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PETIT-PALAIS DE LA VILLE DE PARIS

DESSIN. - PHOT

XXL — LA PRINCESSE CANTACUZENE

Les portraits dessinés de Chassériau évoquent nécessairement le nom du maître qui en a inauguré la formule. La renommée ces crayons d'Ingres est trop bien établie pour que nous ayons à nous interdire quelques réserves. Avouons donc que ce dessinateur sans rival, qui, dans les études destinées à ses tableaux, serre les formes avec une autorité incomparable, nous déçoit quelquefois dans ses portraits à la mine de plomb, dans ses portraits de femmes surtout, par la placidité [de l'expression, par son modelé sage et propre jusqu'à la banalité, par la calligraphie imperturbable des plis et des draperies. Sans vouloir rabaisser le maître au profit du disciple et seulement pour montrer ce que ce dernier possède en propre, constatons qu'Ingres eut été bien empêché d'exprimer ce que Chassériau a rendu parfois avec la pénétration la plus rare : le rayonnement d'une âme exquise sur un beau visage féminin.

Le portrait de la princesse Cantacuzène, que nous rapprochons de cette série de crayons malgré sa date tardive (1855), est peut-être son chef-d'œuvre en ce genre. Il est digne du modèle et l'on ne saurait dire plus quand on sait la vénération inspirée

par la princesse à tous ceux qui l'ont approchée. L'abnégation de soi-même semble avoir été la règle de toute sa vie : « On vient la voir pour la consoler — disait Cazin — et c'est elle qui vous console ». Elle s'est effacée sans cesse avec une trop noble dignité pour que l'on ne mette quelque hésitation à rédiger à son sujet une véritable notice biographique. Mais il faut bien dire ici qu'un peu de son beau caractère et de sa haute culture vit encore dans l'œuvre de deux des plus purs artistes de notre temps.

Son amitié bienfaisante a embelli les dernières années de la vie de Chassériau, qui lui témoignait en retour le plus affectueux respect. Elle a toujours conservé auprès d'elle quelques études de l'artiste, choisies parmi les plus graves et les plus douces. En revanche, quelques-uns de ses gestes si simples et si expressifs ont passé dans les dernières toiles d e Ch ass éria u .

Si nous nous reportons à une époque bien plus récente, nous retrouverons la belle attitude de notre dessin répétée dans un autre portrait de la princesse Marie, que Puvis de Chavannes a exposé au Salon de 1883 (Musée de Lyon). Dans ce parfait chefd'œuvre, Puvis a mis toute sa reconnaissance pour celle qui fut sa femme après avoir été longtemps son amie et sa conseillère. Mais elle est présente aussi sans cesse dans son œuvre décoratif, et l'on ne peut oublier que celle qui avait inspiré les dernières madones de Chassériau a pris place au Panthéon, dans la toile de Puvis, sous les traits de Sainte-Geneviève veillant sur Paris.

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