XIX. — LA COMTESSE D'AGOULT
A côté des peintures de Chassériau, il faut faire une place à une série très nombreuse d'ceuvres plus fugitives, qui furent toujours très recherchées.
<r II faisait très vite et très bien — disait Paul Mantz à la mort de l'artiste — des portraits au crayon qu'il faudra toujours aimer à cause de leur sobriété précise, à cause de leur spirituelle élégance. »
Ce portraits à la mine de plomb sont inconstestablement inspirés par les fameux crayons qui furent pendant longtemps la principale ressource d'Ingres. Mais nous aurons l'occasion de constater qu'ici, comme toujours, Chassériau ne s'empara pas d'une tradition sans y introduire — si discret soit-il — son accent personnel.
Un des premiers en date de ces crayons (il a été dessiné en 1841), représente La COMTESSE D'Agoult, qui joua un rôle important dans la vie intellectuelle de cette époque.
Marie de Flavigny (1805-1876) qui épousa le Comte d'Agoult en 1827, était née à Francfort-sur-le-Mein. Sous le pseudonyme de Daniel Stern, elle a publié de nombreux écrits; les plus connus, imprégnés d'esprit républicain et même socialiste, virent le jour au moment de la révolution de 1848, dont elle a écrit l'histoire. On sait qu'elle a laissé aussi des romans et des ouvrages pour les enfants. En relations suivies avec quelques hommes célèbres de son temps, amie de Liszt, puis d'Emile de Girardin, la Comtesse d'Agoult fut aussi une des admiratrices de la première heure de Chassériau. Nous l'avons vue analyser avec beaucoup de clairvoyance les couvres du jeune homme, qu'elle proclamait « grand peintre et artiste d'avenir ».
Parmi les relations féminines que cultiva toute sa vie Chassériau, il faut citer aussi, au premier rang, M'"^ de Girardin (1804-1855) dont il a fait de mémoire un portrait au crayon, très ressemblant, parait-il. Le peintre fréquentait assidûment le salon où la « dixième Muse » recevait quelques romantiques de marque. Il attachait à son amitié le plus grand prix. Il dessina un jour pour sa pièce de Judith des costumes d'une magnificence orientale, qui firent de la principale interprète — c'était Rachel — (I la Judith la plus noble et la plus splendide qu'un poète et qu'un peintre pussent rêver ». (Gautier, L'Art dramatique en France.)