‹ Chasses aux grands fauvesChapitre 100 sur 163 · A L'AFFUT · texte numérisé non relu

A L'AFFUT

nocéros étrangers l'un à l'autre, un lion énorme solitaire, deux lions ensemble, plus une autre famille de trois de ces animaux, deux femelles et un mâle. Jusqu'à présent ils ne me paraissent pas avoir de mare attitrée ; ils se promènent la nuit dans le pays et connaissent très bien, à ce que je vois, l'existence des quatre nappes d'eau :... Ils boivent n'importe où. Je m'en rapporte donc au hasard, et c'est avec les deux lions qu'a lieu la première rencontre.

Nous sommes embusqués, avec Tambarika et Kambombé, à la grande mare sud. Entre le coucher du soleil et le lever de la lune (qui ne doit paraître que vers neuf heures), l'obscurité estprofonde. Notre affût est au pied d'une termitière, à gauche de la mare et à dix mètres de son bord, autour duquel il y a un petit escarpement d'un mètre en pente douce. J'ai l'express n^ 2 chargé de deux balles expansives, pour le lion, avec le projecteur et les mires lumineuses ajustés au canon (i); j'ai l'express n" i chargé de deux balles pleines, pour le rhinocéros; près de la main, le winchester à chevrotines, dont je me servirai à bout portant en cas de danger imminent, de corps à corps. Mes hommes ont le 303 et une carabine Martini, en prévision de la même éventualité. La pile électrique est fixée derrière moi à un piquet auquel elle est attachée pour qu'un mouvement brusque ne la renverse pas.

L'obscurité est complète depuis un quart d'heure.

(i) Pour ce projecteur et ces mires, voir Mes grandes chasses, p. 311.

Dans cette nuit noire, la lorgnette, si utile par les clairs de lune, n'est d'aucun secours. Seule, la nappe d'eau reflétant le ciel est un peu plus claire que le reste. Tout autour on ne voit ni ne discerne rien, quoiqu'il y ait alternativement des buissons et de la terre nue, des arbres et des pierres. Aucun bruit. De temps à autre, un silure qui saute dans l'eau trouble le calme ; au loin, dans la campagne, quelques grillons et les notes aiguës et roulées de l'engoulevent {roumbé) (i), dont les roulades font songer à notre rossignol... Tout à coup, sans que rien ait trahi son origine, un autre bruit vient du bord de la mare : koum ! koum ! koum!... On se touche les coudes, tandis que le cœur bat violemment... : c'est le lion qui boit !!!... Il fait ce koum ! koum ! avec son gosier, lentement, à intervalles d'une seconde, et, pendant plusieurs minutes, il boit ainsi, avec des temps d'arrêt... L'œil ne distingue toujours rien... Les canons de l'express s'abaissent dans la direction du bruit... Il n'y a pas à se presser... Je tourne le commutateur, et un rayon éblouissant montre deux lions, presque blancs sous le jet de lumière, dans la position du chat accroupi qui lape, et du même côté de la mare que nous. Ils tournent la tète à ce moment et, sans changer de position, regardent fixement dans notre direction... les yeux clignotants. Malheureusement, mon projecteur n'est pas bien ajusté : la ligne de tir des mires électriques, semblables à deux petits char-

(i) Cosmeiornis vexillai-ius.

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