‹ ChassériauChapitre 32 sur 48 · XXXII. — M^^° CABARRUS · texte numérisé non relu

XXXII. — M^^° CABARRUS

La décoration de la Cour des Comptes n'avait pas absorbé toute l'activité de Chassériau pendant les années 1846-1848. Il avait présenté au Salon de 1846 un Sabbat DES Juifs a Constantine, dont le refus valut au jury cette mercuriale bien méritée de Thoré-Burger dans le Constitutionnel :

(( Que signifie cette persécution de l'Académie contre des artistes que les ministres, la direction des Beaux-Arts et la presse jugent dignes des grands travaux publics ? N'est-ce point jalousie de concurrence ? Quels sont donc les titres des génies et célébrités officiels ayant droit de juger et de condamner les grands artistes contemporains et toute la jeunesse qui appartient à l'avenir?... » Le tableau de Chassériau (( est le plus étrange, le plus saisissant, le plus délibéré, le plus neuf d'aspect, le plus entier dans l'exécution, le plus original dans les tournures, qu'on ait exposé depuis longtemps. »

Le Sabbat des Juifs, reparut au Salon de 1848, mais son sort actuel est malheureusement inconnu.

En même temps que cette importante composition, Chassériau exposait le portrait de M"« Cabarrus, petite- fi lie de M'"« Tallien et nièce de Ferdinand de Lesseps. C'est sans doute à cette toile que se rapporte une anecdote assez amusante, rapportée par M. J. Claretie. On sait que depuis longtemps, Ingres avait rompu toutes relations avec son ancien élève. A M. Haro, qui tentait un jour une réconciliation, il avait dit brusquement : « Ne me parlez jamais de cet enfant-là I » Or, chez le docteur Cabarrus, que fréquentait le Maître, mais qui était aussi un ami des romantiques, une superbe toile de Chassériau attirait tous les regards. M. Ingres, ne pouvait l'éviter, mais il ne manquait jamais de passer inexorable, en se voilant les yeux avec un des pans de sa longue redingote.

Le portrait de M"'^ Cabarrus fut « la perle du Salon », au dire d'Arsène Houssaye, dans l'Artiste. On ne sera pas surpris cependant, en tournant quelques pages de ce même journal, de rencontrer un peu plus loin, sous la signature de Clément de Ris, une critique très sévère de cette même toile. Nous avons plusieurs fois constaté que le public, souvent déconcerté par les ceuvres de Chassériau, témoignait à ses portraits de femme une particulière méfiance.

xxxii. — M'-'-^ Cabarrus

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