‹ Chasses aux grands fauvesChapitre 108 sur 163 · KOUM! KOUM! KOUM · texte numérisé non relu

KOUM! KOUM! KOUM

ces deux-là dans le district, et la « brigade de renseignements » n'en voit plus désormais de traces.

Restent les lions, au nombre de cinq, dont trois ne figureront jamais dans ma collection.

Ma rencontre avec les deux autres a lieu au commencement de novembre, à la grande mare sud qui, décidément, a le privilège des lions, car c'est là que j'en ai tué un quelque temps auparavant. Notre position est la même que cette nuit-là; c'est encore Tambarika et Msiambiri qui sont de la partie ; seulement la lune nous éclaire jusque vers minuit ou une heure, et, pendant ce temps, rien ne vient. Vers trois heures, à peu près, comme il fait noir et froid, des lions rugissent dans le lointain. Ils viennent de manger sans doute et vont venir boire. Les rugissements se rapprochent, puis cessent. Le ronflement caractéristique par lequel je suppose que les lions causent entre eux annonce bientôt leur arrivée... Ils passent à notre, droite tournent autour de la mare et descendent de l'autre côté, c'est-à-dire en face de notre poste et à droite. La distance est de dix à douze mètres, l'escarpement mesure un mètre environ; une pente douce le précède, venant de l'eau. Aidé par l'oreille, l'œil distingue vaguement la robe des fauves comme une note plus claire qui se détache et passe sur les objets environnants, mais on les devine plutôt qu'on ne les voit... Ils marchent sur le bord de l'eau et s'arrêtent enfin... Aussitôt commencent des koum! koum! koum! espacés... Chasseurs, c'est le moment! tâchons

de faire de la besogne meilleure que l'autre jour! attention! !...

Tambarika tient le projecteur qu'il dirige vers les animaux, Msiambiri pose le doigt sur le commutateur; moi, je braque mon express avec ses deux mires lumineuses; je murmure un ordre bref, et le rayon de lumière jaillit, frappant les fauves étonnés... Je ne perds pas une minute aies contempler : tandis qu'ils lèvent la tête vers ce clair de lune improvisé, j'ajuste le premier que j'aperçois... je vise aux omoplates qui, dans sa position accroupie, forment deux bosses sur son dos... Feu ! ! !... L'autre se sauve en grimpant le talus, suivi pas à pas par le réflecteur... (Bravo, Tambarika!)... Je le tire à l'épaule, et il retombe... je tire encore... et il se roule avec un renâclement, un rugissement rauque et continu... Il arrive enfin à se relever, saute sur le talus et disparaît en rugissant, cette fois à pleine voix, tout en s'éloignant.

Son camarade est bien touché; sa tête trempe dans l'eau; il est tombé sur le côté. Ses membres s'agitent dans un dernier spasme tandis que je le couvre de mon fusil rechargé... C'est fini. L'autre, blessé, gémit une ou deux fois dans la plaine devant nous, et le reste de la nuit se passe sans autre incident. Une hyène s'approche, une ou deux antilopes également, mais toutes détalent, affolées, dès qu'elles ont flairé le lion. La hyène revient pourtant peu après. Mais je n'ai pas envie de laisser abîmer la superbe peau qui est là; c'est un mâle sans crinière.

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