I. Paris, Firmin-Didot, 3* édition, sans date
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<c Sans plus de préambule et de mon autorité privée, « que me donnent plus de trente années d'expérience, « j'érigerai en principes immuables : i® que, pour avoir « du gibier, il ne faut pas d'animaux nuisibles ; 2** qu'en (c lâchant du gibier sur une terre dépeuplée et dont les « animaux nuisibles n'ont pas été détruits, ce sont ceux-ci « qu'on multiplie et non pas le gibier ; 3° enfin, que les ce animaux nuisibles font plus de tort que les bracon- « niers qui n'emploient que le fusil, quel que soit leur « nombre.
a Malheureusement, pour purger une chasse de tous « les ennemis du gibier, pour combattre victorieusece ment la reproduction des animaux qui s'en nourriscc sent, il faut des gardes sachant leur métier, le faisant « avec amour et capables de tendre adroitement un ce piège, n'importe lequel et pour n'importe quel anicc mal. Ces hommes-là sont devenus si rares que je n'en ce rencontre plus. Il n'existe peut-être plus k cette heure ce deux gardes en France sachant se servir du piège alcc lemand ; les moins ignorants ne tendent que des pièges ce k planchette, juste assez mal pour n'y prendre que des ce chiens ou des chevreuils. »
S 4- — L'aménagement du gibier.
Sommaire. — L'aménagement rationnel. — La population normale d'après Louis Hartig. — Le rendement annuel. — Le contrôle. — Les coutumes adoptées en France. — Le grand gibier; le petit gibier à poil et à plumes. — Les soins généraux concernant : la saison de chasse, la répartition des sexes, l'alimentation supplémentaire, les réserves. — Les règlements entre chasseurs.
Pourvu que le chasseur se renferme dans les limites des droits qu'elle lui confère, des charges qu'elle lui
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impose, la loi lui laisse toute faculté d'user et d'abuser du gibier cantonné sur ses réserves. Il a donc toute liberté, en dehors des considérations sportives ou autres questions de pure convenance, de traiter sa chasse k la façon d'une entreprise industrielle et commerciale par la formule du doit et avoir.
C'est ainsi que cela se pratique dans la plupart des pays de langue allemande, notamment dans les grandes forêts domaniales où elle est exploitée au compte de l'Etat, directement, par le personnel forestier k qui on enseigne les moyens de produire beaucoup et k bon marché. Certains grands propriétaires fonciers procèdent de même dans les régions encore mal* peuplées, où ils tirent parti de la sorte d'immenses espaces incultes.
Dans ces conditions, on aménage le gibier tout comme les peuplements des forêts et avec des procédés analogues.
Tout d'abord, k quel nombre sera réglée la population du grand gibier, de façon k réduire au minimum les frais de production, y compris la valeur des dégâts qu'il peut commettre? Autrement dit, k quel chiffre s'élèvera le capital générateur ?
A cette première question, le grand veneur George- Louis Hartig a répondu de la manière suivante :
« I. Dans un pays où les forêts sont attenantes les « unes aux autres et d'une assez grande étendue pour que « jamais le gibier ne puisse gagner les champs, on peut, « sans craindre de faire un tort très sensible au bois, « admettre comme terme moyen les quantités suivantes
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« de bêtes pour 1,000 arpents' (environ 4oo hectares), « en supposant qu'elle forme l'état du gibier au prince temps :
a A. Dans les forêts feuillues, peuplées de chêne et « de hêtre et suffisamment pourvues de pâturages et « d'ailleurs riches en herbes : huit cerfs, huit chevreuils, a six sangliers ;
« B. Dans les forêts résineuses : six cerfs, six che- « vreuils, trois sangliers.
« II. Si, au contraire, les forêts de contenance de plu- « sieurs mille arpents se trouvent limitées par les terres, « on ne peut, sans nuire- k l'économie rurale, admettre « par mille arpents un nombre de bêtes plus considé- « rable que celui ci-après :
« A. Dans les bois feuillus : quatre cerfs, huit che- « vreuils, deux sangliers ;
« B. Dans les bois résineux : trois cerfs, huit che- « vreuils, un sanglier.
« III. Mais, quand les parties de forêts situées au mite lieu des champs ne contiennent que quelques centaines « d'arpents et moins, on ne peut, sans s'exposer k causer « un grand dommage aux récoltes, entretenir par mille « arpents plus de :
« A. Dans les bois feuillus : deux cerfs et huit che- « vreuils;
« B. Dans les bois résineux : deux cerfs et six che- <c vreuils. Dans ce cas, on ne doit souffrir aucun san- « glier^. »
I. Il s'agit d*arpents du Rhin dont la contenance correspond à 4o ares 34 centiares, a. Dictionnaire de BaudriUardj article : chasse, 5 XIX.
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Le chiffre de la population étant réglé pour chaque espèce, le rendement annuel se calcule très simplement en fonction du croît et du déchet probables.
Il ne s'agira plus, dès lors, que de réaliser cette taxe évaluée en têtes de gibier, lesquelles, pour plus de profit, seront abattues en pleine venaison. Tel sera le revenu exploité dans les conditions du rapport soutenu.
D'ailleurs, des recensements annuels assurent le contrôle. Ces inventaires ne donnent lieu k aucune difficulté sérieuse dans un pays où les forêts tranquilles offrent au gibier un asile sûr, dont rien ne les éloigne. Les gardes qui en sont chargés ont des triages peu étendus ; ils savent k quoi s'en tenir sur la composition actuelle et le bon espoir de chaque famille. Ils tiennent bonne note des sujets de mauvaises mœurs, célibataires ou stériles. Si besoin en est, la première neige permet de rectifier leurs registres de l'état civil. Tout, jusqu'au Schussgelder (prime au tireur) les intéresse k la chasse qui est une des branches les plus importantes de leur service ; enfin, le droit de vie ou de mort que leur confère le cri de : Hait ! leur permet de prévenir l'offensive de la part du braconnier.
En France, où peu de propriétaires particuliers ont des domaines assez étendus pour y chasser k courre, la vénerie est confinée dans les forêts domaniales où l'amodiation du droit se fait aux enchères publiques, pour une durée maximum de neuf ans : temps trop court pour une exploitation k vues lointaines.
Dans la pratique, le nombre des têtes de cerf et de daim est réduit k une ou deux par loo hectares. A ce taux, les indemnités aux riverains ne sont guère réglées
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au delà de 25 francs par animal. Si, comme cela se fait dans certaines chasses luxueuses, ce nombre est poussé jusqu'à plus de trois, la dépense de ce chef peut s'élever à un chiffre énorme, sans préjudice des distributions gratuites de venaison aux habitants des villages voisins.
On ne semble pas se préoccuper d'un excès possible dans le nombre des chevreuils.
Quant au petit gibier, les goûts diffèrent autant que les procédés de chasse. Les uns, ceux qui «ont du sang de veneur, aiment mieux chasser le même lièvre huit jours de suite, qu'en tuer dix en battue ea une séance. Les autres ne voient dans la chasse qu'un exercice de tir en plein air, du gibier à foison, un tableau gigantesque et le reste. Chacun de ces modes comporte un aménagement différent ; aux premiers, la culture naturelle suffit largement dans sa forme extensive ; les seconds doivent recourir aux procédés intensifs les plus perfectionnés.
Il est donc impossible de foririuler aucune règle ; mais les faits sont là dont chacun peut tirer le parti que bon lui semble.
1° On sait ce qu'il faut penser des animaux nuisibles; la loi et les procédés spéciaux, donnent k qui veut en prendre la peine les moyens d'en diminuer le nombre. Contre eux exploitation équivaut k destraction.
2° Rien n'empêche d'adopter les chiffres cités plus haut d'après Hartig, pour rendre k peu près inoffensive la population en bêtes fauves, k cet égard le daim étant assimilé au cerf.
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Mais il faut exclure les sangliers aussi bien des grands massifs que des petites forêts ; car ils ne trouvent à se nourrir sous bois que pendant l'automne et Thiver. A partir du mois de mars, les graines sont germées, les insectes hivernants sont sortis de terre, les tubercules et les champignons sont en germe, si bien que, pour ne pas • mourir de faim, les sangliers doivent nécessairement aller k la viandée dans les campagnes. Depuis longtemps Texpérience en est faite. Nous pouvons citer comme exemple la forêt du Spessart, en Franconie, où un part de 5,906 hectares, clos de toutes parts, est affecté aux chasses des princes régnants de Bavière *. Il renfermait au printemps i885, alors que nous l'avons visité : 38 cerfs, 1 48 biches de tous âges, 45 faons, 1 5o sangliers solitaires, 210 marcassins et bêtes de compagnie, 21 brocards, 62 chevrettes. Cerfs et chevreuils se nourrissaient facilement dans l'enclos ; mais pendant tout l'été, il fallait porter k manger aux sangliers. Leur nourriture consistait en glands, pommes de terre, marrons d'Inde, orge, avoine, qu'on leur distribue par charretées dans différentes petites clairières. Au centre de chacune d'elles sont plantés des pieux alignés et assez rapprochés les uns des autres pour que les marcassins puissent seuls y pénétrer et prendre leur part, sans avoir k craindre la voracité des vieux sangliers. Ce n'est pas une des moindres distractions pour les touristes du Spessart que d'aller se poster, le soir, dans un buisson a proximité de l'une de ces salles de festin. En se tenant tranquille on peut assister k bien des scènes comiques.
I. Yoir Missions forestières à P étranger, ^^9^ L. Boppe et Reuss. Psiris, Berger-Levrault et C«e. i885.
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Mais il ne faut pas éternuer ; car, au moindre bruit, les convives déboulent dans toutes les directions.
Le nombre des pièces à abattre en i885, dans ce parc, était fixé k 12 cerfs dix cors, 3o vieilles biches bréhaignes, 5o solitaires et 80 bêtes rousses ; on ne devait pas tirer de chevreuils, dont le nombre était insuffisant.
En plaine comme au bois, la possibilité d*un terrain en petit gibier est limitée par la quantité de nourriture disponible et 1« besoin d'espace. Toute réserve étant faite au sujet du lapin qui, en toutes circonstances, doit être classé animal nuisible, le surnombre est rarement k redouter. Le lièvre lui-même, un des principaux accusés, vit sobrement, ne mangeant guère que des plantes sauvages. D'ailleurs pour lui, comme pour les autres, la nature veille et s'oppose k une multiplication exagérée ; quand d'aventure elle s'oublie, le fusil suffit k rétablir l'ordre.
3° En principe, on ne doit chasser un gibier que quand il a accompli les fonctions de reproduction qui lui sont dévolues. Si la règle et la pitié commandent de ménager les femelles lorsqu'elles sont pleines ou qu'elles couvent, ou quand elles viennent de donner naissance k des petits qui ne peuvent se passer de leur mère, on doit se souvenir que les mâles ont aussi leur devoir k remplir et qu'k l'époque du rut il ne faut pas les tourmenter.
Le chasseur avisé devra régler son tir de façon k maintenir l'équilibre naturel dans la répartition des sexes. On croit généralement bien faire en s'abstenant systématiquement de tirer les femelles. C'est le commencement de la sagesse ; mais c'est aussi le fait des ignorants de
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s'en tenir aveuglément k cette formule ; car le nombre convenable de têtes dans chaque sexe varie d'une espèce k l'autre suivant qu'elle est monogame ou polygame. Chez ces dernières, le nombre des mâles sera bien inférieur k celui des femelles ; chez les autres, il pourra l'égaler, sans jamais le dépasser.
Il en résulte qu'en opérant ainsi au hasard, on s'impose des sacrifices inutiles dont un bon aménagement ferait profiter. En effet, le contrôle aurait appris le nombre des mâles surabondants, celui des femelles stériles: tous trouble-ménages qui doivent disparaître sans pitié.
4° Le plus sûr moyen pour atténuer la fréquence et la gravité des pertes causées au gibier par la maladie et les intempéries est de lui conserver force et santé, en évitant la disette, en conjurant la famine. En hiver surtout, par les fortes gelées, en temps de neiges abondantes, de verglas, et sans attendre que la misère arrive, il faut nourrir le gibier en liberté. Sous des hangars construits k cet effet, dans des recoins tranquilles et éloignés des coupes, on lui fournit le complément nécessaire. D'ailleurs, en forêt, il est toujours utile de varier la nourriture spontanée par des semis de céréales ou de légumineuses distribués, de ci et de Ik, dans les clairières, et en ayant soin de conserver dans les peuplements quelques gros fruitiers qui donneront une récolte abondante dont tout gibier est friand. Le marchand de bois ne s'en plaindra pas.
5° Dans les domaines de quelque étendue, 11 sera bon de constituer des réserves dans lesquelles toute chasse à bruit sera formellement interdite d'une manière per-
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manente. Les cantons choisis à cet effet devront être les mieux situés en vue de la propagation naturelle de chaque espèce.
6° Enfin, sur ces données et d'autres encore, chaque société de chasse établira un règlement dont les clauses s/bront scrupuleusement appliquées et respectées sous les peines les plus sévères : amendes, exclusions, etc.