‹ Chasses aux grands fauvesChapitre 141 sur 163 · LE COLOSSE · texte numérisé non relu

LE COLOSSE

étaient rentrés chez eux ; j'avais pris comme auxiliaires deux indigènes, des Baloubas, très braves gens, quoique anthropophages. Comme les porteurs me demandaient de la viande et qu'ils étaient nombreux, je me misa suivre les éléphants en me promettant de tuerie premier que je verrais et surtout de ne pas pousser loin.

De même que les serments d'ivrogne, les promesses d'un chasseur sont de peu de valeur. A peine ai-je jeté les yeux sur la piste que j'y découvre les traces d'un mâle de forte taille; les empreintes sont si grandes que je ne me souviens pas d'en avoir jamais vu de semblables : je décide de le tirer, dussé-je pour cela parcourir 80 kilomètres ! Nous nous engageons à la suite du troupeau dans un pays relativement facile consistant en petits bois épais de peu d'étendue entourés de terrain nu et dur, de véritables îlots de végétation au milieu de la plaine glabre et unie comme un lac. Nous rejoignons les éléphants après trois heures de poursuite. Au nombre de quatorze, ils avancent d'un pas modéré, et, au moment où je les aperçois, débouchant d'un taillis à leur suite, ils traversent un des espaces dénudés, se dirigeant vers un autre fourré. Mon mâle est au milieu, et il me semble ne voir autour de lui que des femelles. Une de celles-ci, une vieille fort grande, ferme la marche. Je l'eusse rejointe et tirée facilement si j'avais voulu, mais je convoitais le géant qui dépassait tous ses congénères d'une soixantaine de centimètres ; il était large en proportion : un colosse comme j'en ai rarement vu.

Le vent était bon; je résolus d'attendre des condi-

tions plus favorables, et à distance je suivis les éléphants dans le taillis qu'ils ne firent que traverser. Je remarquai que le mâle, s'arrêtantà manger, perdait un peu de terrain; je pensai que peut-être il finirait par se trouver en queue. C'est, en effet, ce qui se produisit. Dans une nouvelle éclaircie de terrain, je le vis derrière, à côté de la vieille femelle qui^ à côté de lui, paraissait maintenant toute petite. Je me mis à courir parallèlement à lui et j'arrivai à sa hauteur, à dix mètres de distance. La croupe d'un éléphant qui le précédait m'empêchait de voir s'il avait des défenses. Pourvu qu'il en ait! pensai-je. M'arrêtant un instant, retenant mon soufiie, je lâchai mes deux coups de 8 à intervalle d'une seconde, puis me sauvai à toutes jambes pour ne pas être piétiné, car au même moment tout le troupeau donna des marques d'irritation, et les femelles se mirent à trotter dans tous les sens, revenant sur leurs pas et exécutant un quadrille dont les figures, pour ne pas être régulières, n'en étaient pas moins intéressantes. Une vieille femelle sans défenses cherchant l'ennemi, rendue furieuse par les détonations et poussant des cris de rage, fit plusieurs fois, au grand trot, le tour du groupe, comme un gigantesque chien de berger qui rassemblerait son troupeau. Je me tenais à distance, suivant des yeux les mouvements des éléphants. Bientôt le calme parut revenu parmi eux. Ils reprirent leur marche dans la direction d'un taillis; le mâle, que Ton continuait à distinguer par son dos élevé, était au milieu de la bande. Tout à coup, il ralentit, hésita, puis s'arrêta

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