EN LISANT LE JOURNAL
suivra les mouvements ; je pourrai ainsi de mon côté viser tout à mon aise. Cette amélioration a été très satisfaisante, mais pourquoi diable ne Tai-je pas trouvée plus tôt?
Sur les trois lions que j'ai tirés, je crois n'en avoir blessé qu'un, et encore assez légèrement. Sûrement, les deux autres reviendront; mais quand? Et où nous rencontrerons-nous de nouveau? Combien de nuits faudra-t-il pour retrouver cette occasion manquée?
Une semaine s'écoule encore avec des alternatives de découragement et d'espoir, mais sans le moindre succès. A ce moment, une attaque de fièvre m'oblige à prendre deux ou trois jours de repos au camp. Nous sommes, je le rappelle, installés sur le bord d'une mare, et sous le vent de celle-ci, à quelques mètres à peine de son bord, abrités par un bouquet de grands arbres touffus qui, par leur ombrage, nous ont engagés à nous établir ici. Tout autour, une palissade d'abatis, de branches et d'épines ; à l'intérieur. des appentis où les hommes se couchent à l'ombre.
Le 29 octobre, au matin, arrive le courrier d'Europe avec quatre mois de lettres et de journaux. Le soir, tandis que Bertrand dort déjà, moi, je suis étendu, à la belle étoile, sur ma natte (je ne me sers pas de tente ni de lit de fer pendant la saison sèche) ; je ne suis pas encore déshabillé, mais seulement déchaussé; à côté de ma tête, sur une pierre qui me sert de table de nuit, j'ai installé une lanterne, et je lis mon Figaro de juin. Autour de moi, un grand silence, quelques feux miéteints, des hommes qui dorment; il peut être neuf
heures, et il fait clair de lune. Tout à coup Msiambiri, qui prenait un bain dehors, arrive demi-nu et ruisselant : Pcmbéf'é , msouiigo, pemhéré ! (Rhinocéros, monsieur, rhinocéros !)
Je saute pieds nus dans mes pantoufles, je boucle mon ceinturon à cartouches qui est à portée de ma main, j'empoigne l'express n° i, Msiambiri saisit l'autre, et une demi-minute après nous voici dehors,
nous avançant sur la lisière obscure des arbres
J'aperçois une masse grise immobile sur le bord, mais trop loin de moi. Laissant Msiambiri derrière, je m'avance dansl'ombrejusqu'àvingtmètres del'animal. Je m'agenouille ; mais impossible de tirer : je n-e vois pas assez bien... Rampant sur les mains dans les herbes aquatiques, je me traîne de nouveau jusqu'à dix ou douze mètres de l'animal. Celui-ci commence à se méfier, peut-être même me voit-il ; se tournant légèrement vers moi, il me fait complètement face, tandis qu'il corne un peu... Il va charger, me dis-je; il n'y a pas à reculer! Et mettant bien mes canons dans la direction de son poitrail, je lâche le coup de droite, réservant celui de gauche. D'un bond, je saute hors de ma fumée et je rentre dans les herbes, tandis que le rhinocéros charge à peu près jusqu'à l'endroit d'où j'ai tiré, faisant beaucoup de vacarme avec ses sabots, qui glissent sur les cailloux; puis il s'arrête là, s'en retourne au petit trot et disparaît avant que j'aie pu de nouveau me placer et faire feu. Je suis une fois de plus très incertain de l'avoir touché; j'ai bien entendu ma balle frapper et l'animal cesser son bruit qu'il a repris