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XLIV. — SAINT FRANÇOIS- XAVIER

Vers le mois d'avril 1854, Chassériau termina à Saint-Roch la décoration de la chapelle des fonts baptismaux, commandée par la Ville de Paris.

Comme à Saint-Merri, les couleurs, délayées dans l'huile et appliquées directement sur l'enduit du mur, ont les tons mats de la fresque. Mais l'emplacement était plus détestable encore qu'à Saint-Merri et la même honteuse négligence a laissé dégrader les peintures, encrasser les verrières que traversent quelques rayons d'un jour triste et louche.

Dans une sorte de niche, voisine de l'entrée de l'église, on entrevoit à grand'peine Saint Philippe BAPTISANT L'Eunuque \de la Reine d'Éthiopie. La splendeur orientale du cortège de la reine s'ensevelit aujourd'hui dans les ténèbres les plus obscures.

En face, sur un tympan de forme assez disgracieuse, on devine mieux l'autre composition, Saint François-Xavier, Apôtre des Indes et du Japon. Une esquisse du Musée de Bagnères-de-Bigorre, que nous reproduisons ici, après M. H. Marcel, permet d'ailleurs de se faire une idée plus nette de la scène.

Ces ceuvres, aujourd'hui si délaissées, furent admirées de tous les contemporains. Clément de Ris et le vicomte Delaborde, que Le Tepidarium avait fait

passer dans le camp de Chassériau, lui renouvelèrent à ce propos leur absolution pour ses « erreurs » passées.

En même temps, l'œuvre était décrite en quelques pages magnifiques par Paul de Saint- Victor. Au centre, le missionnaire, avec sa figure « sublime et souffrante que semble consumer la fièvre jaune de la charité, ses yeux ardents et morbides, ses traits marqués des stigmates profonds de la pénitence, ses lèvres exténuées par la soif et brûlées par la soif des âmes, le geste endolori de son bras qui semble fatigué d'avoir baptisé le monde... A gauche du saint, sourit le blond et candide profil du jeune enfant de chœur; à sa droite, un novice de haute taille dresse en l'air un grand crucifix d'argent... Son visage sévère, encadré par l'ovale du capuchon rabattu, est empreint de morgue et de grandezza monastique... Il regarde de haut en bas la foule infidèle précipitée aux genoux du prêtre » : paria, rajah de haute mine, brahme à la barbe flottante, mère tendant au saint son enfant qui sourit; à l'autre extrémité, u dans la posture humiliée des cariatides, une femme africaine qui présente au spectateur son dos sombre et mat où la lumière s'écrase en plaques argentées; à l'autre bout s'adosse une Japonaise, dont le profil stupide et la vague tournure de pagode semblent exprimer l'endurcissement idolâtre... Cette foule bigarrée entrelace dans les groupes, depuis la peau de jais du Soudan jusqu'au teint cuivré du Japon, toutes les couleurs et toutes les nuances humaines de l'Asie... »

XLiv. — Saint François-Xavier

USÉE DE BAGNÉRES-DE-BIGOHRE

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