XL. — ALICE OZY
Julie-Justine Pilloy (1820-1893) fut, sous le nom d'Alice Ozy, une des actrices les plus en vue de ce temps. Son esprit, son charme et ses aventures ont inspiré mille échos, chroniques ou poèmes, dans lesquels son historien le plus récent, M. Louis Loviot, doit avoir eu peine à démêler la vérité — qu'on y trouve parfois — de la fable, — qui n'y manque guère.
Au Vaudeville, à la Porte Saint-Martin, et surtout aux Variétés, où elle se produisit de 1840 à 1855, elle jouait avec vivacité les soubrettes et autres rôles secondaires. Elle incarnait avec un mérite plus rare encore les personnages fabuleux ou mythologiques qui s'habillent principalement avec des ailes de zéphyres, une baguette de fée ou une parure de diamants. Les siens étaient parmi les plus beaux de Paris et elle eût pu en montrer de plus beaux encore si elle n'avait apporté dans ses relations une désinvolture et une sorte de désintéressement fort distingués.
Dans son entourage figurèrent, à des titres divers. de grands seigneurs, comme le duc d'Aumale ou le duc de Morny, des écrivains, comme Cautier, Victor Hugo et son fils Charles, Théodore de Banville et Paul de Saint-Victor, des artistes, comme le sculpteur Préault, comme les peintres Couture, Amaury- Duval et Vidal qui dessinèrent ou peignirent des portraits d'elle, comme Gustave Doré, un de ses derniers amis.
C'est sans doute par Théophile Cautier, son fidèle camarade, qu'elle fit vers 1848 la connaissance de Théodore Chassériau. L'artiste ne dédaignait pas la société des femmes, où il avait remporté de nombreux succès. Il y eut entre les deux jeunes gens une liaison assez longue — elle dura deux ans — qui laissa dans l'esprit d'Alice Ozy le plus profond souvenir. Quand elle eut volontairement quitté la scène en plein triomphe, elle garda à la mémoire du peintre un véritable culte et rassembla pieusement dans sa retraite toutes les toiles de sa main qu'elle put réunir.
Peut-être nous excusera-t-on d'avoir très sommairement rapporté ici ces détails biographiques, souvent publiés avec des variantes plus ou moins fantaisistes ; la beauté d'Ozy revit dans quelques-unes des plus charmantes ceuvres de notre artiste, et nous devions tout au moins rappeler d'autre part que si l'admirable Suzanne de 1839 est entrée au Louvre, nous le devons à un don d'AUce Ozy.
Mil'