XXV IL — LA PAIX (ENSEMBLE
« Une immense composition — continue Gautier — couvre la muraille qui fait face aux panneaux que nous venons de décrire et dont elle est le pendant antihétique. Tout à l'heure, c'étaient des tons violents, des groupes tumultueux, une touche énergique et heurtée; maintenant c'est la sénérité pure, l'ondulation heureuse des lignes, la lumière tiède et blonde...
K Au centre de la composition, la Paix, forte et douce, se tient debout, adossée à un tronc d'olivier... Elle étend ses bras, d'une grâce vigoureuse, sur des laboureurs occupés aux travaux de la terre, et sur un groupe de semeurs qui symbolisent les arts. La Poésie tient sa lyre et écoute son âme; la Peinture, liée à elle par un bras, rappelle l'ut pictura poesis, et penche sa tête couronnée de lauriersroses pour étudier les poses des jeunes mères heureuses et sereines qui pressent, pendant la tranquillité de la paix, leurs enfants dans leurs bras.
« Derrière la Poésie et la Peinture, la Tragédie, sérieuse, l'œil sombre, les doigts crispés sur son
poignard classique, a près d'elle la Comédie rieuse, qui babille à son oreille et tient un masque fardé; un peu plus avant, l'Architecture... tourne la tête et regarde vers le fond du tableau des ouvriers qui bâtissent une ville. La Sculpture, demi-nue, par l'éclat marmoréen de son torse, fait penser au Paros et au Pentèlique d'où ses chefs-d'œuvre sont tirés... A côté de la Sculpture, la Musique, l'art vague et mystérieux, voilé d'une demi-teinte vaporeuse, l'œil noyé et levé au ciel, la bouche entr'ouverte et laissant échapper comme un brouillard sonore, presse son téorbe sur son cceur. Non loin d'elle, la Science, ayant à ses genoux un jeune 'sauvage bariolé de tatouages, lui apprend les choses connues et se fait son initiatrice en fait de civilisation. »
Gautier décrit ensuite les jeunes mères et les inoissonneurs, que nous retrouverons plus loin, et esquisse la ville en construction : « Les ouvriers assujettissent des charpentes, traînent des blocs, montent des pierres en faisant la chaîne, et donnent le spectacle de l'activité humaine qui se développe dans la paix.
« Toutes ces fabriques et ce paysage entremêlé de grands arbres qui s'élancent gaiement dans la limpidité bleue de l'air sont du plus grand style et du plus bel effet. »
Avec cette description, nous n'avons plus aujourd'hui pour nous faire une idée de l'ensemble de La Paix que le beau dessin, reproduit ci-contre, de la collection de M. Chassériau.
CHASSÉRIAU =:^^=========z=^= 71
XXVIIL — LA PAIX