XXVI. — LA GUERRE (LES FORGERONS
Face à l'escalier, au premier étage. L'Ordre et La Force formaient comme le pivot de la composition, respectivement tournés vers les panneaux latéraux, consacrés à la paix et à la guerre.
Sur le mur voisin de La Force, au milieu de défilés de guerriers, formant frises et pendentifs (ils ont malheureusement été abandonnés aux démolisseurs) , la scène la plus importante représentait L'Ordre pourvoyant aux frais de la Guerre.
Au centre, décrivait Gautier, « une espèce de sage, de génie, représenté par un homme d'âge, mais dont l'expérience conserve toute la vigueur de la jeunesse et que les années ont éprouvé sans l'affaiblir, distribue à des ouvriers le salaire de leurs travaux... Les équipages, les armements, les vivres, tout cela ressort de l'administration; aussi Bellone, immobile, le casque grec en tête, tenant d'une main deux lances de bronze et de l'autre un grand bouclier, sombre miroir de fer illuminé de vagues reflets, qui couvre sa poitrine et cache une partie de sa robe, teinte dans la pourpre des combats, attend-elle, pour s'envoler, que l'homme mûr ait fait ses payements et ses comptes.
« Au premier plan, à droite, des hommes demi-nus.
à tournure de cyclopes et tout rayonnants du feu de la forge, battent le fer et fabriquent des armes : épées, cuirasses, fers de lance jetés à terre autour de l'enclume (c'est le fragment reproduit ici). Un peu plus au fond, des ouvriers, à moitié voilés par la fumée rouge et la flamme trouble d'une fournaise, font chauffer des cercles pour des chars de guerre.
M A gauche, des jeunes gens s'élancent sur leurs chevaux avec des mouvements impétueux et forts... Les bataillons s'ébranlent et se mettent en marche, soulevant la poussière; les bannières se déroulent au vent, les clairons jettent leur aigre fanfare, les chevaux hennissent et piaffent, et les soldats, la main appuyée sur la croupe de leur monture, se retournent à demi et causent entre eux de la guerre lointaine qu'ils vont faire là-bas, de l'autre côté de l'horizon, derrière ces montagnes bleues et roses que dorent les lueurs de l'aube. Ils peuvent partir tranquilles, rien ne leur manquera ; la Sagesse veille sur leur héroïsme, et sous la tente, ils retrouveront la paix du foyer.
H Cette composition, pleine de mouvement et de turbulence, fait, par l'agitation bien entendue de ses lignes, l'agencement touffu de ses groupes, le tumulte de sa couleur et la férocité de sa tache, un contraste des plus heureux avec le tableau de la Paix. » (La Presse, 1848.)
Le lecteur aura fait de lui-même le rapprochement qui s'impose entre les Forcerons de Chassériau et ceux que Puvis a peints en 1863 dans le Travail du Musée de Picardie.