‹ ChassériauChapitre 20 sur 48 · XX. — LA PRINCESSE BELCIOJOSO · texte numérisé non relu

XX. — LA PRINCESSE BELCIOJOSO

Pendant longtemps les portraits de femme de Chassériau furent malmenés par la critique. Le Portrait de la Comtesse de la Tour-Maubourc, que l'artiste avait exécuté à Rome en même temps que le Lacordaire et exposé en même temps au Salon de 1841, avait effrayé les Parisiennes, dit Paul Mantz, par l'austérité de son exécution. C'était une belle et touchante figure de malade, dont peu de gens surent goûter « l'attrait repoussant ». Dans la Revue des Deux Mondes, Louis Peisse déplorait la manière « ingrate et déplaisante » du peintre et approuvait les femmes qui reculeraient devant ce « procédé inhumain de dissection ».

Soit que, dans la suite, les modèles de Chassériau eussent été eux-mêmes moins « ingrats », soit que sa conception de la beauté féminine se soit peu à peu imposée, on en vint à ne plus se détourner devant

ses portraits. Un de ses juges les plus malveillants. Clément de Ris, écrivit dans l'Artiste, en 1851, à propos d'un portrait exposé au Salon de cette année : t< Il fallait jusqu'à présent un certain courage à une femme pour poser devant M. Chassériau. Cette ceuvre prouvera, je l'espère, que son pinceau n'est pas aussi diable qu'il en a l'air ».

Quoiqu'en ait laissé supposer Clément de Ris, ce « courage * fut loin d'être rare et il fut souvent récompensé. Peu d'artistes pourraient exposer une aussi riche galerie de femmes intéressantes par leur talent et leur beauté.

Voici par exemple, dans cet aimable crayon, daté de 1847 (il a été donné au Petit-Palais par M. Arthur Chassériau), la célèbre Christine Trivulzio, née à Milan en 1808 et devenue Princesse Belgiojoso. On connaît le rôle brillant que joua dans les lettres et et dans la politique cette Italienne que sa haine de la maison d'Autriche contraignit longtemps à habiter Paris. Elle a collaboré à la plupart de nos périodiques et publié depuis 1846 de nombreux travaux historiques, ainsi que des notes et des romans inspirés de ses voyages en Orient. Son salon réunissait à Paris les écrivains, les peintres, les musiciens , les hommes politiques les plus connus de ce temps. Elle est morte en 1871.

Page 1