CHAPITRE XIII
TROIS GFLIXDES CHASSES A L'ÉLÉPHAXT.
Marche d'éléphants en bataille.
Chasse en plaine. — Ma « Grande Journée ». — Femelles sans défenses. — Cinq éléphants blessés. — Msiambiri et moi, nous sommes chargés. — Msiambiri enlevé par un éléphant en fureur. — La victoire.
Chasse dans le Congo. — Femelles aidant le mâle blessé et le mettant à l'abri. — L'éléphant Goliath : sa mort. — Le plus beau trophée de ma collection.
Fin des chasses à l'éléphant. — Opinion de sir Samuel Backer.
En juin 1896, nous étions de nouveau dans le Barotsé(i), marchant insensiblement vers le lac Bangouéolo, à travers un pays qu'aucun pied européen n'avait encore foulé et dont peut-être les échos n'avaient jamais retenti delà détonation d'un fusil. On voyait chaque jour des traces d'éléphants toutes
(i) Sur la rive occidentale de l'Aroangoua.
fraîches, et chaque jour je me mettais en chasse. Si j'avais tué à cette époque tous les éléphants que j'ai suivis, il m'eût fallu toute une caravane pour porter mon ivoire. Malheureusement, c'était la saison des vents incertains, et, si je ne voyais pas tous les éléphants, ceux-ci, en revanche, me sentaient, et beaucoup trop souvent à mon gré.
La région qui se trouve dans cette partie du Barotsé peut être définie en trois mots : plaines, forêts, marécages : la plaine, couverte d'arbres rabougris et d'une herbe peu élevée ; les forêts, très épaisses, mais de peu d'étendue; les marécages, vastes couches de boue molle recouverte d'une croûte extérieure qui s'était formée depuis la fin des pluies et qui paraissait solide, mais où on enfonçait, au milieu d'une herbe rare.
Nous nous trouvions un jour, au milieu d'une de ces plaines marécageuses, examinant des traces fraîches d'éléphants ; devant nous, à une vingtaine de mètres, se dressait, comme un grand mur sombre, la lisière de la forêt : quelques rares rayons de lumière y montraient des troncs d'arbres puissants et noueux, au milieu d'un enchevêtrement de lianes, tandis que d'invisibles oiseaux jetaient des cris aigus et que chantaient des vulturines (i). Nous nous disposions à entrer dans le bois en suivant les pistes tracées à terre, quand soudain les oiseaux se turent, comme frappés de respect; et de longs froissements de feuilles, de branches brisées, d'abord à distance, puis
(i) Genrede pintade {Xuniidn Edoitardi) . (Le nom indigène est Kanga-tolé.)