XLIII. — MAZEPPA
Au Salon de 1853, Le Tepidarium, en retenant l'attention des critiques avait fait tort à une charmante petite toile, aujourd'hui dans la collection de M. Arthur Chassériau.
A côté de l'autre composition, où l'on crut voir des concessions au goût classique, elle pouvait montrer que l'artiste ne reniait rien de ses croyances. Le sujet. Une jeune fille cosaque trouve Mazeppa
ÉVANOUI SUR LE CHEVAL MORT DE FATIGUE, appartenait à la pure tradition romantique. Chassériau avait pour parrains Hugo avec sa célèbre Orientale :
... Il court, il vole, il tombe Et se relève roi,
et surtout Byron, dont l'artiste inscrivait le nom sur le livret du Salon.
On connaît l'épisode dont la légende avait embelli
la jeunesse de ce politique maladroit, hetman des Zaporogues, puis prince de l'Ukraine et allié de Pierre le Grand, enfin puni par ce dernier de sa trahison. Aimé, disait-on, d'une grande dame, à la cour de Pologne oii il était simple page, le jeune homme avait été surpris par le mari et lié tout nu sur un cheval sauvage, qui l'avait emporté, à travers les forêts et les steppes, jusque dans l'Ukraine. C'est là qu'il fut recueilli, à demi-mort, par les Cosaques qui en firent leur chef.
On se rappelle que le sujet était entré dans la peinture au Salon de 1827, avec le Mazeppa lié sur son CHEVAL, qui fut le chef-d'œuvre de Louis Boulanger (Musée de Rouen), et le Mazeppa poursuivi par LES loups, d'Horace Vernet, plus populaire encore (Musée d'Avignon).
La composition de Chassériau est conçue dans un sentiment tout différent. La course effrénée a pris fin, et l'apaisement succède à l'horreur. Dans une riche gamme de bleus assourdis, la jeune Zaporogue, comme une Nausicaa romantique, apporte au naufragé sa pitié et sa tendresse. Gracieuse et noble comme les premières héroïnes de Chassériau, la jeune fille a cet accent plus humain, ce galbe plus éloigné de la statuaire que nous avons vu se dégager peu à peu dans l'œuvre de l'artiste.