‹ ChassériauChapitre 45 sur 48 · XLV. — LA DÉFENSE DES GAULES · texte numérisé non relu

XLV. — LA DÉFENSE DES GAULES

A l'Exposition Universelle de 1855, qui consacra le triomphe de Delacroix, on put mesurer aussi les progrès faits par la renommée de Chassériau. La Suzanne de 1839, les Cavaliers arabes de 1850, les Chefs arabes de 1852, Le Tepidarium de 1853 reparurent avec une autorité accrue. Seule, une œuvre nouvelle de l'artiste, exposée en même temps, la DÉFENSE DES GAULES, fut assez mal accueillie. Cette toile, représentant une sortie de Gaulois, conduits par Vercingétorix, qui a reparu à l'Exposition de 1889 et qui a été donnée par l'État au Musée de Clermont-Ferrand, fut un des échecs les plus caractérisés de la carrière du peintre. Une dernière fois, la presse eut l'occasion de remettre en cours ses reproches accoutumés.

Coloris brillant, mais faux et heurté, personnages trop serrés, expressions trop identiques, disent Ernest Gebauer et de la Rochenoire. << C'est le comble de ce qu'on a appelé le dévergondage de la palette — ajoute Ch. Perrier, admirateur cependant de Delacroix... Il est impossible de se figurer le miroitement prodigieux de ce tableau, où le peintre a réuni à plaisir les tons les plus vifs et les plus discordants. C'est une gamme d'une dissonance qui arrive au charivari... Les couleurs les plus opposées se croisent, se heurtent, s'entrechoquent avec un effet assourdissant... » En somme, conclut Delécluze, après u un

retour passager dans le bon goût », le peintre est retombé « dans tous ses égarements pittoresques .'.

Parmi les plus sévères, Maxime du Camp se distingue par la violence de ses attaques. i< Malgré les avis sages et réitérés que la critique lui a souvent donnés, il a continué sa route où maintenant il est fourvoyé à toujours. Il arrive aujourd'hui... avec des tableaux tels que nous n'aurons pas à en parler, car ils n'appartiennent même plus à la peinture, u M. Chassériau, dit- il enfin, séide aveugle de Delacroix, imite son maître comme le singe imite l'homme. Aussi l'avenir ne tiendra pas plus compte de lui que de Lehmann, imitateur littéral de M. Ingres I

L'avenir passera vraisemblablement quelque chose par profits et pertes : le verdict de M. Maxime du Camp.

Parmi les compte-rendus sympathiques à l'œuvre, citons celui d'Edmond About, qui, après avoir attribué à l'artiste une place équitable entre Ingres et Delacroix, décrit le tableau en ces termes : « Ce qu'on aperçoit au premier coup d'oeil, c'est beaucoup de chair humaine : c'est aussi ce qui frappait les Romains dans leurs guerres contre les Gaulois. Les historiens parlent avec une certaine émotion de ces grands corps nus, dont la chair blanche courait audevant des blessures et semblait défier la mort... M. Chassériau a rendu avec talent l'aspect de ces étranges guerres, le courage naïf et presque enfantin de nos ancêtres, l'acharnement et les cris de nos aïeuls : son tableau vaut une page de M. Michelet. »

XLv. — La Défense des Gaules

Page 1