‹ ChassériauChapitre 37 sur 48 · XXXVII. — SAPHO · texte numérisé non relu

XXXVII. — SAPHO

Le goût des scènes arabes ne faisait pas oublier à Chassériau son ancienne prédilection pour l'antiquité. Mais pour lui, la Grèce, comme l'Orient, comme la tradition religieuse, comme l'allégorie, n'étaient qu'une occasion d'introduire dans son art cette note d'exotisme qu'il affectionnait, et de nuancer de rêve son amour du naturel, (i Pensera cette vérité, écrivait-il, qu'il faut voir les maîtres et l'antique à travers la nature; autrement, on n'est plus qu'un souvenir usé; avec cela, au contraire, un souvenir vivant. Rendre ce qu'on a dans l'âme d'une façon visible, vraie et fine, car la nature seule a cette fraîcheur et ce mordant... »

Au Salon de 1850-51, Chassériau exposa une Sapho, dont quelques personnes aimèrent la passion, la pose affaissée, la main qui se cramponne au rocher {voir une brochure de Sabatier-Ungher à cette date).

L'artiste a peint deux exemplaires de cette composition. L'un d'eux (reproduit ici) appartient à M""" Cras, l'autre est dans la famille de Tocqueville. On connaît aussi un essai d'eau-forte sur le même sujet (Cabinet de l 'Amateur et de l'Antiquaire, 1844).

L'œuvre fut reproduite dans une lithographie d'Anastasi, meilleur dessinateur dans ses paysages que dans ses figures. Par une erreur fâcheuse d'interprétation, l'herbe maigre du rocher sur lequel la désespérée se prépare à la mort s'est transformée en une sorte de litière presque moelleuse. Le peintre fut, dit-on. désolé par ce détail malencontreux, et aussi, sans doute, par l'alourdissement de cette silhouette qu'il avait tracée avec sa recherche habituelle de la distinction.

I Ne jamais oublier — écrivait-il dans ses notes — qu'il faut, pour toute peinture historique, d'abord la solidité et la simplicité dans les tons, ainsi qu'un bel et facile agencement de lignes, gracieux pour l'asil même dans un rêve terrible.

t Le plaisir qu'on éprouve devant un tableau vient toujours en premier de ce que sa vue ne fatigue pas, pour ainsi dire, qu'il se laisse voir. »

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