ANTILOPES DE FORÊT
assez à un guib, en plus foncé (i). J'ai vu dans les villages des cornes assez nombreuses provenant pour la plupart àetragelaphits; je me suis ainsi assuré qu'il y a dans la forêt équatoriale des inyalas, des sitoutoungas [tragelaphiis speeki) et des koudous, ou tout au moins une antilope qui doit tenir le milieu entre ce dernier et l'inyala (2).
Dans les régions de plaines, sur la lisière de la forêt, le zèbre existe, caries indigènes portent ses incisives supérieures dans leurs colliers, ou ils en passent dans leur lèvre; comme les antilopes et autres ruminants n'ont d'incisives qu'à la mâchoire inférieure et qu'elles sont de forme toute différente, il est difficile de se tromper.
Le rhinocéros ne me paraît pas habiter la région; les indigènes qui sont voisins des lacs le connaissent seuls. Il ne doit se trouver, à mon avis, que sur la rive est du Tanganyika. Le lion n'existe qu'au Katanga et dans les environs de l'Ouellé, c'est-à-dire dans les pays de plaines herbeuses.
Très nombreux dans certaines parties du Manyéma, les léopards y causent beaucoup d'accidents; au lieu de poursuivre et d'exterminer les mangeurs d'hommes, comme on le fait au Zambèze, les indigènes de ce pays les laissent en paix, si bien que ces carnassiers, se voyant impunis, continuent leurs déprédations ; en plein jour, ils attendent dans la brousse les
(i) J'avais préparé une peau de cette antilope ; mais, à mon arrivée sur le bas fleuve, elle avait disparu -. elle a dû être oubliée dans quelque village. (5) Peut-être le strepsiceros imberhis.
indigènes qui viennent couper des palmiers, et ils leur sautent dessus. Je tiens pour certain que ce sont toujours les mêmes animaux, encouragés par le succès, qui causent ces désordres. N'est-il pas étrange que des gens pacifiques comme ceux du Zambèze exterminent ces carnassiers, à n'importe quel prix, tandis que des populations essentiellement guerrières et turbulentes comme celles du Manyéma supportent tranquillement une telle tyrannie? Affaire de coutume. Le léopard leur inspire d'ailleurs une terreur si violente qu'il suffit qu'un homme en voie un pour que toute une expédition se trouve retardée. J'en ai fait l'expérience en voyageant dans ce pays.
La forêt équatoriale, en somme, contient relativement peu de gibier; celui-ci se tient surtout sur la lisière, près du pays découvert. L'éléphant lui-même, auquel il faut journellement une quantité considérable de paille ou d'herbe, ne peut habiter la forêt; il s'y promène, mais pour en ressortir bientôt. Le territoire du Congo en est assez largement peuplé.
En revanche, la forêt équatoriale est l'asile d'une variété infinie de quadrumanes. On peut dire qu'elle est la patrie du singe : depuis le minuscule ouistiti jusqu'au gigantesque gorille, toutes les espèces d'Afrique s'y trouvent représentées à foison. Dans certaines régions, tout ce que l'on peut imaginer comme variétés de pelage et de couleur, tout ce que l'on voit de singes divers assemblés dans un jardin zoologique, se rencontre pendant une journée de marche à travers la forêt; les uns s'enfuient dès qu'ils vous aperçoi-