‹ Chasses au lion et à la panthère en AfriqueChapitre 4 sur 9 · FANTASIA NÈGRE · texte numérisé non relu

FANTASIA NÈGRE

On s est beaucoup occupé des nègres. Les uns les ont condamnés à Tinfériorité morale de par la création, les ont dénigrés systématiquement; d'autres les ont vantés outre mesure. A notre avis, le seul moyen d éclairer cette question encore pendante, consisterait à faire des études sérieuses sur la constitution physique et morale, sur les tendances et les aiiinités des divers autoclithones de 1 Afrique. On jetterait ainsi une grande lumière sur le problème ; mais il faudrait peindre sur le vif de la nature. En attendant qu'un audacieux penseur exécute ce travail scientifique, nous donnerons un petit aperçu des mœurs de la race nègre, aussi capable, selon nous, d'évolutions progressives que les races blanche ou arabe-indo-européenne, brune ou malaisienne, rouge ou américaine.

C'est un peuple d'enfants, qui a tous les défauts et toutes les qualités de Tenfance. 11 est sympathique, doux, enjoué, naïf; suivant toujours les impulsions de sa spontanéité, de son ardente imagi-

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nation qui lui montre les choses les i)lus simples à travers un prisme ébloaissant, surnaturel; esclave de ses sens, s'assimilant aux animaux et ne songeant même pas à résister aux terribles ardeurs, aux folles passions que lui souflOe son climat de feu, vivant enfin de la \ie instinctive et non de la vie de réflexion et de raison.

Sans doute, pour qui ne veut pas se souvenir des siècles de barbarie traversés par toutes les nations européennes^ et ne voit que le trajet Mi, le progrès accompli, Tespèce nègre semble inapte à toute civilisation. Elle a d'étranges erreurs, des vices monstrueux. Sous ses tropiques, elle adore encore le palmier, le rocher, le grain de datte, le léopard, le serpent; elle se prosterne encore devant les ridicules féticlios (le sa démence.

Sur la foi des voyageurs, nous aurions pu vous parler d'Abyssins dévorant avec avidité la chair de Fennemi vaincu, d'Achantis de Guinée construisant des temples avec Targile détrempée de sang humain; de rois béninois et ibbos qui, assis sur un trône de tètes de morts, rendent la justice en faisant décapiter les deux parties plaignantes; de fêtes où Ton voit un essaim de jeunes iilles danser, devant un énorme serpent encagé qui, pour couronner la réjouissance , est lâché sur la foule ; de mille superstitions odieuses, de coutumes extravagantes. Mais, sans atténuer en rien la véracité de ces voyageurs, nous préférons vous raconter une scène de mœurs nègres dont nous avons été le témoin oculaire.

Les noirs dont il est question viennent de la Gui-

née, du cap de Bonne-Espérance, du Soudan, de Tombouktou. Jeunes^ ils ont été vendus sur le marché de TÉgypte ou pris comme des oiseaux au filet par des Bédouins du désert, qui les attirent loin de leurs cases en leur jetant des coquillages, des amulettes, les enlèvent et les vendent a des traficants de chaire humaine dont les caravanes sillonnent le sud de TAfrique. Aucun soin n^a été donné à leur enfance; à peine nés, ils ont rampé sur la terre, qui leur a servi de nourrice, de lit et d'escabeau. Et malgré tout, ils sont devenus des êtres rol)ustes, gazelles à la course, taureaux au travail. N'ayant reçu d'autre éducation que celle de la nature , méprisés, maltraités, ils n'en sont pas moins reconnaissants et dévoués jusqu'à la mort i leurs maîtres, tendant la joue gauche quand on frappe sur la droite, rendant le bien pour le mal, vrais caniches de Tliumanité.

Qui ne se sentirait ému de tant de courage et de résignation? qui ne se réjouirait de leur joie, les voyant danser et s'ébattre follement aux bruyantes notes de leurs castagnettes de cuivre et de leurs tambourins?

• Celte facile galté, sans cause précise, est particulière à la race nègre, et la différencie surtout de la race arabe, toujours austère et sombre, renfermant en elle-même ses impressions, et considérant la joie bruyante comme un enfontillage indigne d'êtres sérieux, de disciples de Mahomet. Par exemple, il n'est pas rare parmi les Arabes d'entendre ainsi £ûre réloge d'un des leurs : « Il n'a jamais ri f » tandis que -

si voas rencontrez un nrgre sur votre route, à la première parole que vous lui adi^esserez, il vous montrera ses blanches dents et sourira à vos discours^ sans les com[)n»ii(liv le plus souvent.

Dans les heures perdues de notre séjour parmi eux, nous avons eu maintes fois Toceasion de constater le naturel débonnaire des nègres. Lorsque, assis sur une pierre de la fontaine Bab-Âly, nous inlerpellions les indigènes qui venaient puiser Teau dans leurs petits chaudrons et en gontler leur peau de bouc, les sectateurs d'Abd-el-Kader et leurs moukùres nous répondaient presque toujours par un regard ironique ou par deux syllabes sèches : manarf (je ne sais ])as). ^lais de jeunes négresses au torse superbement modelé, à peine vêtues d'un morceau de toile à larges raies brunes et rouges , serré aux hancbes par une ceinture de laine, les pieds dans Teau de la source jusqu a la cheville^ cessaient immédiatement leur travail et semblaient heureuses d'entrer en relation avec nous. 11 eu était de même de leur père ou de leur époux. La plupart d'entre eux nous exprimaient, dans leur langage oriental et concis, leur satisfaction de voir les Français maîtres de cette partie de TAfrique. En effet, c'est depuis notre conquête seulement que les nègres ont été relevés de Tesclavage que leur imposaient les

Arabes.

Cette race asiatique, orgueilleuse de sa conquête et de la révélation de son propliète, placide; austère, décalquée sur une pensée d'éternité, contraste singulièrement avec le tempérament vif et mobile, le

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