UNE CHARGE
Les éléphants continuaient à s'avancer en bataille!
Avec mon calibre 8, arc-bouté en avant pour supporter la violence du recul, je presse la gâchette... Mon éléphant pousse un grognement retentissant... L'autre s'arrête; je le vois tourner à gauche, et je lui lâche mon deuxième coup de fusil en plein dans l'épaule... Je jette le calibre 8 sur le sol et je saisis l'express, faisant choix d'une troisième victime, lorsque Msiambiri crie : Tit'aoïié! (Fuyons !) Nous voici donc filant dans la direction convenue, tandis qu'un des éléphants charge Tamba-
rika au beau milieu de la plaine Jamais je n'ai
vu un homme détaler ainsi. L'éléphant lui donne la chasse pendant 150 mètres, et à un certain moment il l'a presque touché; mais en plaine un homme mince et nerveux, ayant du fond, peut sauver sa vie. Sa colère calmée, l'animal revient au grand trot et va passer à 50 mètres de moi; par curiosité, sans même savoir si je l'atteindrai, j'essaye avec mon express de lui tirer
dans la tête Il tombe et, entraîné par son élan, roule
à moitié sur lui-même raide mort Par pur hasard,
la balle lui était entrée dans l'oreille.
Mes hommes lui avaient fait déjà deux blessures au flanc et autant aux poumons ; il leur appartient, car il serait assurément mort des balles aux poumons (i).
Revenons en arrière : reportons-nous au moment où j'ai fait feu. Tous les éléphants, comme des che-
(i) Je dirai, à ce propos, que, selon les règles établies entre chasseurs d'éléphants, l'animal appartient à celui qui le premier a fait feu sur lui.
vaux dressés, se sont arrêtés net; les uns ont fait une volte-face complète, pivotant sur les membres postérieurs, mouvement qu'ils exécutent très lestement, et ils se sont dirigés vers la forêt ; les autres ont exécuté un à-gauche et sont partis au trot vers notre droite, c'est-à-dire auvent, tandis que ceux qui avaient fui vers le couvert se ravisent et prennent le même chemin qu'eux.
Au moment où les éléphants ont pirouetté, Tambarika, Rodzani, Tchigallo et Kambombé ont choisi un mâle sur ma droite, et lui ont envoyé leur volée dans le flanc ; il a immédiatement chargé sur la fumée au momentmême où je venais de tirer ma seconde balle; c'est alors que Msiambiri, le voyant courir vers nous, m'a crié gare! Mais Tambarika, s'étant enfui dans la plaine que nous avions derrière, y a attiré l'éléphant sur ses talons, et nous avons été spectateurs de la scène, après nous être ôtés du milieu.
Aussitôt l'éléphant tombé, nous allons àla recherchedu mien ou des miens, car j'ignore les résultats. Rodzani affirme en avoir vu un rester derrière les autres, mais on n'aperçoit rien dans la plaine. Cent mètresplus loin, la forêt fait un coude; nous y arrivons juste au moment où un éléphant s'engage sous les massifs. Il paraît avoir la jambe cassée, car il se déplace par soubresauts et si lentement que lorsque nous arrivonsprès de lui il a encore la croupe dehors; c'est le mâle que j'ai tiré le premier. Comme je l'ai constaté ensuite,, son épaule est brisée. Joints à sa souffrance, ses efforts impuissants l'exaspèrent, et il grogne avec rage.