‹ ChassériauChapitre 31 sur 48 · XXXI. — OCÉANIDE. — FRISE DES VENDANGEURS · texte numérisé non relu

XXXI. — OCÉANIDE. — FRISE DES VENDANGEURS

Les compositions principales étaient séparées pai des frises en grisailles dont nous donnons ici deux exemples.

Sous chacun des tableaux du Commerce s'étendait une OcÉANiDE, qui rappelait, non sans raison, à Gautier le nom du Primatice, et qui l'enchantait par sa «grâce bizarre et maniérée » et son «charme fantasque ». Celle de ces deux figures qui est reproduite ici a pu être rentoilée et exposée au Louvre.

Une bacchanale, à laquelle nous empruntons notre défilé si tranquille et si monumental des Vendangeurs, s'allongeait, également en grisaille, sous la grande composition de La Paix.

« Un jeune garçon, couché sur le ventre — écrit

Cautier — la tête vacillante et l'heureux sourire de l'ivresse dans les yeux et sur les lèvres, écrase des raisins dans un cratère; d'autres, jeunes filles et jeunes éphèbes, les cheveux dénoués, les tuniques flottantes, portant des grappes pareilles à celles de la terre promise, se jouent avec mille charmants caprices à travers des pampres et des guirlandes.

« On ne peut mieux saisir le sentiment antique que M. Théodore Chassériau ne l'a fait dans cette frise. On dirait un bas-relief grec, inconnu, copié dans un temple de Bacchus qu'on ignore. »

Entendons bien que le peintre n'est pas soupçonné ici de revenir à cette antiquité scolaire et sans parfum qui s'enseigne dans les Académies. « Ses belles peintures — disait plus loin Cautier — ont un aspect rare et particulier qui les sépare nettement des allégories ordinaires... Pour le caractère général, on pourrait dire que M. Chassériau est un Indien qui a fait ses études en Crèce. Il jette dans le monde antique la beauté inconnue des races nouvelles ou du moins que jusqu'ici le pinceau a dédaignées.

(f Ce grand travail, si victorieusement mené à bout avec une si superbe maestria — concluait le critique —pose M. Chassériau parmi les deux ou trois premiers noms de l'art contemporain. »

C'est à l'occasion de l'achèvement des peintures de la Cour des Comptes que l'artiste, âge de trente ans à peine, reçut la croix de la Légion d'honneur.

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