‹ Chasses aux grands fauvesChapitre 131 sur 163 · BUFFLES DU CONGO · texte numérisé non relu

BUFFLES DU CONGO

en vue d'animaux rougeâtres que je pris pour des bubales. Les traces des buffles étant très fraîches et annonçant leur proximité, je ne voulais pas abandonner leur chasse et décidai de laisser en paix les bubales. Mais la piste nous conduisait droit sur ceux-ci, et je commençais à me demander si je n'avais pas affaire à des buffles d'une espèce particulière, lorsque l'un d'eux se tourna : je fus alors convaincu que ce n'était sûrement pas une antilope. Je m'approchai sans trop de difficulté à 120 mètres, et, comme j'ignorais si ces animaux me permettraient de raccourcir la distance, j'en tirai un qui tomba sur place; en arrivante la course pour l'achever, je vis les autres arrêtés à proximité et j'en blessai mortellement un second que nous retrouvâmes cent mètres plus loin. C'était un troupeau de buffles du Congo, appartenant tous au sexe faible. La femelle est d'un brun rougeâtre et le mâle plus foncé, mais pas aussi noir que le buffle de Cafrerie. Plus petit que celui-ci, le buffle du Congo a une taille qui excède rarement i^jSo; ses cornes sont courtes et en forme décroissant, ressemblant à celles que portent certaines espèces de bétail (i). Quelques Européens qui l'ont chassé assurent qu'il charge tout comme le grand buffle de l'Afrique orientale; je n'ai pu vérifier cette assertion et n'ai d'ailleurs pas assez chassé ces animaux pour me faire une idée exacte de leurs particularités; j'en ai tué huit pendant mon séjour au Congo et suis allé

(i) Peut-être est-ce le bos euryceros.

quelquefois dans la jungle épaisse en relancer d'autres que j'avais blessés : quoique plusieurs d'entre eux aient fait tête, aucun ne m'a chargé (i). Il faut dire que j'approche des animaux blessés av^ec de telles précautions que souvent j'arrive à dix mètres d'eux, les voyant parfaitement, sans qu'ils se doutent de ma présence.

Quand on a fait son apprentissage avec le bufïle du sud, si dangereux quand il est blessé, un pareil métier vous exerce si bien les facultés que les autres animaux de même espèce, même lorsqu'ils sont vicieux, ne paraissent pas être très à craindre.

Dans le bas Congo, vers Loukolela, et dans la région des collines, c'est-à-dire à la fin de la forêt équatoriale (2), les buffles m'ont semblé plus nombreux que dans le Manyéma.

Les antilopes que j'ai tuées au Congo, tant dans la forêt que dans le Manyéma, sont le pookoo {cohitsvardoni) et la letchoué {cohiis letclié), que j'ai déjà vus et signalés près du lac Bangouéolo; le bubale, d'une variété plus petite que le lichteusteiii et avec les cornes plus évasées, ce qui lui fait donner le nom de liiuatus (on l'appelle aussi tscsséhé) ; le grand bubale ou kaama, que je n'avais plus vu depuis l'Afrique du Sud, et une petite antilope brune, aux cornes droites, qui abonde dans certaines parties de la forêt et qui ressemble

(i) La plupart des grandes antilopes font tête ainsi lorsqu'elles sont assez gravement blessées pour être dans l'impossibilité de fuir : il est alors dangereux de trop approcher d'elles : le guib, l'antilope noire, par exemple, se défendent désespérément.

(2) Notamment dans la partie qu'on appelle le « canal ».

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