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DE L'ENFANT PRODIGUE

A peine âgé de seize ans, Chassériau envoya, pour ses débuts, au Salon de 1836, le portrait de son jeune frère, Ernest, et deux autres toiles qui, malgré leurs mérites, laissent à peine entrevoir la personnalité de l'artiste.

Le Retour de l'Enfant prodigue, dont le sujet convenait si bien à la sensibilité du jeune peintre, a été donné par sa famille à la ville de La Rochelle, dont elle est originaire. C'est là que naquirent Jean Chassériau, notaire et conseiller perpétuel à l'Hôtel de Ville, et son fils Benoît, père de l'artiste.

Le Caïn Maudit, qui appartenait récemment à la Collection Emmanuel Arago, obtint du Jury, à l'issue du Salon, une Médaille de troisième classe. Dans la Revue des Deux-Mondes, Roger de Beauvoir signala en passant cette « ceuvre de débutant pleine d'avenir ».

Ce succès aurait peut-être fixé une âme moins inquiète que celle de notre artiste. Mais il ne

pouvait rester étranger au mouvement d'émancipation qui agitait alors l'art français. Si les novateurs étaient mis à l'index par les juges officiels comme par le public, si, à ce même Salon de 1836, l'Institut, qui composait alors le Jury, refusait des œuvres de Delacroix, de Louis Boulanger, Paul Huet. Marilhat, Rousseau, Préault, Antonin Moine, les connaisseurs se vengeaient en critiquant vertement les idoles de la foule, Horace Vernet ou Delaroche, ainsi que les peintres de tradition.

Dès cette époque nous voyons Chassériau en relations avec Marilhat, Corot, Célestin Nanteuil, Gérard de Nerval, Théophile Gautier, c'est-à-dire, avec un groupe d'artistes et d'écrivains épris de nouveauté, dont la fréquentation devait l'encourager à ambitionner une autre carrière que celle d'un bon élève bien discipliné, comme ses anciens camarades d'ateliers, Flandrin, Lehmann ou Amaury-Duval.

Des voyages dans le midi de la France, en Belgique et en Hollande remplissent les années suivantes. En 1837, il figure encore au Salon avec une toile, Ruth et Booz, dont le sort actuel est malheureusement inconnu. Mais nous allons le voir bientôt, dès sa vingtième année, se révéler comme un peintre plein de tempérament au Salon de 1839.

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