DROGUES ET POISONS
Le gluau est une fine baguette de bois écorcé et bien sec, découpée à o",4o de longueur dans les pousses d'un an de saule blanc ou d'orme ; il est enduit de glu jusqu'à o^jOÔ du gros bout, afin qu'on puisse le manier proprement. Le gluau est fixé en introduisant son gros bout taillé en bizeau dans la fente ouverte sur récorce d'un arbre ; il est aussi placé à l'aide d'une bague en bois de sureau dans le prolongement d'une branchette élaguée et de même calibre ; on peut enfin le piquer en terre. Quand le gluau est bien tendu, dès qu'il est touché par un oiseau, il s'attache à ses plumes et tombe avec lui en le privant de la liberté de ses mouvements. L'oiseleur qui surveille a toute facilité pour le prendre. Pour attirer les oiseaux vers les pièges, on se sert d'appeaux ou d'appelants, suivant les espèces.
En général, les petits oiseaux des forêts viennent à la frouée qui imite le cri de la chouette ou celui d'un de leurs semblables pris au piège. Les tendeurs à la pipée ont souvent recours aux pratiques les plus barbares pour faire produire ces cris au naturel. Pour installer leur tendue, ils construisent une hutte en feuillages qui leur servira d'abri ; puis de ce point pris comme centre, ils ouvrent dans les buissons du taillis des tranchées étroites qu'ils garnissent de gluau ; dès qu'ils entendent V appeau à fouer, les oiseaux arrivent en grand nombre sur les
perchoirs trompeurs qui les invitent. Il n'y a plus qu'à les ramasser. Ces tendues sont des plus destructives ; c'est par milliers de douzaines qu'il faut compter les becs-fins et les mésanges victimes, en un seul jour, de ces stupides carnages.
Les oiseaux percheurs des campagnes qui ne viennent pas à la frouée sont attirés par des appelants sur (les arbrets artificiels garnis de gluaux qu'on installe dans le voisinage des fontaines, des ruisselets où ils viennent s'abreuver. Les marcheurs, comme les alouettes, se prennent aux gluaux tendus à terre. Tout le monde enfin connaît le perfide cornet de papier enduit de glu à l'intérieur pour encapuchonner les corbeaux qui vont y prendre un appât. En somme, pour qui connaît leurs mœurs, tous les oiseaux peuvent être pris aux gluaux.
Si on se reporte a la circulaire ministérielle du 9 juil • let 1818 relative à la destruction des loups, on constate que, à cette époque, l'empoisonnement était considéré comme le plus sûr moyen pour se débarrasser des animaux nuisibles. Cette circulaire recommande l'emploi de la noix vomique et elle donne textuellement le procédé décrit k l'article Loup, par l'abbé Rozier dans son Cours d'agriculture imprimé vers 1786. (Voir appendice.)
La situation n'a pas changé depuis et la formule de l'abbé Rozier est encore applicable à la lettre. 11 n'y a ([u'à remplacer la dose massive de noix vomique par une dose plus homœopathique de son poison isolé, la strychnine, dont la puissance stupéfiante est telle que cinq centigrammes suffisent pour faire mourir un homme et un centigramme pour tuer un fort chien.
Pour plus de certitude, la dose pratique pour loups et renards a été portée k vingt centigrammes.
Il y a certainement des précautions spéciales à prendre à ce sujet; mais c'est affaire de police. Contentons-nous de citer un souvenir personnel. Pendant Thiverde i864i865, dans le seul arrondissement de Moûtiers-en-Tarentaise, nous avons fait détruire plus de 3oo renards sous le couvert de l'administration des forêts ; les seuls appâts employés étaient des petites poires sauvages et des cormes de sorbier cormier, empoisonnées à la strychnine ^ Ce résultat a été obtenu, grâce aux précautions prises et k la discipline des préposés forestiers, sans qu'il y ait eu k déplorer un seul accident, ni sur les hommes, ni sur les animaux domestiques.
A la chasse sous terre k défaut de furets et de chiens terriers on peut avoir recours k des fumées asphyxiantes ou vénéneuses. Le meilleur infectant et le plus simple est la mèche soufrée des tonneliers. Avant d'introduire cette mèche allumée, il faut boucher avec soin toutes les gueules des terriers k l'exception de celle que Ton garde avec une bourse ou au fusil. Si toutes les entrées sont fermée3 : lapin, renard, blaireau ou marmotte meurent dans les trous où on peut les déterrer.
Certains maraudeurs se servent de ces mêmes mèches allumées au bout d'une perche pour asphyxier les faisans lorsqu'ils dorment, la nuit, branchés sur un gros arbre.
I. Ces appâts étaient préparés de la manière suivante.: usant d'une plume d'oie à la foçon d'un emporte-pièce, on perçait dans le fruit un trou d'un centimètre de profondeur au fond duquel on introduisait la dose de poison; puis onreDouchait à l'aide du tampon ramené dans l'intérieur de la plume.
LA CHAS8B BT LA pâCHH. 9
l3o LA CHASSE.
En résumé, on peut conclure que le génie des braconniers ne connaît ni entraves, ni limites et qu'il saura toujours trouver Tavant-dernier moyen de prendre la dernière pièce de gibier.
Suit la liste de ceux de nos animaux de chasse que Ton prend le plus habituellement au piège avec indication des engins les plus usités pour la capture de chacun d'eux:
Loup Fosse, trappe, hameçon, traquenard,hausse-
pied, poison.
Renard Hameçon, traquenard, lacet, poison, fouilles
et enfumage sous terre.
Blaireau Lacet, poche, fouille et enfumage sous
terre.
Loutre Traquenard sur terre et sous Teau, nasse,
poison.
Chat sauvage .... Hameçon, traquenard, trébuchet, assommoir, poison.
Marte, putois et autre
vermine Id. Id.
Lièvre Collet, panneau.
Lapin Bourse, collet, panneau, fouilles et enfumage.
Sanglier Trappe, rejet, panneau.
Cerf, daim, chevreuil. Rejet, panneau.
Faucons et autres ra-
paces nobles. . . . Nappe, araigne, trébuchet, gluau. Genre buse et autres
rapaces ignobles . . Traquenard à poteau, trébuchet, gluau.
Rapaces nocturnes . . Traquenard à poteau.
Corbeau, pie, geai . . Hameçon, collet, nappe, gluau, poison.
/. ^.. , " > ^ ' I Collet à terre, trébuchet et assommoir à gelinotte, lagopède, \ , , , .^
bartavelle ) ^ **^ ^*''"^^'
Perdrix grise et rouge, j Lacet à terre, pochette, hallier, trébuchet,
caille I tirasse, traîneau.
Bécasse Lacet à terre, rejet, pantière.
LES MODES DE CHASSE. l3l
Pigeon, palombe, bi- j Filet en tendue palommiëre, pantière,
set ( nasse, tonnelle.
Tous les canards. . . Hameçon, hallier, nasse, tonnelle, gluau. Éckassiers. ..... Collet, hallier, tirasse.
Grives, merles, iourte- Collet suspendu, raquette, araignc, rafle, relies ....... perchoir à gloau.
Alouettes Collet tramanf, nappe, pantière, gluau à
terre.
Petits oiseaux des bois. Raquette, collet, rejet, gluau en pipée. — des champs. Raquette, collet, trébuchet, gluau en
arbre ts.
D'ailleurs, le choix des pièges dépend des allures de chaque espèce, des saisons, des facilités avec lesquelles les animaux viennent à Tappeau et à l'appât, des manœuvres k faire pour pousser dans les engins ceux que rien n'y attire. C'est la science du piégage.
l32 LA CHASSE.