‹ Chasses aux grands fauvesChapitre 107 sur 163 · UX VISITEUR NOCTURNE · texte numérisé non relu

UX VISITEUR NOCTURNE

ensuite, comme si je lui avais coupé la respiration ; mais je ne saurai à quoi m'en tenir que demain.

Comment ce rhinocéros a-t-il pu arriver sans s'en apercevoir presque sous le vent de notre camp où il y a trente hommes? C'est bien anormal, bien difficile à expliquer de la part d'un animal aussi méfiant. Il est probable que, par dérogation à ses habitudes, il sera venu au vent et aura alors rencontré la mare tout à fait par hasard. Il ne pouvait la sentir sans nous sentir aussi, et il est probable, certain même, que, en ce cas, il eût chargé le camp, passé à travers la palissade et piétiné tout ce qu'il y eût trouvé, tandis que nous nous serions sauvés pêle-mêle dans la plaine.

Quoi qu'il en soit, ce malheureux pachyderme avait eu, en venant nous rendre visite, une bien mauvaise inspiration : elle lui coûta la vie.

Le lendemain, au jour, on vint me prévenir, à ma grande satisfaction, qu'il y avait du sang sur les cailloux de la rive. Dans l'éventualité d'une poursuite peut-être longue, nous nous équipons, mes hommes et moi, emportant des vivres et de l'eau. A peine nous sommes-nous mis en route, et avons-nous débouché sur une plaine, que Tchigallo s'écrie : Le voilà ! et nous voyons sur notre droite le rhinocéros affaissé. Il doit être mort quelques instants après mon coup de fusil qui. en cette circonstance, a été des plus heureux, quoique tiré à peu près au jugé. Mais quelle blessure terrible! Jugez plutôt : l'animal étant presque de face, la balle est arrivée le long de sa mâchoire droite, a creusé dans la peau un sillon profond

et est entrée dans le cou; elle a traversé la masse charnue dans toute sa longueur, a perforé la partie supérieure du cœur et est tombée enfin contre le diaphragme, après avoir troué deux fois la peau et suivi une ligne à peu près horizontale à travers 75 centimètres de chair et de muscles! L'autre jour déjà, j'avais transpercé l'animal de part en part! Que peut-on demander de plus à une arme ? Mais ce ne sont là que deux exemples entre beaucoup de ce que j'ai fait avec mon express n" i.

Ce rhinocéros, qui est venu se faire tirer près du camp, c'est celui que nous appelions « le petit », celui qui fréquentait généralement la mare nord et qui nous avait un soir déjà brûlé la politesse en ne venant pas boire. Quoique ses empreintes fussent plus petites que celles de la femelle, c'était néanmoins un animal de forte taille, ne difïérant de l'autre que de quelques centimètres.

Il était tombé au milieu d'un décor charmant : une plaine à l'herbe rare semée de bouquets demitsagnas ; au fond, une ligne de collines élevées ; un de ces paysages éclairés par le soleil levant, paysages délicieux dont l'Afrique centrale a le secret. J'ai conservé ce tableau comme tant d'autres au moyen de la photographie, et le lecteur en jugera par la reproduction que j'en ai faite (i).

Après la mort de celui-là, les rhinocéros sont finis! comme disent mes hommes. En effet, il n'existait que

(i) Voir la gravure intitulée : « La mort du visiteur nocturne. » (Le camp se trouvait à une ctntaine de mètres sur la gauche.)

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