‹ ChassériauChapitre 29 sur 48 · XXIX. — LA PAIX (REPOS DES MOISSONNEURS · texte numérisé non relu

XXIX. — LA PAIX (REPOS DES MOISSONNEURS

Toute la partie de gauche de La Paix, la plus intéressante peut-être, a pu être sauvée. Elle est exposée au Louvre depuis quelques années. Nous la reproduisons ici en deux fragments.

Gautier a commenté ces deux scènes avec une particulière tendresse : « De l'autre côté — dit-il — un groupe de jeunes femmes, dont la fraîcheur annonce la santé et le bien-être, allaitent de beaux enfants, les font sauter dans leurs bras ou les endorment en leur chantant des lullaby. On ne saurait rien imaginer de plus gai, de plus frais, de plus souriant que ces belles créatures dorées par une douce lumière.

« Auprès d'elles sur un tas de gerbes que le bluet et le coquelicot piquent d'étincelles bleues et rouges, dorment, nonchalamment étendus, les moissonneurs fatigués, attendant que Thestylis leur apporte le repas de midi.

(( Plus loin, au second plan, des bouviers pressent

dans un chemin creux des attelages de ces grands bœufs qu'on voit dans la campagne de Rome, et dont les formes majestueuses semblent taillées exprès pour les bas-reliefs et les frontons. »

Pour évoquer ce que la scène avait, dans son état primitif, de <t rose jeunesse, de calme souriant, de limpide sènérité », empruntons encore quelques lignes à la description de Malitourne, parue dans l'Artiste : » Si nous revenons vers ce groupe si frais des moissonneurs, c'est que nous n'avons fait qu'en signaler le gracieux ensemble ; c'est qu'il est juste de remarquer combien la plupart de ces tètes de jeunes femmes sont empreintes d'une pure et pénétrante impression de tranquille bonheur.

« Peut-être, vers cette partie du tableau surtout, pourrait-on reprocher un emploi un peu dominant, un certain excès des couleurs claires. Nous savons avec quelle intelligente convenance elles ont été choisies ; trop prodiguées pourtant, sans correctifs qui les atténuent ou les harmonisent, elles arrivent vite à compromettre l'effet cherché. Au premier abord, on serait tenté d'adresser un peu ce reproche au tableau de La Paix -, mais on regarde encore, et l'on oublie : le charme domine. »

Nous ne chercherons pas, bien au contraire, à « oublier », cette prédilection de Chassériau pour les couleurs claires en décoration. C'est encore un des caractères qui font de lui un initiateur dans l'histoire de la peinture moderne.

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