NOUS ATTENDONS LE JOUR
s'offrant entièrement de profil à mon fusil. Comme je le distingue nettement, je veux profiter de sa position, et, sans me servir du réflecteur, visant bien à l'épaule, je lâche l'un après l'autre deux coups d'express... On entend les balles qui frappent violemment
A peine la détonation a-t-elle retenti qu'un bruit de galopade s'éloigne dans la plaine, et les questions habituelles s'échangent entre nous : « Peut-être l'ai-je manqué ou blessé légèrement? » — « Oh! non ; votre balle a bien frappé, il n'a pas poussé un grognement, nous le retrouverons demain, mais peut-être très loin. Nous saurons à quoi nous en tenir quand il fera jour! »
Quand il fera jour!... Voilà la seule réponse à l'incertitude sur le résultat de ces chasses nocturnes où l'arme est hésitante, l'œil indécis, plein de vague, où l'on manque de confiance en soi. Ces heures qui vous séparent du lever du soleil paraissent interminables.
Le jour venu, nous partons sur la piste, où des jets €t de gros caillots succèdent à des gouttes de sang d'abord espacées. Quand on voit cela, « le cœur rit, » comme disent les indigènes pour exprimer le bonheur : la victoire est à peu près certaine. A 200 mètres de la mare, le rhinocéros est tombé aplat ventre, ses quatre jambes repliées sous lui (G). C'est •le gros rhinocéros signalé par la brigade des recherches, une femelle qui porte une très belle paire de ■cornes. Les balles ont perforé, l'une le cœur, l'autre
les poumons, un peu au-dessus; toutes deux ont traversé complètement l'animal , s'arrêtant du côté opposé, juste sous la peau, qu'elles soulèvent en formant des protubérances.
Toutes ces balles, et celles avec lesquelles j'ai abattu mes principales victimes, je les ai extraites de leur corps et je les ai conservées, réunies en une petite collection que je regarde avec une certaine fierté. Aplaties, écrasées, tordues, difformes, mes « balles célèbres », comme je les appelle, portent chacune une étiquette qui rappelle son exploit.
La mort d'un rhinocéros apporte toujours l'allégresse au camp. Comme pour l'éléphant, ses pieds et son cœur sont à peu près les seuls mets qu'un Européen puisse s'offrir : tout le reste est dur, coriace, bon tout au plus pour faire soit du potau-feu, soit du beltong à l'usage des indigènes.
Deux jours après, à la mare nord, j'ai la plus affreuse déveine que j'aie jamais constatée : les lions viennent à deux reprises; la première fois j'en manque deux coup sur coup, et la seconde un encore ; je rentre bredouille, ayant vu trois lions à la mare dans la nuit! Ne serait-ce pas la faute du projecteur? J'ai déjà indiqué son défaut. Je croyais bien y avoir remédié ; mais l'endroit sur lequel porte le centre lumineux continue à ne pas concorder avec la ligne de mire. Recourant à un autre expédient, je sépare le projecteur du fusil et je l'attache sur un bâton qu'un de mes hommes tiendra. C'est cet auxiliaire désormais qui dirigera le jet de lumière sur l'animal dont il