‹ Chasses aux grands fauvesChapitre 128 sur 163 · UN PYTHON · texte numérisé non relu

UN PYTHON

penser de cette danse exécutée, peut-être en mon honneur, par un python de la plus belle taille ? Ne seraient-ce point, par hasard, les préliminaires d'une attaque ? Pour plus sûr, je lui envoyai dans le cou une balle du 303, qui le décapita fort proprement. Après examen, je reconnus que ce reptile était une femelle en train d'enfouir sous le sable un chapelet de vingt-six œufs, reliés par une membrane, et d'oii fussent sortis, quelque temps après, vingt-six charmants petits pythons. Elle ne mesurait pas moins de 7", 45 et était, au centre, de la grosseur du genou. Au lac Nyassa, j'ai vu la peau d'un python qui ne mesurait pas moins de 9", 10 et avait été tué ayant un gros chevreau à moitié chemin de son estomac. Bien qu'inoffensifs au point de vue du venin, des reptiles de cette taille sont assez désagréables à rencontrer, car on ne sait jamais s'ils ne vont pas essayer de vous embrasser.

Il existe dans l'Afrique intertropicale une vingtaine d'autres genres de serpents qui n'excèdent pas deux mètres et dont la morsure est très venimeuse; ils sont fort communs, surtout à la saison des pluies : lorsque l'eau les chasse de leurs trous, on les voit partout; mais les accidents sont très rares, dans ces pays, grâce à l'habitude qu'on a de regarder où on marche, pour éviter tout ce qu'il y a sur le sol : épines tombées des arbres^ fourmis carnivores, sortes de ronces rampantes, ortie d'une espèce très irritante, etc., etc., mille autres choses très douloureuses pour l'homme. Tout le monde s'accoutume donc

à fouiller le terrain du regard avant d'y poser le pied. Au début, j'étais obligé de suspendre mes marches à cause des épines que je m'enfonçais dans la chair à travers mes minces semelles de caoutchouc ; l'épine se brisait dans la plaie, une inflammation se déclarait, le pus se formait, et la guérison ne s'obtenait que par l'extraction de l'épine et avec du repos; aussi ai-je bien été forcé de m'habituer, comme les indigènes, à regarder où je marchais : après des années, je le faisais inconsciemment. Que de fois n'avons-nous pas aperçu dans l'herbe ou sur la terre chauffée par le soleil des serpents immobiles, semblables à des branches mortes ; que de fois n'avonsnous pas failli marcher dessus ! Mais toujours vigilants, l'attention en éveil, on voyait le danger : on tuait le reptile, ou bien on le laissait fuir...

Outre les reptiles, il y a, dans la brousse africaine, une foule d'insectes étranges ou nuisibles, surtout sur les végétaux. Il faudrait consacrer un volume à cette multitude grouillante. Chez les oiseaux, par exemple, la nomenclature serait interminable de ceux qui sont vraiment curieux par les mœurs, le chant, le plumage! Je ne dirai qu'un mot en passant des insectivores qui se tiennent exclusivement sur le dos des buffles, de l'éland ou du koudou devenus vieux, du phacochère, du rhinocéros, et y donnent la chasse à leurs parasites. Ces insectivores m'avaient paru noirs ou d'un brun uniforme. Ayant eu la bonne fortune de les voir de près, je fus surpris de les trouver vêtus de couleurs vives : les uns brun clair avec le bec gris

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perle et les yeux rouges, les autres le corps gris, la tête rouge vif. Il est très difficile d'étudier ces oiseaux parce qu'ils ne se laissent pas approcher ; mais, un jour qu'ils s'étaient abattus sur un éland mort, je pus, dissimulé par un buisson à quelques pas, les examiner à mon aise; ils couraient sur l'animal dans tous les sens, descendant et remontant verticalement avec facilité comme font les pics le long des troncs d'arbres. Leur chant rappelle celui de l'alouette calandre.

Non moins difficiles à étudier sont certaines antilopes, entre autres 1' « inyala » [tragelaphus augasi)^ dont on voit toujours les traces, sans jamais la rencontrer elle-même. Elle a des mœurs étranges et tout à fait différentes de celles de ses congénères ; au lieu d'aller se nourrir dans les plaines herbeuses et de s'y coucher, elle vit en mangeant exclusivement du feuillage et habite entièrement dans les taillis épais sans en jamais sortir; le moindre craquement, le bruit d'une feuille sèche, et l'inyala disparaît. Dans de pareilles conditions, on conçoit quelle chance il y a pour un homme de s'en approcher. Tellement difficile est sa capture que le musée de Cape-Town n'en possédait pas encore de spécimen en 1897, malgré les myriades de chasseurs qui avaient battu le Zoulouland où cette antilope a été assez nombreuse. Dans la région nord du Zambèze, elle ne se trouve que sur la chaîne de collines qui passe derrière Tchiromo et s'étend jusqu'au lac Nyassa sous la dénomination de monts de Kirk.

Comme je désirais m'en procurer quelques beaux

exemplaires, je me mis en campagne dans cette région. Une première fois, en 1895, je n'eus aucun succès. Il fallut user de ruse et varier les stratagèmes. Je mis plus de dix jours à trouver l'endroit où buvaient ces mystérieux animaux : c'était une petite mare dissimulée au centre de la forêt et que rien ne trahissait. Je m'y postai et, après deux jours d'attente, je vis pour la première fois une inyala. L'extérieur de cet étrange animal, comme ses mœurs, ne ressemble pas à celui des autres antilopes. Le mâle est gris fer foncé, haut d'environ i'",20; sous le cou et le ventre il a le poil long et pendant, ce qui, vu de loin, le grossit beaucoup et lui fait paraître l'encolure et les jambes courtes; sa tète, admirable de finesse, au nez droit, ressemble assez à celle du koudou; mais, à distance, on croirait voir un bœuf de petite taille. La femelle est plus petite et, chose rare, d'une autre couleur; elle ressemble au guib par son pelage fauve, tacheté de blanc aux fesses, et par la forme de son arrière-main. D'ailleurs, le koudou, le guib, l'inyala, la sitoutounga, sont de la même famille.

Dès le premier coup de fusil tiré à la mare, et qui avait coûté la vie à une inyala mâle, ces animaux ne reparurent plus de jour; mais ils continuaient à venir la nuit. Je les attendis avec le projecteur électrique, tout comme des lions, et je pus ainsi obtenir quelques spécimens du « boô », comme l'appellent les indigènes. Ses cornes, très gracieuses, imitentabsolument les contours d'une lyre. Les photographies, pages 205 et 238, montrent de face et de dos ce bel et rare animal.

Les autres antilopes sont, je l'ai dit, très difficiles à

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