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SOLIDARITÉ ENTRE ÉLÉPHANTS

brusquement et resta en arrière, immobile au milieu de la plaine. J'allais m'élancer pour l'achever, lorsque toutes les femelles, revenant sur leurs pas, l'entourèrent de nouveau; je les vis distinctement le pousser, le faire marcher malgré lui, le porter presque, pendant que le malheureux s'arc-boutait, refusant d'avancer. Enfin, à force d'efforts, au bruit de grognements, au milieu d'une confusion d'oreilles en mouvement et d'un enchevêtrement de trompes levées, baissées ou roulées, le blessé fit encore quelques pas et, bousculé, soulevé, soutenu par les femelles, entra dans le taillis où j'arrivai sur leurs talons.

J'aurais pu facilement tuer plusieurs femelles pendant cette scène et pendant celle qui l'avait précédée ; mais, décidé à ne pas m'attarder dans le pays, je voulais me contenter du mâle. Quant à l'achever, impossible d'y songer, tant qu'il continuait à être entouré de ses épouses empressées, et j'aurais risqué fort de me faire charger par elles.

Après quelques minutes d'attente et afin de savoir si les éléphants étaient restés dans le fourré, j'en fis rapidement le tour et j'aperçus la bande qui fuyait, déjà loin et hors de portée ; à cette allure, le mâle blessé ne pouvait les accompagner; d'ailleurs il n'y avait pas de sang sur la piste : il était donc dans le fourré. J'y retournai alors et, m'avançant avec précaution, car on v voyait à peine, je distinguai immédiatement, à une dizaine de mètres, au milieu d'une végétation épaisse, une des oreilles du mâle, et rien de plus. C'en est assez pour reconnaître qu'il n'est

pas orienté dans la direction où ses compagnes sont parties : il s'est retourné et me fait face; il est aux aguets, prêt à vendre sa vie le plus cher possible; impossible de continuer à m 'avancer par la trouée laissée par le troupeau.

Pas moyen non plus d'arriver derrière lui, à cause du vent ; il faut donc renoncer à se servir de la piste et venir de côté; pour cela, je dois me frayer un passage à travers une végétation si dense que je ne puis pénétrer qu'en passant d'abord le bras et le fusil, puis la tête, puis le torse, et enfin le reste du corps. Etre chargé là dedans, c'est la mort certaine; aussi tenais-je à ne pas trop m'approcher. Avec mille précautions il me fallut plus d'une demi-heure pour revenir à dix mètres de l'éléphant : mais le fouillis des branches, et du feuillage était si épais qu'il me cachait sa tête, son épaule et sa croupe; j'apercevais tout juste son échine et une partie de son ventre. Je me déplaçai donc de côté, de façon à tirer en biais, visant au fianc pour atteindre le cœur, et je lâchai ainsi une balle calibre 8. L'animal ne bougeant pas, j'en tirai une autre, puis une troisième. « Sur un arbre perché », Kambombé me renseignait sur les mouvements de l'éléphant, car la fumée m'aurait empêché de rien voir s'il avait chargé ; chaque fois qu'elle se dissipait, je tirais de nouveau. J'épuisai ainsi toute ma provision qui consistait d'habitude en dix cartouches calibre 8, sans que l'éléphant eût bougé ou semblé seulement s'en apercevoir. Prenant alors mon express, je recommençais une nouvelle série, lorsque, au premier coup,

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