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LES JEUNES MÈRES

Pour le goût moderne, il semblera peut-être que ces compositions, surtout vues à travers les commentaires du temps, ont quelque chose d'un peu abstrait et dont la subtilité sent encore la composition littéraire. Si nous replaçons l'ceuvre dans son époque, nous reconnaîtrons au contraire les efforts de l'auteur pour animer et rénover les allégories traditionnelles et pour introduire à côté des figures symboliques des êtres animés d'une vie plus humaine. Il est très remarquable surtout de constater combien Chassêriau a su traiter en peintre ses thèmes un peu touffus et nous les rendre sensibles, moins par des attributs de convention que par un langage de formes, par une symphonie de couleur merveilleusement adaptés à chaque sujet. C'est ce qui est particulièrement évident quand on consulte son carnet de notes. Dans les programmes qu'il se trace pour son tableau de La Paix, ce n'est point l'esprit académique que nous retrouverons mais la même inspiration poétique qui animera bientôt les compositions d'un Puvis.

« Mettre une façade — note-t-il — l'Architecture appuyée sur l'un des côtés, la Peinture peignant ses dessins a ses pieds; faire aussi la Sculpture et

la Musique, qui seraient assises, et de cette façon tous les arts seraient assemblés.

« La Peinture vêtue d'une tunique pourpre, ou rose et pourpre, éblouissante et heureuse de couleur L'Architecture qui rêve en regardant son plan, l'édifice qui doit monter dans l'espace.

« Toute une colonnade tournant... La Science, l'Harmonie, les Astres, les Étoiles. Des Jeunes hommes qui contemplent le ciel illuminé, avec les instruments nécessaires aux mains; d'autres, qu'on aperçoit dans le fond de l'édifice, travaillent et méditent sur l'Histoire et les Sciences. Le fond éclairé par la lumière ; de ce côté, la nuit. Paire un édifice rond et une enfilade de colonnes de marbre se détachant sur le ciel. »

Et cependant Chassériau entrevoyait la possibilité de faire entrer le symbole dans des thèmes plus concrets et plus humains encore. Parmi les projets qui s'agitaient dans son esprit inquiet à la fois de naturel et de poésie, il en est un à peine indiqué mais bien significatif et qui suffirait à nous faire regretter la mort prématurée de l'artiste. « Paire un jour, écrivait-il, dans la peinture monumentale ou en tableaux, des sujets tout simples, tirés de l'histoire de l'homme, de sa vie, — ainsi un voyageur, ainsi le penseur, le joueur, le désœuvrement, la douleur, le retour, le voyageur voyant les fumées bleuâtres de sa ville montant dans l'air, les prisonniers, la liberté, le dégoût, l'épouvante, la colère, le courage, la misère, le faste, l'amour et autant de sujets où l'on peut être émouvant, vrai et libre. »

xxviM. — La Paix (les jeunes mères)

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