ARTICLE PREMIER LE GIBIER DE PÊCHE
Sommaire. — Définitions. — Liste des principales espèces. — Mœurs et allures des poissons sédentaires et migrateurs.
En histoire naturelle, les poissons sont définis : « ver- « tébrés aquatiques respirant par des branchies; tégu- « ment pourvu d*écailles ou de productions osseuses; « appareil locomoteur représenté par des nageoires ; « cœur simple ; circulation simple ; température va- « riable. »
Les batraciens : « vertébrés à peau nue, respiration « branchiale- dans le jeune âge, pulmonaire à Tâge « adulte ; circulation simple dans Tâge larvaire, double « et incomplète chez Tadulte; température variable. »
Les crustacés : a arthropodes aquatiques pourvus de « branchies ; tégument recouvert d'une couche chiti- « neuse imprégnée de calcaire '. »
Les tableaux suivants portent les espèces que Ton pêche le plus souvent dans les eaux fluviale§ en France. Les poissons y ont été distingués en sédentaires et en migrateurs ^. Les batraciens et crustacés y figurent en première ligne.
1. Ë. AuBERT. Histoire naturelle des être vivants. Paris, André fils, i8g6.
2. Parmi ces migrateurs, les savants distinguent sous le nom d^'anadromes ceux qui remontent de la mer pour frayer dans les eaux douces : saumon, alose, esturgeon, lamproie, etc., et sous le nom de catadromes ceux qui descendent des eaux douces ou saumâtres pour frayer en mer : mulet, anguille.
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Au point de vue de la pêche et de la pisciculture, les poissons peuvent être divisés en trois groupes, d'après leurs allures et leur régime d'alimentation :
I** Les carnassiers, chasseurs voraces, qui vivent entre deux eaux où, cachés dans des affûts, ils se précipitent sur les proies qu'ils saisissent au passage. Leur bouche est grande et leurs mâchoires sont armées de dents ; la disposition de l'inférieure, qui est proéminente, facilite les captures de bas en haut. Les types de ce groupe sont : le brochet, le saumon, la truite, la perche; puis l'anguille, qui ne chasse que la nuit. Parmi les petites espèces, la gremille et l'épinoche sont surtout nuisibles comme destructeurs d'alevin ;
2° Les herbivores, qui se nourrissent de conferves, d'algues et de plantes aquatiques qu'ils pâturent sur les fonds. A cet effet, leur bouche petite, souvent munie de lèvres épaisses, s'ouvre vers la partie inférieure de la tête. Ils recherchent, tantôt les fonds vaseux dans les eaux tranquilles et profondes , comme les carpes, les brèmes, les tanches, les gardons ; tantôt les courants rapides k fonds rocheux, comme les barbeaux, ou k fonds caillouteux, comme les ables-nases; tantôt les grèves du rivage, comme les goujons et les vairons ;
3** Les omnivores, qui mangent de tout : des insectes, des mollusques, qu'ils trouvent k la surface ou au fond des eaux (ablette, fera, lavaret, gravenche) ; des détritus ou débris organiques en décomposition dans l'eau (chevaine) ; des substances animales molles, vivantes ou mortes qu'ils découvrent dans les fonds vaseux (lotte, chabot). En général, toutes ces espèces sont plus ou moins friandes de frai et d'alevin et, k ce point de vue, sont particulièrement nuisibles k l'aquiculture.
A ce groupe on peut rattacher Talose qui, avec une bouche de Carnivore, est plus franchement insectivore ; l'esturgeon, qui fouille les fonds de son nez, comme ferait un porc de son groin ; les lamproies, dont la bouche ronde, en forme de ventouse, les force à vivre en parasites à la façon des sangsues.
D'ailleurs, ce classement n'a rien d'absolu ; car, en dehors du régime habituel qui tient k leur structure, tous les poissons avalent avidement les vers, les larves, les insectes et les appâts de toute sorte. C'est ainsi que les saumons et les truites, franchement carnivores, se prennent surtout à la mouche artificielle, que ne dédaignent même pas les jeunes brochets.
Leurs allures et leurs tenues changent également suivant les saisons. Les poissons de fond montent k fleur d'eau pour y prendre les insectes, alors que ceuxci abondent, comme les jours où tombe la manne ; les insectivores abandonnent la surface quand la chasse y est vaine. Tous se retirent dans les grands fonds pendant l'hiver et vont pâturer les berges submergées pendant les crues.
C'est la connaissance de ces faits généraux et locaux qui donne au pécheur talents et succès.