‹ ChassériauChapitre 42 sur 48 · XLII. — LE TEPIDARIUM · texte numérisé non relu

XLII. — LE TEPIDARIUM

C'est l'œuvre la plus connue de l'artiste. C'est aussi la seule qui soit entrée par les voies officielles au Luxembourg et enfin au Louvre. Au Salon de 1853, où elle figura d'abord et à l'Exposition de 1855, où elle reparut ensuite, elle fournit à beaucoup d'anciens adversaires de Chassériau l'occasion de se rallier enfin à sa cause.

Edmond About, après avoir évoqué les ruines du Tepidarium de Pompéi et les efforts du voyageur pour le reconstituer et le repeupler par la pensée, ajoute : u J'avoue en toute humilité que mon imagination n'a rien produit d'aussi pittoresque que le tableau de M. Chassériau ». Paul Mantz loue avec lui « la tiédeur de l'atmosphère humide » et la Il nonchalance alanguie des attitudes ». Les plus sévères ne critiquent les deux figures du premier plan que pour mieux louer les deux autres. « Ce sont les comparses qui sauvent la pièce », dit méchamment Ch. Perrier. Certaines u violences inutiles de coloris » déplaisent encore aux classiques, mais même les plus prudents renoncent à morigéner l'auteur.

« Je ne me suis pas fait faute — dit Clément de Ris — de reprocher à M. Chassériau son imitation exagérée de Delacroix, j'ai donc les coudées franches pour

lui rendre aujourd'hui la complète justice qui lui est due pour son tableau qu'il intitule le Tepidarium.

K Non seulement j'y trouve toute l'originalité de ses débuts, mais je la retrouve avec un progrès sensible, des plus marqués et des plus remarquables. Il a gagné en harmonie, en fermeté, en sûreté de luimême tout ce qu'il a perdu en bizarrerie... M. Chassériau n'avait rien fait jusqu'à présent d'aussi remarquable que ce tableau. » (L'Artiste, 1853.)

H Depuis que ce talent agressif en quelque sorte a essayé de se faire plus humble — écrit à son tour H. Delaborde, ami zélé de M. Ingres — ne voit-on pas mieux déjà ce qu'il vaut? Le sentiment grandiose du geste et de la tournure est la qualité qui domine dans Le Tepidarium comme dans les œuvres précédentes de M. Chassériau ; mais ici cette qualité devient plus évidente parce qu'elle est plus sobrement exploitée. La majesté des têtes est moins souvent déparée par les négligences affectées de la touche; le modèle n'est plus indiqué avec cette hardiesse brutale du pinceau qui parodiait la sûreté magistrale, et, condition difficile à remplir en un pareil sujet — les formes et les attitudes de toutes ces femmes à demi-nues n'ont qu'une grâce sérieuse et un charme de bon aloi... Le Tepidarium n'est pas un des tableaux les plus complets du Salon : ne peut-on dire toutefois qu'il mérite d'être remarqué l'un des premiers, parce qu'il en est peu qui dénotent autant de sève, de vraie force et de franchise dans le sentiment? » (Revue des Deux Mondes, juin 1853.)

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