‹ Chasses aux grands fauvesChapitre 116 sur 163 · EN VUE DES GIRAFES · texte numérisé non relu

EN VUE DES GIRAFES

moins ; dans des postures diverses, elles broutent tranquillement, les unes se promenant à petits pas, d'autres à l'ombre des arbres. . . Pas moyen de s'approcher d'une ligne. La bête qui me semble la plus grande, peut-être parce qu'elle est plus rapprochée et mieux éclairée que les autres, me présente son flanc. Elle est occupée à manger sur un arbre de quatre ou cinq mètres que sa tête domine et au sommet duquel elle semble choisir de jeunes -pousses.

Je prends mon 303, car je ne compte pas beaucoup sur la précision de l'express à cette distance, et j'y mets deux balles pleines décapitées (la pointe en est simplement limée) (i). Ces balles donnent aux animaux, sans toutefois les traverser, un choc plus violent que les creuses.

J'ajuste longuement à l'épaule... La détonation sèche du 303 fait sursauter les girafes, qui se groupent rapidement, leurs cous immobiles et tendus au vent comme des canards qui vont prendre leur volée ; elles hésitent un instant, ne sachant pas exactement d'où vient le bruit... J'en profite pour tirer encore sur la même bête, qui a exécuté un fort soubresaut au premier coup de fusil; mes deux balles ont tapé dur, j'en suis certain. Cette fois, le troupeau s'éloigne au galop, au milieu d'un nuage de poussière, et tandis que nous émergeons du fourré à la course, je vois la girafe que j'ai tirée suivre péniblement. Nous allons

(i) Celte modification est de mon invention; quand on n'aura rien de mieux, on pourra ainsi, avec des balles pleines, se faire de bons projectiles pour les animaux durs en limant la pointe de nickel jusqu'à ce que le plomb apparaisse bien.

reconnaître la piste. Pas de rougeurs d'abord, mais les foulées ont cette apparence fatiguée et traînante que nous connaissons bien et qui indique un animal grièvement blessé ; quelques gouttes de sang apparaissent un peu plus loin, et, menés par le Barotsé nous prenons la piste au pas gymnastique.

Tout à coup, celui-ci se jette à plat ventre, et nous l'imitons. Les girafes sont arrêtées à 200 mètres, toutes groupées dans des poses diverses, avec leurs cous allongés, tournés de notre côté. Elles sont tellement immobiles qu'au premier coup d'œil j'avais cru voir un bouquet d'arbres morts. Je tire encore; j'entends ma balle qui frappe distinctement l'une d'elles, et les voilà reparties; mais nous apercevons bientôt, cachée par une éminence de terrain, qui nous avait dissimulés nous-mêmes au troupeau, une girafe couchée, remuant encore ; avec un empressement facile à comprendre, les 200 mètres sont franchis, et nous contemplons notre victime qui expire. Mes hommes poussent des exclamations d'étonnementà lavue des formes étranges de cette bête qu'ils voient pour la première fois. Je la laisse à la garde de deux d'entre eux, et je cherche celle que je viens de blesser.

Au bout d'un kilomètre, comme aucune trace ne nous l'indique et qu'il est quatre heures de l'aprèsmidi, je décide d'abandonner la chasse et je retourne auprès de l'autre. C'est un mâle de grande taille; jamais je n'aurais cru que cet animal atteignît de telles dimensions. Il est bien différent des pâles et malingres spécimens, pour la plupart nés en capti-

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