‹ ChassériauChapitre 12 sur 48 · SAINTE MARIE L'ÉGYPTIENNE · texte numérisé non relu

SAINTE MARIE L'ÉGYPTIENNE

L'artiste avait fait ses preuves comme peintre religieux, aussi lui confia-t-on, dès 1841, ainsi qu'à Lehmann, Amaury-Duval et au médiocre Lepaule, la décoration d'une des chapelles à l'église Saint- Merri. Ses esquisses acceptées, non sans lutte, par la Commission responsable, Chassériau exécuta son œuvre en quelques mois. Elle était terminée en 1843.

Suivant l'exemple de Flandrin et de Delaroche, l'artiste avait évité les luisants, si déplaisants en décoration. Ses tons mats sont obtenus par des couleurs à l'huile peintes sur un enduit spécial qui prétendait «préserver le mur de toute humidité. » Mal exposées, faute de recul et de lumière, ces peintures ont été laissées longtemps dans un état véritablement honteux de dégradation. Le dommage vient d'être atténué provisoirement (janvier 1911) par un nettoyage très discret.

L'œuvre occupe deux panneaux. Dans le premier, au-dessus du maître-autel, l'histoire de la pécheresse se trouve figurée en trois compartiments. t Le plus vaste, celui du milieu, dit Gautier, renferme la scène la plus importante de la vie de la sainte... C'est le moment où, repoussée de l'entrée du temple par une force mystérieuse, elle s'arrête pensive,

inquiète, honteuse, troublée et déjà presque repentante; autour d'elle s'écoule en deux ruisseaux la foule bigarrée, africaine, asiatique, européenne, costumée dans un goût demi-antique, demi-barbare.

« La jeune femme est debout... près du piédestal d'une madone byzantine ; des bagues singulières, aigues-marines, chrysophrases, chargent ses doigts effilés; de grands anneaux tremblent ou scintillent à ses oreilles; une longue tunique d'un rose pâle enveloppe son corps avec des plis d'une grâce sévère...

K Pourtant, M. Th. Chassériau, sans sortir des scrupuleuses convenances de l'art et de la religion a su, par une certaine folie d'ornements et de bijoux, faire suffisamment comprendre que I^arie d'Egypte, avant d'être une sainte, était un peu plus que mondaine... »

Dans le compartiment supérieur, le saint moine Zozime communie Marie, qui s'est retirée au désert pour y faire pénitence. Au-dessous, enfin, Zozime, aidé d'un lion, ensevelit la sainte.

Dans le Moniteur des Arts, 1843, Jal fit quelques réserves. Il nota — ce n'était pas un compliment — certains accents de dessin dignes de Delacroix. Il s'éleva aussi contre une licence, alors assez nouvelle, et qui lui parut regrettable ; la présence de quelques personnages coupés à mi-corps par la bordure, au premier plan de la scène principale. Mais il sut admirer, comme Gautier, <i la grandeur sans affectation, le naturel sans bassesse» du personnage de Marie.

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