XV. — OTHELLO ET DESDÉMONE
t M. Th. Chassériau — lit-on dans l 'Artiste en 1844 — comme distraction à la peinture monumentale, vient de faire quinze esquisses à Veau-forte représentant les plus belles scènes de la tragédie d'OTHELLO. Le jeune peintre a rendu avec beaucoup de force et de hardiesse le sentiment shakespearien. Toutes les figures du poète anglais se sont ranimées dans leur grand caractère, grâce au talent de l'artiste français. C'est d'ailleurs une traduction fidèle; M. Chassériau ne s'est pas un seul instant écarté du texte sacré. Sa Romance du Saule est pleine de larmes et de poésie. Le Yet she must die... est exprimé avec un profond sentiment. La scène terrible Hâve you pray' d'to night, Desdemona. est d'un grand effet. Enfin Othello est bien Othello qui rugit de désespoir quand il sç renverse sur le lit oit repose la plus innocente femme qui ait jamais levé les yeux au ciel.
« Dans ces eaux-fortes, on trouve réunie à la couleur de Delacroix toute la fermeté de style de l'école d'Ingres. Il est impossible de mieux comprendre le sens intime de l'œuvre du grand poète.
Depuis Rembrandt, Norblin et Boissieux, on n'a pas vu d'eaux-fortes d'un plus beau travail : il y a là une liberté de pointe, une vivacité d'égratignement qui feraient prendre ces planches pour de magnifiques dessins originaux à la plume et au lavis. M. Chassériau a su éviter avec un rare bonheur recueil ordinaire des eau-fortistes, la gracilité et la sécheresse. Bien que cette tentative soit la première qu'il ait faite en ce genre, sa manière a tout l'aplomb et toute la sécurité qu'aurait celle d'un maître vieilli dans la pratique de l'art. »
Quand parut la suite d'OTHELLO, la renaissance de l'eau-forte s'annonçait depuis une dizaine d'années. Les vignettes et illustrations de Tony Johannot et Célestin Nanteuil, les reproductions qui accompagnaient les ouvrages de Charles Lenormand et d'Alexandre Decamps sur les Salons de 1831, 1833, 1834, avaient mis ce procédé de gravure en honneur chez les romantiques. Selon son habitude, Chassériau se fit place du premier coup parmi les maîtres. Il n'est que juste de constater l'aisance avec laquelle il s'assimila un métier dans lequel Delacroix, avec tout son génie, n'a guère su dépasser la période des essais.
Tirées à petit nombre en 1844, par les soins du Cabinet de l 'Amateur et de l'Antiquaire, ces eaux-fortes ont été réimprimées naguère pour un petit groupe d'admirateurs. On les trouve avant et après la lettre. Un frontispice, non publié, existe en quelques épreuves.
xv. — Othello et Desdémone