‹ ChassériauChapitre 7 sur 48 · VIL — LACORDAIRE · texte numérisé non relu

VIL — LACORDAIRE

Il fut exposé avec I'Andromède au Salon de 1841. Chassériau racontait de Rome à son frère, en septembre de l'année précédente, avec quelle ardeur il s'était mis au travail, après avoir obtenu, non sans peine, l'assentiment du prédicateur : « J'ai vu souvent l'abbé Lacordaire, qui est dans la retraite au couvent de Sainte-Sabine. Il travaille, maintenant qu'il est frère prêcheur, à s'instruire encore pour venir en France porter sa parole. Tu sais que je lui avais demandé de faire son portrait, que tous les artistes de la Villa Médicis et surtout Lehmann, qui est ici, désiraient beaucoup pouvoir peindre... C'est un homme qui, j'en suis certain, n'a pas fini de faire parler de lui. C'est un des esprits les plus profonds qu'il puisse y avoir en ce monde. »

On s'explique l'enthousiasme du jeune artiste. Lacordaire (1802-1861), brillant avocat, puis prêtre à l'éloquence passionnée, avait d'abord fortement inquiété les milieux orthodoxes par la hardiesse de ses doctrines. Puis, soudain, abandonnant Lamennais, son collaborateur au journal l'Avenir, il était passé du schisme et de la révolte à la soumission la plus complète et à l'ultramontanisme le plus absolu. Son retour de Rome, où il était allé

revêtir le bel uniforme des dominicains, était attendu avec la plus vive impatience. Aussi le portrait fut-il des plus remarqués au Salon.

Il fut aussi des plus controversés. Certains n'y virent qu'un échec. D'autres en contestèrent la ressemblance, et, parmi eux, Lacordaire lui-même (voir lettre du 27 nov. 1840, publiée par H. Jouin). La couleur austère du tableau déplut généralement.

Mais l' Artiste en loua la h simplicité admirable», la ((haute poésie», la ((facture large et puissante ». En publiant, l'année suivante, une eau-forte de Monnin gravée d'après ce portrait, le journal donne une belle étude sur le modèle et le tableau :

« M. Lacordaire est un homme d'environ 40 ans; sa taille est au-dessus de la moyenne; sa figure longue et maigre, ses traits fortement accentués, son nez grand et aquilin, ses lèvres pincées, ses yeux bien fendus et que le décharnement du visage fait paraître ouverts outre mesure, sa tète rasée de manière à lui laisser seulement une couronne de cheveux, tout contribue â lui donner un air étrange et presque sinistre... ; il ressemble à ces prêtres ardents du Moyen-Age, à ces prédicateurs fougueux et austères qui entraînaient les peuples chrétiens à la croisade. M. Chassériau a bien saisi ce caractère... » (janv. 1842).

Le tableau reparut à l'exposition de Rouen en juillet 1841. Après avoir appartenu au Comte de Vauvineux, il a été récemment acquis par le Louvre, avec le concours de M. Arthur Chassériau.

vil. — Lacordaire

MUSÉE DU LOUVHE

PHOT, BRAUN

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