‹ ChassériauChapitre 46 sur 48 · XLVI. — LA DESCENTE DE CROIX DE SAINT-PHILIPPE-DU-ROULE · texte numérisé non relu

XLVI. — LA DESCENTE DE CROIX DE SAINT-PHILIPPE-DU-ROULE

Commencée en 1854, la décoration de l'hémicycle qui termine la voûte de Saint-Philippe-du-Roule et s'étend au-dessus du maitre-autel, fut découverte en 1856. Un peu moins mal partagée que les auties grandes compositions de Chassériau, cette œuvre maîtresse parait être restée intacte et l'on peut, par certains jours exceptionnellement ensoleillés, l'admirer dans toute son intégrité. Malheureusement voici que les infiltrations la menacent à son tour et qu'il est urgent de prendre des mesures de préservation. Ajoutons que son emplacement très élevé et la concavité de la surface peinte rendent une photographie d'ensemble impossible à donner. Même dans le fragment central que nous reproduisons ici, il faut tenir compte des déformations inévitables qui se produisent aux extrémités.

Autour de ce groupe principal, il faut imaginer, d'une part, l'escorte de soldats romains, plus ou moins indifférents au drame, et, de l'autre, la foule des prêtres, des scribes et des pharisiens qui raille ou injurie le supplicié. «En rétablissant, disait Paul de Saint-Victor, ce pathétique épilogue des douleurs du Christ, M. Chassériau a tiré d'une scène qui paraissait épuisée un effet frappant et nouveau. Le drame

qu'on croyait fini recommence ; Jésus souffre encore jusque dans la mort. »

L'écrivain loue le peintre de n'avoir pas traité le Christ selon la coutume, en Marsyas d'académie. Il analyse l'héroïsme, la gravité, la ferveur et la tendresse de la scène centrale et conclut: « La Descente DE Croix... place très haut M. Chassériau, elle atteste les progrès soutenus qu'il fait vers les hauteurs du style et de la pensée. La peinture monumentale nous le montre à chaque épreuve nouvelle plus maître de sa fougue, plus sûr de ses moyens, plus avancé dans cette passion du dessin et de la couleur qu'il poursuit comme un noble rêve. Personne plus que lui, dans l'École, n'a le sentiment et la volonté du grand art; il y est entré en maître dans la vaste composition que nous venons de décrire. Elle est de celles qui marquent dans la carrière d'un artiste et qui inaugurent en quelque sorte sa virilité ».

Ces peintures de Chassériau, disait d'autre part Gustave Planche, « sont très certainement son meilleur ouvrage ». Ce juge très difficile, qui n'aimait ni les décorations de Saint-Merri ni celles de la Cour des Comptes, regrette que le peintre — non faute de conscience ou de scrupules, mais par un préjugé de sa génération — ait cru que la lenteur dans l'exécution amoindrit le charme poétique. Chassériau, selon lui, manque quelquefois de clarté et de précision. Mais il possède « une puissance d'imagination qui n'appartient pas aux peintres vulgaires... Il a cherché, il a trouvé le côté pathétique du sujet ».

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