‹ ChassériauChapitre 41 sur 48 · SORTANT DU BAIN · texte numérisé non relu

SORTANT DU BAIN

On reconnaîtra une sceur de la Baigneuse d'Avignon dans la gracieuse étude, datée de 1849. qui figure dans la collection de M. Arthur Chassériau.

Cette jeune orientale, prête à revêtir sa belle nudité avec les riches étoffes qu'un esclave retire d'un coffret précieux, semble incarner la Bacchis de la nouvelle de Gautier la Chaîne d'or ou l'Amant partagé, et l'on verra tout à l'heure que le rapprochement n'est pas trop forcé : u Elle est grande, svelte, bien faite; elle a les yeux et les cheveux noirs, la bouche épanouie, le sourire étincelant, le regard humide et lustré, le son de la voix charmant, les bras ronds et forts, terminés par des mains d'une délicatesse parfaite. Sa peau est d'un brun plein de feu et de vigueur, doré de reflets blonds comme le cou de Cérès après la moisson ; sa gorge fière et pure soulève de beaux plis à sa tunique de byssus ».

La Bacchis de Gautier n'était pas un mythe ; il

l'avait représentée lui-même dans un pastel dessiné d'après nature et c'est Alice Ozy qui avait bien voulu lui servir de modèle — Alice Ozy qui a certainement inspiré les BAIGNEUSES de Chassériau.

En peignant ces figures isolées il semble que Chassériau se soit essayé pour la grande composition dans laquelle il va résumer sa dévotion à la beauté féminine. Nos deux Baigneuses sont u^e nouvelle étape dans sa recherche de cet idéal que Paul Mantz, à propos du Tepidarium, analyse avec beaucoup de finesse et un peu d'injustice : « Loin de respecter les formes consacrées de l'élégance antique, il s'était fait... un modèle de femme incessamment pareille à elle-même... où l'ovale allongé de certaines races d'Orient se combine avec la tristesse maladive et les yeux agrandis de ces poétiques créatures que nous rencontrons dans les salons et dans les rues, et qu'il nous serait doux d'aimer, non parce qu'elles sont belles, mais parce qu'elles souffrent. L'antiquité pensait autrement que nous sur ce point délicat : elle aimait la force dans la grâce... qui sait si ce n'est pas un honneur pour lui d'avoir cherché autre chose et d'avoir, aux dépens d'un succès facile, essayé de dégager du chaos où nous flottons quelques-uns des éléments de la grande inconnue qui sera l'idéal moderne. » (L 'Artiste , oct. 1856.)

XLi. — Jeune Femme sortant du Bain

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