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MŒURS DE LA GIRAFE

qui semble bien peu compatible avec sa conformation ; sa tète se baisse et passe sous les branches tandis qu'elle fuit; ses longues jambes évitent avec adresse les mille obstacles qui se trouvent sur son chemin. En courant, la girafe fait avec' le cou un mouvement montant et descendant très régulier d'avant en arrière qui rappelle celui de certains joujoux articulés, tandis qu'elle agite sans cesse sa queue; elle ne va qu'au pas ou au galop, sans allure intermédiaire, et, sans paraître multiplier les battues, marche en réalité avec une vitesse considérable. La dureté de sa peau, que j'ai déjà comparée à celle du rhinocéros, demande des balles pleines plus lourdes que l'expansive : l'express paraît indiqué pour chasser cet étrange animal.

La couleur alezan plus ou moins foncé des girafes sauvages les rend très difficiles à distinguer dans l'éloignement : leurs membres, leur cou, ont tout à fait la même teinte que les troncs d'arbres et se confondent avec eux. Lorsqu'elles sont sur le qui-vive, ces grandes bêtes gardent en outre une immobilité absolue qui complète l'illusion; si l'on pense à examiner en haut des arbres au lieu de regarder dessous, on aperçoit quelquefois leur tête. Le dos presque complètement noir est l'apanage des mâles âgés.

Le jour où je tuai lagirafe que j'ai décrite plus haut, toute l'expédition, composée, outre mes chasseurs, de gens venant pour la plupart de la rive est de l'Aroangoua, voulut défiler devant ce colossal quadrupède qu'elle n'avait jamais vu, et le dépeçage n'eut lieu que le lendemain.

2i8 CHASSES AUX GRANDS FAUVES.

Je profite des quelques jours de repos qui suivirent cet événement pour relater une chasse à l'hippopotame fi) que j'avais faite peu de temps auparavant sur les bords de l'Aroangoua dans des conditions qu'on ne voit pas souvent et qui méritent d'être rapportées.

Sur les côtés du grand fleuve, il y avait des mares peu profondes et, autour de ces mares, des bancs de sable couverts en partie de roseaux. Ayant aperçu sur un de ces bancs cinq hippopotames couchés au soleil, j'eus l'idée baroque de venir leur couper la retraite en passant par la mare, qui était peu profonde, et dont on voyait le fond. Je m'avançai donc par les bords du fleuve avec mon calibre 8; je me mis à l'eau et j'avançai silencieusement, dans l'intention de faire des ravages dans le troupeau de monstres.

Rien n'est laid comme un hippopotame à terre; il semble que la nature, en créant cet être difforme, ait voulu se moquer de la beauté plastique, de la régularité des lignes, de l'harmonie des contours. Il est à remarquer, d'ailleurs, que les grands animaux présents ou passés ont eu le privilège de la laideur.... En me livrant à ces réflexions philosophico-esthétiques, je m'approche de cette sorte de « Club des Mille kilos » et je déploie mes hommes en leur donnant ordre de tirer si les hippopotames viennent sur eux. Je me figurais que ces animaux se meuvent lentement sur terre ; on va voir combien j'étais dans l'erreur.

(i) Pour les mœurs, les habitudes et la chasse de cet animal, voir Mes grandes chasses, p. 58 à 64, 70, 221, 239.

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