TRACES DE GIRAFES
à la forme de l'empreinte, qui ressemble à celle d'un buffle, mais en beaucoup plus grand et en plus allongé, je devine que nous avons affaire à des girafes; je connais cet animal, l'ayant vu dans les jardins zoologiques, et je le décris à mes hommes. Ils me regardent d'un air qui ne laisse aucun doute sur ce qu'ils pensent ; ils échangent des coups d'œil entre eux comme pour dire : « Nous ne l'avions pas cru si farceur jusqu'à présent, le patron; faut croire qu'il a changé. »
J 'interroge sur notre découverte le premier indigène que je vois, et je lui fais de la girafe un portrait qu'il approuve de point en point; il me donne même en « barotsé » le nom indigène que j'ai oublié.
Muni de renseignements et accompagné de quelques chasseurs indigènes que m'a prêtés le chef du pays, je me trouve, quelques jours après, dans la région fréquentée par les girafes , doublement désireux d'en rencontrer, d'abord parce que je n'en ai jamais tué, ensuite pour en montrer une à mes hommes.
Parmi mes nouveaux auxiliaires, j'en ai distingué un qui paraît connaître son métier : il lit fort bien une piste, il grimpe aux arbres et en descend plus vite qu'un singe, il rampe dans l'herbe comme un véritable serpent; il passe en outre pour avoir tué bon nombr> -^ j girafes et est au courant de leurs mœurs. Ses leçons nous ont été précieuses.
Pas mal d'éléphants fréquentaient la région d'une façon régulière, probablement parce que les indigènes étaient dépourvus d'armes à feu; nous avions ainsi double chance. Je remarquai aussi dans ces parages
deux espèces d'antilopes nouvelles pour nous, des « pookoos » {cobiis Vardoni) et des « letchoués » {cobits lèche) ^ qui sont deux variétés de kobs de la dimension d'un âne : la première, bai clair, petite et râblée ; l'autre gris rouan avec le ventre blanc ; les cornes de ces deux variétés ayant beaucoup de ressemblance avec celles du kob que nous connaissons.
Les grands fleuves, comme l'Aroangouaoule Zambèze, tracent des limites bien définies que certaines espèces de gibier ne franchissent jamais. C'est pourquoi la faune diffère selon la rive que l'on visite.
Le vent n'est plus certain dans cette saison, et ses sautes continuelles compromettent souvent nos chasses en mettant des animaux en fuite; un jour, notamment, où il avertit de notre venue un troupeau de girafes. Leurs pistes fraîches et la marque de leurs foulées nous montrent clairement qu'elles nous ont sentis et qu'elles ont détalé il y a quelques minutes; peut-être aussi nous ont-elles découverts, car leur vue porte très loin. On monte sur les arbres, on interroge l'horizon, et personne n'aperçoit rien : elles ont disparu.
Quelques jours après, nous en observons, à 400 mètres, un troupeau de cinq ou six. Mon télescope, que je fais porter depuis plusieurs jours à leur intention, me permet de les distinguera merveille; de leurs longues jambes, elles arpentent lentement la broussaille, balançant leur grand cou d'avant en arrière. Nous nous jetons à terre, bien qu'étant fort loin d'elles, et, tandis que mes hommes restent ainsi,