‹ ChassériauChapitre 22 sur 48 · COLLECTION PARTICULIERE · texte numérisé non relu

COLLECTION PARTICULIERE

DESSIN. - PHOT

XXIl. — THÉOPHILE GAUTIER

Presque à chaque pas de la carrière de Chassériau, nous aurions à citer le nom de Gautier. « Tableau par tableau, a pu écrire le poète sans exagération, nous avons décrit tout son œuvre avec une exactitude passionnée et une admiration profondément sentie. »

Gautier, plus âgé de huit ans que Chassériau, l'avait rencontré de bonne heure dans un des premiers cénacles romantiques. Dans une étude sur Marilhat, que publia la Revue des Deux Mondes en 1848, il raconte de la façon la plus pittoresque comment fut décoré le grand salon tarabiscoté qu'habitaient, dans la vieille impasse du Doyenné, Gérard de Nerval et Arsène Houssaye. A côté de Nanteuil, Leleux, Corot, Marilhat et de Théo lui-même, le jeune Chassériau, « alors tout enfant, et l'un des plus fervents élèves d'Ingres, paya sa contribution pittoresque par une Diane au Bain, oii l'on remarquait déjà cette sauvagerie indienne mêlée du plus pur goût grec d'où résulte la beauté bizarre des ceuvres qu'il a faites depuis >>.

Quand l'artiste mourut, Gautier qui n'avait pas cessé d'être son défenseur le plus fidèle, envoya au Moniteur (oct. 1856) une notice pleine d'émotion communicative : « Un charme secret nous attirait vers lui, et souvent l'on nous a accusé de partialité à son endroit... Jamais nature ne nous fut plus sympathique ; nous aimions chez lui l'homme autant que le peintre, et le peintre autant que l'homme. L'amour du beau, l'horreur du commun, le dédain du succès vulgaire, le souci perpétuel de l'art, l'énergie de la conviction, la persistance au travail, le dévouement aux siens, la religion de la famille, l'incorruptible probité du cœur et de l'esprit : telles étaient les qualités qu'il cachait sous l'apparence élégante et spirituelle d'un homme de la meilleure compagnie... »

En face de ce beau portrait de l'artiste par le poète, nous voudrions pouvoir placer un portrait aussi ému du poète par l'artiste. La trace du dessin original de Chassériau est malheureusement perdue et la gravure de H. Bodin, qui le reproduit dans l'Artiste (1849), nous donne une image de Gautier un peu superficielle. C'est du moins une des rares représentations du bon Théo dans la force de l'âge, à son retour de ce voyage au delà de la Méditerranée qu'il rêva longtemps, comme tout bon romantique, mais qu'il n'eut qu'assez tard le loisir de réaliser.

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