RETOUR OFFENSIF
hommes sont près de nous. Sur leur question, je leur explique d'abord que nos blessures n'ont aucune importance. « \'enez vite, dit ensuite Tambarika; comme nous revenions, nous avons vu l'éléphant entrer dans un fourré, les camarades le surveillent. En passant par ici, nous ne serons pas sentis. \^oici un fusil, nous aurons le temps de chercher les autres après. D'ailleurs, vu l'endroit où ils sont tombés, ce serait trop dangereux, nous serions encore chargés. »
Tambarika me donne mon express numéro 2, et nous retournons par un chemin qui contourne le fourré. Arrivés à peu de distance, nous voyons au centre une masse sombre à peine distincte, immobile. « V^oilà l'éléphant », disent miCS hommes. Impossible de tirer de si loin avec précision. En voulant approcher encore un peu, je fais du bruit, et la bête se tourne vers moi, les oreilles levées, avec un grognement pas engageant du tout.
Si je tarde encore une minute, me dis-je, je vais être chargé, et cette fois cela me sera fatal, je ne
pourrai plus fuir A défaut d'autre endroit, je vise
la naissance de la trompe, juste entre les deux yeux, je lâche mes deux coups à la fois, et je saute de côté. Affa! (Il est mort!) s'écrient mes hommes avec un soupir de soulagement, tandis que l'éléphant s'abat lourdement, au milieu d'un long bruit de branches brisées (i).
(i) On peut tirer de cette façon un éléphant au repos ; mais pendant la charge la tête est levée, et ce coup serait perdu. Voir, à l'Appendice, une note avec croquis explicatif sur le « coup à la tête ».
Les fusils ramassés, onva reconnaître l'éléphant qu'a vu Msiambiri, et nous le trouvons mort à dix mètres de l'endroit où nous avons passé, poursuivis par l'autre.
Ces trois éléphants ont dû rester dans le fourré, étant trop grièvement blessés pour suivre leurs camarades, et deux d'entre eux ont succombé pendant que nous venions ; le troisième nous avait sentis et avait essayé de les venger.
Quatre éléphants dans une journée, c'est très beau; mais que j'ai donc failli payer cher cette victoire !
La photographie qu'on trouvera à la fin de ce chapitre (p. 272) représente le crâne de la femelle qui nous a chargés ce jour-là; il porte les traces des deux dernières balles qui l'ont abattue et figure dans ma collection de trophées.
Vers le milieu de l'année 1897, me rendantau Congo, j'avais essayé, avant de prendre la route du Manyéma, de passer par l'Ouroua ; les tracas et la grosse inquiétude que me donnaient à ce moment mon sort et celui de mes hommes me laissaient peu de loisir pour me livrer à mon sport favori. Néanmoins, comme le pays était giboyeux, je fis quelques chasses aux éléphants pendant mon séjour dans la vallée du Louapoula.
Un matin, en allant en reconnaissance pour chercher des porteurs, — nous étions alors campés non loin des sources delà Louizi, — je trouvai les traces d'une dizaine d'éléphants. Il n'y avait pas plus d'un quart d'heure qu'ils étaient passés. A cette époque, Msiambiri et Kambombé, seuls de tous mes chasseurs, étaient encore avec moi : Tambarika et ses compagnons
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