SAINTE MARIE L'ÉGYPTIENNE
Le panneau opposé au précédent fut divisé seulement en deux parties, absence de symétrie qui offensa encore le purisme de Jal. Ce dernier réserva toute son admiration pour le registre inférieur, oii l'on voyait saint Zozime raconter à ses frères l'histoire de l'Égyptienne avec une émotion, une naïveté vraie, que mettent en valeur, accorde-t-il, la sagesse et la clarté de la composition, la lumière et l'harmonie de la couleur. (Cette partie a disparu sur le monument.)
Il se montre plus sévère pour la scène principale, le (( ravissement de la Sainte », dont il trouvé le mouvement exagéré, les attitudes contournées, la chaleur excessive, la couleur un peu trop diaprée.
Paul Mantz s'accorde avec lui sur ce dernier point et constate des faiblesses de coloris « dans cette peinture, où la loi mystérieuse de l'accord est incessamment violée, où les tons, dépourvus d'ailleurs
de vigueur s'associent au hasard et chantent chacun sur un rythme diffèrent. » Mais ces prétendues dissonances, que l'on a reprochées d'abord à tous les créateurs d'harmonies nouvelles, ne l'empêchent pas de trouver la scène admirable, it Si ce groupe présente un défaut, dit-il, c'est une recherche excessive de la distinction. »
Laissons de côté d'autres critiques, que l'incertitude tourmente plus encore, pour revenir à Gautier, plus spontané et moins enclin à couper en quatre ses sympathies. « Cette scène, écrit-il, peinte avec un feu tranquille et une violence contenue, est peut-être supérieure encore au tableau de la conversion. La couleur, sans sortir de la gamme de tons clairs adoptée par le peintre, est d'une harmonie soutenue et d'une chaleur qui annonce un coloriste, qualité qu'on s'obstine à refuser aux artistes qui cherchent la ligne et le style.
« M. Chassériau a trouvé le moyen d'être neuf en faisant des anges, et certes c'est là un rare mérite, car les types angéliques, si souvent retracés, semblent désormais aussi immuablement fixés que les représentations hiératiques des temples égyptiens. Il en a fait de véritables éphèbes, de beaux jeunes gens pleins d'une force délicate et d'une élégance nerveuse, comme il convient à des êtres chargés d'exécuter les volontés de Dieu ».