sortir de Teau, d'y mettre une pierre « blanche. Autour de ma pierre j'établis trois pièges : « un piège à l'endroit où la loutre monte, un piège où a elle descend et puis un troisième par derrière. Il im- « porte de bieîi surveiller l'établissement du piège : il a faut qu'il soit d'aplomb et que la planchette fonc- « tionne aisément. Il faut mettre une gouttelette d'huile a au ressort. Il est très important de dissimuler la préce sence de l'homme et pour cela on doit commencer a par mettre une planche sous ses pieds, placer un a bandeau sur la bouche du manœuvre qui opère, le- « quel devra avoir les mains imprégnées de poireau, « car le poireau a une odeur plus forte que celle de « l'homme ; en outre, il faut que le piège n'ait pas de « rouille, la rouille étant une substance que l'animal sent a d'une manière extraordinaire. Avant de partir, on place cera le piège dans l'eau bouillante avec du genêt, qui a « la propriété de bien nettoyer le piège, puis on essuiera « celui-ci avec un linge propre. Quand le piège sera « bien tendu, on le couvrira de terre seule et semblable « k celle du terrain environnant, puis, avec un arrosoir, a on arrosera le terrain pour faire disparaître toute trace
« de rhomme ; enfin, la chaîne du piège doit être aussi « cachée, couverte de terre, et le pieu qui retient cette « chaîne sera solidement enfoncé, car la loutre a une « force considérable et elle peut partir avec le piège.
« M. de Fiennes a pris en une saison i8 loutres par ce son procédé. Nul doute qu'en suivant k la lettre ces « prescriptions, on n'arrive aussi à d'excellents résul- « tats. y>
La liste des engins de piégage est longue et le classement en est délicat, puisque le même modèle peut servir pour le gibier k poil ou k plumes. Nous n'indiquerons que les principaux dans l'ordre suivant : les pièges proprement dits, les filets, les drogues et poisons.
lo Les pièges.
Chaque fois qu'on se sert d'artifices, d'appeaux ou d'appelants pour attirer et tromper le gibier, on tombe dans les procédés qui tiennent du piégage ; k ce compte, le fusil peut n'être qu'un piège dont l'affûteur tient la détente entre ses mains. C'est pour cela que nous plaçons sous cette rubrique la chasse au miroir pour les alouettes, que tout le monde connaît, et la chasse aux oiseaux de proie et aux corneilles avec le grand-duc ou la chouette comme appelants.
Pour cette dernière, on installe l'oiseau perchant k une faible hauteur sur un plateau mobile de façon k le forcer k déployer ses ailes pour rétablir l'équilibre. Le chasseur posté dans une hutte, k bonne distance, tire les rapaces qui plongent sur le captif. Mais il faut viser
juste, sans quoi le pauvre duc en sera pour une poignée de plumes ou une plus grave estafilade.
A Taide d*appeaux, on fait aussi venir, pour les tirer au fusil, les cerfs, les brocards, les renards : tous les gibiers en somme peuvent être victimes de ces méchantes manœuvres.
Les pièges k grand appareil, tels que ; enceintes, chambres, fosses, trappes, autrefois très employés pour prendre les ours, loups, renards et sangliers ne sont plus usités en France.
Les pièges compris sous la rubrique générale de fers sont très nombreux ; tous peuvent être rapportés aux deux types : hameçon et traquenard.
Uhameçon se compose de quatre pièces d'acier terminées par des dards. Ces pièces, réunies au gros bout par un collier, sont disposées autour d'une petite tige de fer dans laquelle l'ensemble glisse sans frottement. Un ressort retient les dards accolés à la tige, ou leur permet de s'en écarter sous l'effort d'une faible traction. L'appareil est assez petit pour être entièrement caché par l'appât ; on le suspend à une hauteur telle que, pour saisir la proie, l'animal soit obligé de se dresser sur ses pattes de derrière ou de sauter.
La figure 17, qui représente l'hameçon fermé et ouvert, en explique le fonctionnement.
Les canards sur les étangs, les corbeaux, les pigeons, les tourterelles en plein champ, peuvent être pris k l'hameçon k l'aide de lignes fixes, montées comme s'il s'agissait de prendre des poissons.
Il y a des traquenards de différentes formes et de
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plusieurs numéros, suivant la force des animaux que l'on veut prendre : depuis les ours, loups et renards jusqu'aux belettes, taupes et souris. Les uns sont à engrenage, les autres à planchette' .
Le traquenard disposé pour prendre les oiseaux de proie se tend en jardinet, c'est-à-dire sur le sol, ou monté sur poteaux.
L'inconvénient de ces pièges est que, lorsqu'ils soat tendus pour prendre les oiseaux nuisibles, ils prennent aussi les oiseaux utiles; quand, par exemple, on tend ii l'épervier, souvent on ne prend que des chouettes.
11 en existe des réductions en laiton pour petits oiseaux.
A vrai dire, le trébuckel n'est
pas un piège, ce n'est qu'un sys-
Fio. n- — L'hameçon, tfeme de déclanchement qui peut
Unchatsanvageprisà l'ha- être adapté il tout appareil for-
mecon d'après V. Don- . i ,, ■ c^^ .
BKo-xaa(dasJagd-Rsvier}. mant piège : Doîte, caisse, tilet.
Le plus simple est le 4 de chiffre, que tout le monde peut fabriquer avec une latte ou baguette et un couteau. Ce 4 de chiffre a été perfectionné et remplacé par des
pièges ou fers sur le calalogae
LES MODES DE CIIASSE. I ig
systèmes de tous les modèles qui trébuchent quand l'animal touche h l'appât fixé k la clavette.
Ceux qui servent à prendre le gibier à plumes pour le conserver vivant sont en forme de cages ou de mues et bien capitonnés k l'intérieur d'herbes sèches ou de genêt.
L'assommoir est un panneau en bois chargé d'une pierre dont le poids est proportionné aux dimensions de l'appareil, le tout posé en équilibre instable sur un trébuchet. Le piège peut être construit de façon k écraser l'animal entre le panneau et le fond sur lequel il s'abat, ou à le garder vivant dans un creux ménagé h cet effet dans le plancher ou dans te sol.
Il y a des assommoirs de différents modèles ; le plus simple est soutenu par un trébuchet en 4 de chiffre
FiG. 18. — L'assammair tendu sur un 4 de chiDce.
(Jtff- 18). La matole, autorisée dans le Bordelais pour la capture des ortolans, est de ce genre. D'autres sont formés d'un maillet actionné par la torsion d'une corde faisant ressort entre deux piquets. Un déclanchement le fait s'abattre sur la victime ou... à côté.
L'assommoir se tend de préférence dans les sentiers ouverts ou nettoyés dans ce but et que les animaux sauvages suivent volontiers.
Les collets, lacs ou lacets sont de simples liens disposés en nœud coulant dont Tune des extrémités est fixée à un point d'arrêt. Le nœud se serre de lui-même quand l'animal, après avoir engagé sa tête ou un membre dans la boucle, tire en sens contraire de l'arrêt.
La force à donner en collet varie, depuis le simple crin jusqu'au laiton, avec la grosseur et la résistance de l'animal qu'il prendra ; mais tout cordonnet, qu'il soit de chanvre, de coton ou de soie, de racine ou de
crin, devra être câblé de façon k ne pas se tordre sous l'influence de l'humidité.
Les collets peuvent être simples ou à ressort.
Parmi les premiers ceux qu'on pose iso-
flément k terre pour prendre le petit gibier k poil ou les oiseaux marcheurs sont fixés k un piquet, ou, mieux, k une branche basse, pour éviter tout indice du passage de l'homme (Jig- ig)»
Les collets tramants sont de véritables batteries des-
FiG. 19.
Le collet posé
à terre.
jâ
OQOOQ OQ. y,
FiG. 20. — Batterie de collets traînants (d'après Baudrillard).
FiG. 21.
Le collet suspendu.
tinées à prendre ces mêmes oiseaux k Tépoque des passages; pour les alouettes, par exemple, ils sont disposés comme Tindique la figure 20,
On tend aux oiseaux percheurs à Taide de collets suspendus dans un cerceau qu'on fixe au corps d'un arbre ou sur des branches
Le cédasse, dont l'emploi est autorisé dans les Landes pour la chasse k la grive et aux ortolans, est une batterie de collets tendus de cette façon dans les haies.
Souvent le gibier k plumes est attiré vers le collet avec les appâts convenables.
Les lacets à ressort sont de même substance et de même forme, seulement le nœud coulant en est maintenu ouvert par une cheville qui trébuche sous le poids de l'animal. En même temps le ressort se détend et ferme le nœud sur la partie de la bête qui y est engagée.
Le ressort de la raquette (Jig.
22) est une gaule de cornouiller ou autre bois élastique, pliée en demi-cercle.
Les rejets ont pour ressort une tige sur pied élaguée et courbée en arceau. On peut, en augmentant la grosseur de la tige jusqu'k atteindre la dimension d'un baliveau, enlever dans un rejet : renards, chevreuils, cerfs et même sangliers (Jîg- 2S).
Le hausse-pied, pour prendre les loups, est tendu dans cette dernière forme.
FiG. 32. — La raquette ou sauterelle.
La chasse aux petits oiseaux de passage à l'aide de
raquettes et de rejets est des plus destructives ; elle est aussi d'une cruauté révoltante.
En général, les filets sont surtout employés pour prendre les oiseaux ; cependant, certaines formes sont disposées pour la capture du gibier k poil ; tels sont :' le panneaa et la bourse.
Le panneau est un immense filet dont la longueur peut dépasser loo mètres; sa hauteur et la grandeur de la maille varient avec ia taille du gibier. En général, ces dimensions se rapprochent des suivantes :
Ces filets, soutenus à leur partie supérieure par un fort cordeau emmaillé, sont tendus verticalement et suivant un alignement droit, les extrémités étant solidement attachées à des arbres et les intervalles simplement soutenus par des fourches très légèrement enfoncées dans le sol.
Ainsi disposés, ils ferment un des côtés de Tenceinte où le gibier est rembuché. Une manœuvre habile et silencieuse de rabatteurs aidés de toiles et de cordes k chiffon rétrécit Tenceinte progressivement. Quand Tespace entouré est ainsi réduit k quelques hectares, soudain, on effraye le gibier en le poussant dans le panneau. Le choc renverse les fourches et Tanimal est pris dans le filet sans pouvoir s'en dépêtrer. Les rabatteurs se précipitent pour le saisir et le garrotter.
C'est le meilleur procédé k employer quand on veut prendre le grand gibier vivant, soit en vue de repeuplements, soit pour en faire rornemeiït des chasses de grand luxe.
La bourse, poche ou pochette est le petit filet bien connu, disposé en la forme d'un sac, qui se ferme par le simple jeu des cordons quand l'animal donne dans l'intérieur. Il est surtout avantageux pour être tendu k l'entrée des terriers, non seulement ceux de lapin, mais encore de renard, de blaireau ou de marmotte. Quelquefois, des filets de ce genre sont posés dans l'eau, en amont et en aval des tenues d'une loutre. On peut aussi les utiliser pour prendre les perdrix, les faisans et' autres oiseaux marcheurs.
Pour le gibier à plumes et par ordre alphabétique, les filets les plus employés sont :
Varaignée, areigne, ereigne, dont la maille carrée h fil très fin, le plus souvent en soie, a o"*,o3 de côté ; ses dimensions sont de 2",5o en hauteur et 3",5o en largeur. Le filet se tend verticalement k distance convenable du sol, soit k l'extrémité d'une haie simple, soit dans l'espace qui sépare deux haies parallèles, ou k l'extrémité d'un chemin creux, etc. Il est suspendu k la façon d'une toile d'araignée sur deux piquets d'où il tombe facilement sous la pression de l'oiseau qui se précipite k travers les mailles sans les voir.
Le hallier ou tramail est un filet triple dont les pans sont parallèles ; les deux de l'extérieur, k fil plus fort et k très grandes mailles s'appellent les aumées, celui du milieu en fil léger et k petites mailles est lâche et flottant. Le hallier a 25 k 3o mètres de longueur et o",35 de hauteur. On le pose verticalement, le bas du filet étant k quelques centimètres de terre, et les extrémités solidement fixées k de petits pieux ; l'ensemble est soutenu par des piquets plus petits, espacés de deux en deux mètres. Qu'il vienne de droite ou de gauche, l'oiseau qui se précipite dans le filet entraine une poche de la nappe et s'embourse avec elle dans la maille de l'une des aumées.
Les nappes sont deux grands filets simples tendus k plat sur terre entre deux lattes mobiles autour d'un axe. Une disposition particulière permet k l'oiseleur, k l'aide d'un jeu de cordes, de faire pivoter chaque pan et de le rabattre dans l'intervalle qui les sépare (Jig> 24)- On prend soin, d'ailleurs, d'y attirer les oiseaux de passage par des appâts, des appelants ou perchants.
La nasse est un engin fixe et de forme analogue k celui de même nom employé pour la pèche, mais de
FiG. 24. — Les nappes (d'après Baudrillard).
dimensions beaucoup plus grandes. Elle est surtout utilisée dans les marais pour la chasse k la sauvagine.
La nasse se tend en impasse a Textrémité d'une sorte d'entonnoir dessiné, d'abord en ailes, puis en berceau couvert. Des appelants engagent les bandes de canards k se poser k l'entrée de l'entonnoir où des traîtres dressés k cet emploi les entraînent sous le berceau. Dès qu'ils y sont engagés, le canardier qui surveille, sort de sa hutte, les effraye et les pousse dans la nasse. C'est par centaines qu'on prend dans ces tendues des canards de toute sorte ; mais l'installation en est trop coûteuse pour être tentée ailleurs que sur les grandes routes de passage : en Hollande, par exemple, où cet engin prend le nom de tonnelle.
La pantière ou pantène est formée d'une nappe simple de 3o mètres de longueur sur 5 k 6 mètres de hauteur ; la maille carrée a o°*,025 de côté. Ce filet se tend verticalement avec une légère inclinaison vers le point d'où viendra l'oiseau. Il est soutenu au sommet k l'aide de cordes qui glissent dans des anneaux fixés k des perches ou k des branches d'arbre. Le bas est attaché k des pi-
quels k un mètre au-dessus du sol. Le chasseur k Tafrût tient en main les cordes qui mettent le iîlet en station ; quand un oiseau donne, il tire sur la corde et l'ensemble se rabat. Ce filet, destructeur entre tous, est surnommé le drap de mort.
Le rafle est une pantière contre-maillée k la façon du tramail ; Toiseau s'y embourse et le filet reste tendu tant que dure la passée.
Ces deux filets ne s'emploient que la nuit, tout au moins au crépuscule.
La tirasse ou nappe à caille est un grand filet qu'on tend hqrizontalement dans les semailles ou les prairies; il est simplement posé k même sur les herbes ou les épis. L'affûteur, posté k l'un des angles et k bon vent, attire les oiseaux avec un appeau. Dès que, par les réponses k ses appels, il sait que le gibier est sous le filet, il le fait s'envoler et se précipite pour le saisir avant qu'il puisse se dégager. Parfois on utilise la tirasse avec un chien de plaine habitué k la manœuvre qui consiste, dès que le chien est en arrêt, k le couvrir du filet ; on prend en même temps le gibier qui est sous son nez.
Le traîneau a i5 k 20 mètres de longueur, 3 ou 4 de largeur ; sa maille carrée k o°*,o4 de côté. Ce filet est entouré de toutes parts par un solide cordeau emmaillé. Deux porteurs le manient la nuit seulement. L'avant, fixé k deux perches qu'ils tiennent en main, est soutenu k environ 2 mètres au-dessus du sol ; l'arrière garni de pelotes de paille ou de papier traîne k terre avec un léger bruissement. Ils marchent ainsi, lentement, toujours k la même distance, manœuvrant au sifflet avec la plus grande précision. Dès qu'un bruit se fait entendre sous le filet, ils laissent tomber l'avant et le gibier est
pris. C'est à l'aide de cet engin que les braconniers de haut vol, le plus souvent étrangers à la localité où ils opèrent, ruinent dans une nuit les plus belles espérances des chasses les mieux gardées.
3° Les