‹ Chasses aux grands fauvesChapitre 125 sur 163 · ANIMAUX SOLITAIRES · texte numérisé non relu

ANIMAUX SOLITAIRES

vent lui indiquât la présence de l'ennemi. 11 doit s'estimer heureux d'en être quitte à si bon compte.

J'ai improvisé avec des bambous un appareil sommaire destiné à maintenir son bras immobile; au bout de quelques jours, tout danger de complication m'a semblé écarté; les deux chasseurs barotsés ont alors regagné leur pays à petites journées.

Le lendemain de l'accident, nous nous mettons en quête de notre femelle blessée; chemin faisant, nous rencontrons la piste d'un éléphant mâle tout seul, de grande taille. Alors, ajournant encore la recherche de l'autre, nous suivons ce solitaire.

En Afrique, les éléphants solitaires sont bien plus faciles à tuer que les autres ; naturellement, ils ne peuvent pas se garder aussi bien qu'une troupe de plusieurs animaux; aussi, quoique généralement sur le qui-vive, sont-ils faciles à approcher. Il en est de même pour les buffles, d'ailleurs. J'ai tué ainsi plusieurs fois des mâles isolés, et c'est infiniment moins dangereux que d'aller chercher le chef de la troupe quelquefois au milieu des femelles. J'insiste sur ce •point, parce que tous les chasseurs ne sont pas du même avis et qu'on fait, en général, aux solitaires une réputation de méchanceté et de férocité qu'ils ne méritent pas tout à fait.

Nous suivons notre éléphant, qui prend sa nourriture tout en marchant; heureusement le vent est en notre faveur; nous le rejoignons dans les grandes herbes tandis qu'il s'en va lentement; sa colossale croupe grise, qui s'éloigne devant moi, me cache ses

défenses, mais, d'après le pied, qui est grand, je les crois de bonne dimension. Nous nous tenons à distance, attendant qu'il s'arrête de nouveau pour manger, mais il n'a plus l'air d'avoir faim. Comme le vent peut changer, je me mets à marcher parallèlement à lui en me dissimulant derrière les buissons. A un certain moment, je suis à vingt mètres sur sa droite (mes hommes un peu en arrière), lorsqu'il s'arrête et, soit hasard, soit soupçon, fait exactement face au buisson qui me cache.

En cet instant, il est magnifique à voir avec ses grandes oreilles ouvertes, avec ses deux défenses courtes et blanches qui étincellent au soleil levant. M'a-t-il vu ou senti? Pour le cas où il chargerait, j'apprête mon express (que j'ai emporté ce jour-là, comme je l'avais fait toute la semaine, laissant le calibre 8 au camp). Mais l'éléphant se tourne et continue sur sa direction première. Je cours prendre un peu d'avance et m'arrête pour l'attendre, mes canons cherchant déjà son cœur sous sa peau grise et rugueuse qui remue, quand il marche, comme les plis d'un accordéon... Enfin, je le tiens!... et mon premier coup part; la balle frappe son corps avec un bruit mat! J'avais gardé le second coup pour me défendre; mais, voyant mon animal prendre sa course droit devant lui, je fais feu de l'endroit où je suis, alors qu'il n'a gagné que quelques mètres. Tout en rechargeant à la hâte, je m'élance en courant le long des buissons, dans le même sens que lui, sans me montrer... Soudain, le voici qui s'arrête, fait de

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